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Consommation
Léger (5 g) mais costaud (11 kg)
Paul Piret
Mis en ligne le 13/02/2006
Ou on se trompe fort, ou l'interdiction de sacs plastiques jetables aux caisses de magasin ne devrait pas être décrétée. C'est ce que l'on peut déjà conclure d'une série d'auditions menées par la commission de l'Environnement du Parlement wallon, qui a pris à coeur d'examiner deux propositions de résolution. Pour rappel (LLB de mercredi dernier), l'une (CDH) tend à interdire la distribution des sacs et l'autre (PS), à tendre vers leur disparition. Finalement, et d'ailleurs dans la foulée des actions d'information et de sensibilisation déjà entreprises, il sera sans doute plutôt question de «passer du jetable au réutilisable sans supprimer pour autant le jetable»-comme résumait le président (PS) de la commission, Robert Meureau.
Industriels (Febelplast), grande distribution (Fedis) et petits commerçants (UCM) venaient d'y exprimer leur opposition à l'interdiction. Côté consommateurs, on est plus réceptif: «Il est possible et souhaitable d'encourager de manière plus directe le choix des consommateurs. Information et sensibilisation ne suffisent pas», pour Marc Vandercammen, directeur général du Crioc. Mais ce, sans forcément passer par une interdiction: «Il faut développer des incitants et/ou des mesures contraignantes» ; et le cas échéant, par phasages, en commençant par la grande distribution.
Un problème relatif
Pourquoi, ce manque d'adhésion à une prohibition? On ne peut pourtant pas nier l'intérêt du sujet: «La réduction des sacs de caisse jetables est hautement symbolique et pédagogique», dit M.Vandercammen, sans être contredit. Mais le problème paraît relatif. Parce que les 12500 tonnes par an en sacs de caisse jetables ne pèsent que 1pc des déchets d'emballage, 1,6pc des déchets d'emballage ménagers et 5pc des déchets d'emballage plastiques. Parce que 80pc des consommateurs réutilisent une partie des sacs comme premiers sacs-poubelle à la maison. Parce que les sacs plastiques, sauf en déchets sauvages, sont moins polluants que les sacs en papier. Parce que les alternatives réutilisables conviennent moins à certains commerces et achats. Et ce, même dans la grande distribution: Baudoin Velge, l'administrateur-délégué de la Fedis, cite l'exemple du même groupe qui a supprimé ses sacs jetables dans ses magasins (Carrefour) où l'on vient pour de «grosses» courses mais les a maintenus dans ses magasins (GB) de plus de proximité où les achats sont davantage traditionnels et ponctuels.
Une exception française
Les problèmes belgo-belges n'arrangent rien: en admettant que des politiques différenciées soient opportunes en l'espèce, il n'est pas sûr que les régions soient bien compétentes. Enfin, une comparaison internationale n'est guère probante. Car le sac de caisse ne représente pas un problème dans des pays pourtant réputés pour leur gestion des déchets, comme les pays scandinaves, les Pays-Bas ou l'Allemagne -deux derniers pays où se développent les bioplastiques (sujet de recherches avancées qui suscite d'autres controverses, quant à leurs avantages sur le plastique réutilisable...). L'Irlande, elle, a décrété une écotaxe en 2002 (0,13€ à l'unité). Mais si la consommation des sacs de caisse y a dégringolé (de 90 pc), les consommateurs utilisent davantage de cartons ou achètent pour leurs poubelles des sacs en plastique plus épais -d'où une consommation en poids équivalente. Reste la France, qui a décidé d'interdire les sacs de caisse non biodégradables au 1erjanvier 2010. «Protectionnisme», ironise Bruno Philippe, de la Febelplast (transformateurs de matières plastiques), puisque nos jetables les plus habituels «émergent» de Turquie ou de Chine...
© La Libre Belgique 2006
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