Mardi 9 fév 2010

Histoire

Le Mrax ferme face aux génocides

Christian Laporte

Mis en ligne le 14/02/2006

L'organisation antiraciste veut faire reconnaître les génocides contre les Arméniens et les Tutsis. Le Mrax attend beaucoup des partis démocratiques.

Créé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale à la suite du génocide commis contre les Juifs, le Mouvement contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie entend imprimer sa marque au débat très animé autour de la reconnaissance des génocides dont ont été victimes les Arméniens et les Tutsis.

Pour Radouane Bouhlal, le président du Mrax qui s'en est ouvert à «La Libre», sa position est claire: «La loi sur le négationnisme du 23 mars 1995 est plus actuelle que jamais parce que d'aucuns entendent toujours réhabiliter le nazisme et parce qu'on ne peut continuer à insulter la mémoire des victimes et leurs descendants. Cette loi reste essentielle dans la lutte contre le racisme. Il faut donc non seulement la renforcer mais y inclure aussi les deux génocides précités. Nous avons préparé des amendements dans cette direction.» C'est ce qu'il a du reste aussi plaidé le 27 janvier dernier lorsqu'il fut appelé pour une audition par la commission interministérielle de droit humanitaire. C'est loin d'être gagné, surtout en cette période déjà très préélectorale... où le vote des Turcs de Belgique est devenu un enjeu en soi. De son côté, le débat sur la responsabilité du Hutu Power au Rwanda en 1994 remue moins de vagues même après le récent ouvrage de Pierre Péan.

«Une certaine mauvaise foi se manifeste 90 ans après le génocide commis par le régime jeune-turc ottoman», constate Radouane Bouhlal, évoquant «ici les dérapages verbaux du secrétaire d'Etat bruxellois, Emir Kir, là les propos malheureux de Philippe Moureaux qui a parlé de massacre alors que le terme de génocide est de mise. Mais le PS n'a pas le monopole de la mauvaise foi puisque le CDH fait aussi preuve d'une certaine frilosité face au réservoir électoral turc alors qu'un élu du MR à Schaerbeek a aussi nié la réalité de l'élimination systématique des Arméniens». Mais le président du Mrax ne désespère pas du bon sens politique: «J'en appelle au sens de la responsabilité de tous les partis démocratiques qui ont permis de faire passer les lois de 1981, de 1995 et de 2003. Il ne s'agit en aucune manière d'une attaque contre les Turcs de Belgique. Ils ne doivent donc aucunement se sentir coupables.»

Pour Radouane Bouhlal, il y a un enchaînement logique dans la condamnation de ces génocides: «Si certains démocrates sont hostiles à réprimer pénalement le négationnisme, il faut aussi avoir à l'esprit les outrances du président iranien Ahmadinejad et surtout la réalité sociale trop importante du négationnisme qui a été très bien mis en exergue lors des travaux parlementaires. Les historiens peuvent travailler en toute liberté; il n'y a pas d'atteinte à la liberté de la recherche mais on ne peut admettre la récupération raciste.» De la même manière, le Mrax entend combattre la négation des génocides commis en Arménie et au Rwanda: «Ceux qui parlent de guerre civile pour le premier se trompent tout comme on doit combattre ceux qui parlent de double génocide en terre rwandaise...»

© La Libre Belgique 2006

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