Mardi 9 fév 2010

Savoir Plus

Focus sur les besoins

Qu'est-il nécessaire pour que cela fonctionne mieux ? Une étude est en cours dont Maryline Vincent qui la chapeaute extrait la principale revendication : "Un investissement humain en terme de temps de travail." Jean-Jacques Detraux embraie : "Le politique doit exprimer un choix clair. Il pourrait investir un peu plus dans l'organisation de classes intégrées. Et, globalement, prévoir des aides supplémentaires en matière de nursing, mais aussi des aides pédagogiques pour accompagner l'enfant en dehors de la classe. Et puis des personnes pour faire le lien entre les différents intervenants." Il ajoute un souhait plus polémique : "Il faudrait obliger l'enseignement spécialisé à avancer. Car c'est parfois là qu'il y a des réticences. Les enseignants craignent qu'on les dépossède de quelque chose. Il ne s'agit pas de cela mais d'accompagner l'enfant quel que soit le lieu où se développe son projet."

© La Libre Belgique 2006

droits de l'enfant

L'écolier déficient galère

Monique Baus

Mis en ligne le 20/11/2006

Pas simple d'étudier dans une école ordinaire, quand on est porteur de handicap. Environ 1200 enfants déficients sont actuellement "intégrés". Grâce à l'énergie déployée par leurs parents, instits et éducateurs. Progrès à faire !

Tous les enfants ont droit à l'instruction. Et tous les parents, en Belgique, au libre choix de leur école. Ces deux évidences s'appliquent parfois difficilement aux enfants déficients, quel que soit le handicap dont ils sont victimes. "Poser la possibilité, pour un enfant handicapé, de faire sa scolarité dans une école d'enseignement ordinaire revient à ouvrir une alternative à la scolarisation en enseignement spécialisé", explique Jean-Jacques Detraux, psychologue et pédagogue, professeur à l'Université de Liège (département des sciences cognitives à la Faculté de Psychologie et de Sciences de l'Education de l'Université de Liège), et auteur de plusieurs recherches sur l'intégration scolaire des enfants déficients en milieux non spécialisés.

Qu'appelle-t-on exactement intégration scolaire ? Le plus souvent, la scolarité des enfants handicapés s'organise dans l'enseignement spécialisé. Certaines familles optent néanmoins pour une inscription dans l'enseignement "ordinaire". C'est là qu'on parle d'intégration.

Leurs histoires se partagent en quatre grands types de scénarios. Les enfants s'y retrouvent soit dans une classe d'enseignement ordinaire en fréquentant une classe d'enseignement spécialisé à temps partiel, soit dans une classe d'enseignement ordinaire qu'ils quittent à certains moments pour se rendre dans un service spécialisé (à l'intérieur de l'école ou en dehors) soit, enfin, dans une classe d'enseignement ordinaire, seuls ou en groupe, avec ou sans soutien d'un enseignant spécialisé. On notera notamment l'expérience de classes intégrées menée dans quelques écoles, dans lesquelles des enfants présentant le même type de déficience sont rassemblés.

Environ 1200 enfants déficients vivent aujourd'hui une intégration individuelle dans l'enseignement ordinaire. Autant de projets différents que seules l'énergie et la bonne volonté de leurs parents, enseignants et autres soutiens rendent possibles.

Des bâtons dans les roues

Des états généraux de l'intégration scolaire s'ouvrent cette semaine à l'initiative de la Ligue des droits de l'enfant (qui regroupe une trentaine d'associations) pour faire le point sur ces situations. Car plusieurs constats s'imposent. Comme une nette tendance à mettre des bâtons dans les roues de ceux qui se battent pour cette opportunité. Ou, encore, le manque d'évaluations de ces pratiques. Pendant cinq mois, les acteurs du secteur vont donc se rencontrer dans le cadre de tables rondes organisées par provinces. Leurs débats se clôtureront, les 16 et 17 mars prochains, par un colloque général (*).

C'est dans les petites classes qu'on retrouve la majorité des élèves handicapés "intégrés". En maternelles, surtout. En primaires, encore. En secondaires, peu. Sauf les handicaps imposant une très grande dépendance et pour lesquels une stimulation trop importante devient souffrance, aucune déficience n'est a priori exclue. Les statistiques évoquent des dossiers de déficiences intellectuelles, auditives, motrices, visuelles, des troubles du comportement, ou encore des diagnostics d'autisme ou d'hyperkinésie.

Les avantages et les inconvénients de ces projets ont été étudiés. Jean-Jacques Detraux résume ainsi le positif : "Les interactions de l'enfant intégré avec ses pairs sont favorisées, son comportement social évolue bien, il prend conscience de ses limites et sa qualité de vie est meilleure."

Cependant, pour qu'une expérience d'intégration soit réussie, plusieurs préalables sont indispensables. "Entre autres, la qualité de l'environnement scolaire, l'implication des acteurs concernés et des parents en particulier, la proximité des services de soins, la complémentarité entre enseignement ordinaire et enseignement spécialisé et la présence d'un médiateur." Des conditions encore trop rarement réunies.

Pas facile, ce choix

Il ne faudrait pas croire que la décision de ces familles confrontées au handicap d'un enfant, lesquelles choisissent de se battre pour que celui-ci évolue dans l'enseignement ordinaire, soit facile.

"Je le vérifie dans chacune de leurs histoires : c'est difficile, c'est courageux. Et cela demande, de leur part comme de la part des enseignants et autres personnels spécialisés, beaucoup d'énergie", rapporte encore Jean-Jacques Detraux. Le prix à payer pour le respect d'un droit que trop peu de choses facilitent encore dans notre Communauté française. "Il y a beaucoup à faire pour améliorer la situation."

(*) Etats généraux de l'intégration scolaire, 5 tables rondes et 1 colloque. Organisation : la Ligue des Droits de l'enfant. A partir du 25 novembre. Programme et infos : 0477/545.907 et www.laliguedesdroitsdelenfant.

© La Libre Belgique 2006

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