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Scénario & réalisation: Atom Egoyan (d'après le roman de Rupert Holmes). Image: Paul Sarossy. Décors: Philip Barker. Costumes: Beth Pasternak. Musique: Michael Danna. Montage: Susan Shipton. Avec Kevin Bacon, Colin Firth, Alison Lohman... 1h48.
Where the Truth Lies (La vérité nue) **
Des reflets de la vérité
F.Ds
Mis en ligne le 04/01/2006
Pourquoi le duo comique s'est-il séparé? Lanny et Vince faisaient tant rire, ils rapportaient tant d'argent. Certes, on connaît leur point de rupture: la découverte du cadavre d'une jeune fille dans la baignoire de leur chambre d'hôtel. Mais ils avaient des alibis, la justice ne les a pas inquiétés. Toutefois, ils ont poursuivi leur carrière sans plus se croiser.
Un peu moins de vingt ans après les faits, Karen, une jeune journaliste, entreprend une grande enquête destinée à faire la lumière sur l'obscure séparation du duo, fameux et généreux. Leur principal titre de gloire était l'animation d'un téléthon jusqu'à l'épuisement complet au bénéfice maximum de la lutte contre la polio.
Quelques jours d'investigation, quelques conversations, et il ne reste plus grand-chose de l'image officielle tant la réalité du tandem était sordide, glauque, voire mafieuse.
Sorte d'Alice contemporaine, la jeune Karen a franchi le miroir médiatique et s'aventure désormais dans le monde du spectacle. Ce voyage dans l'envers du décor, on l'a déjà fait quelquefois. Ici, on suit les traces de deux animateurs télé, qui pourraient bien être aussi celles de Dean Martin et de Jerry Lewis. Toutefois, Atom Egoyan n'est pas devenu un fouille-merde, et s'il adopte les codes du film noir, c'est pour l'atmosphère, pour le plaisir du spectateur.
CHOC DES DÉCENNIES
Ce qui est réellement fascinant dans ce film au-delà du suspense de l'enquête et de la confrontation soignée des années 50 et 70, c'est le miroitement de la vérité. Le titre original est merveilleusement (im)précis: «Where the Truth Lies». En effet, dans ce récit, chacun avance masqué. On voit, on croit voir des reflets de la vérité mais ils s'évanouissent à chaque fois. Elle est comme le corps de cette fille morte, on ne peut jamais le voir complètement, sous tous les angles, on ne peut voir qu'une partie de la vérité.
Auteur jusqu'au bout des lentilles, Atom Egoyan nourrit cette histoire d'apparence classique de son style, de ses obsessions (les traumatismes profondément enfouis), de sa virtuosité, de son trouble et de l'air du temps porté sur le culte des célébrités.
Si Alison Lohman («Matchstick Men») apparaît peut-être un peu jeune pour ce rôle écrasant. En revanche, le duo Colin Firth-Kevin Bacon est jubilatoire et scintillant de facettes contradictoires. Kevin Bacon, particulièrement, est épatant, un vrai fauve, séduisant, cruel et imprévisible.
© La Libre Belgique 2006
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