La Libre.be > Actu > Belgique > Article
Savoir Plus
Délinquance des jeunes
Coups de couteau après un renvoi
Annick Hovine
Mis en ligne le 23/01/2007
Reportage
C'est hallucinant ! C'est une superécole où il n'y a jamais eu aucune violence" . Pour ce jeune, comme pour les 700 autres élèves de la Communauté scolaire libre Georges Cousot, au centre de Dinant, les cours ont été brusquement suspendus lundi peu après 9 heures. En cause : l'agression du directeur de l'établissement, Pierre Jacquet, par un élève sous le coup d'une procédure de renvoi pour avoir dealé du cannabis au sein de l'école.
L'élève avait été convoqué lundi, avec ses parents, chez le directeur qui devait lui signifier la mesure d'exclusion de l'école, précisait lundi le procureur du Roi de Dinant, Bernard Appart. Mais le jeune s'est présenté seul. Se prétendant étranger à ce trafic de haschisch, il n'avait pas averti ses parents de ses ennuis.
L'entretien a viré au drame après dix minutes. L'adolescent de 16 ans a brandi un couteau de cuisine et porté plusieurs coups à l'abdomen du directeur. Le malheureux a tenté de se dégager et de gagner la porte de son bureau. Le violent l'a alors frappé à plusieurs reprises dans le dos. Alertés par les cris, les collègues ont découvert l'homme grièvement blessé. Transporté au Centre hospitalier de Dinant, Pierre Jacquet a dû subir une intervention chirurgicale. En fin de journée, l'homme n'était heureusement plus en danger de mort.
L'agresseur a pris la fuite mais a été intercepté par une patrouille de police à la gare de Dinant vingt minutes plus tard. Le couteau a été retrouvé derrière l'extension du palais de justice. Le mineur a été entendu par la police judiciaire fédérale pendant tout l'après-midi. Il devait être déféré dans la soirée devant un juge de la jeunesse.
Vol d'un MP3
Face à la gravité des faits, qui pourraient être qualifiés de tentative d'assassinat, le procureur du Roi a décidé, dès lundi matin, de mettre l'affaire à l'instruction. L'auteur, originaire d'ex-Yougoslavie, est domicilié à Bièvre avec sa famille. Il faisait déjà l'objet d'un dossier d'information au parquet de Dinant pour vol à main armée. Il est en effet soupçonné, avec un complice, d'avoir arraché un MP3 à un ado de son âge qui attendait le bus, sous la menace d'un couteau. Les faits se sont produits le 20 novembre dernier à Libramont. Identifié suite à la déposition d'un témoin, l'intéressé nie farouchement son implication, mais son alibi a été réduit à néant par les policiers. L'enquête se poursuit.
Incompréhension et révolte
Réunis au réfectoire, les professeurs de l'école Cousot accusaient péniblement le coup, lundi après-midi, balançant entre incompréhension, impuissance et révolte. "L'émotion est grande, tant au niveau des élèves que de tout le personnel", résume Jean Colot, sous-directeur de l'institut technique Cousot. "Nous sommes d'autant plus bouleversés par cette agression que le projet pédagogique de l'école, à l'initiative de M. Jacquet lui-même, est porteur de valeurs comme le respect, la tolérance, l'ouverture, le dialogue ou la solidarité". Qui se concrétisent à travers différentes activités comme Radio Fun Cousot, des semaines Santé-Citoyenneté, l'obtention du logo "École Sans Racisme", la participation au Télévie, etc. "On essaie d'accompagner le jeune le plus longtemps possible. Le renvoi est une forme d'échec pour nous aussi. Mais cela ne concerne que très peu d'élèves : deux ou trois par an".
Dans un texte rédigé en commun, le personnel de l'école dit garder confiance en son projet éducatif ainsi qu'en ses nombreux élèves et leurs familles. "Mais une fois de plus, nous ne pouvons que souligner le manque de moyens humains dans nos écoles", ajoute Antoine Trixhon, secrétaire du pouvoir organisateur. "Ainsi, pour une population de 700 jeunes, nous n'avons droit qu'à un encadrement de cinq éducateurs répartis sur trois implantations !". Le centre PMS fonctionne, lui, avec 8 agents pour une population de 7 600 élèves... "L'école est de plus en plus confrontée à des situations qui la dépassent, même au quotidien. Il est donc urgent que notre société, par l'intermédiaire du monde politique, en fasse enfin sa priorité".
Les cours reprendront mercredi à l'école Cousot. Les enseignants mettront la journée de mardi à profit pour réfléchir et préparer sereinement le retour en classe. "Il faut d'abord avoir la paix en soi. Ce qui est arrivé laisse beaucoup d'amertume et de tristesse", indique Claude Cornerotte, professeur de mathématiques depuis 32 ans. "Beaucoup de révolte aussi, par rapport au manque de considération du politique par rapport à l'enseignement technique et professionnel. On va prendre un peu de recul, mais je pense qu'on va remonter la pente".
'Qu'il soit le dépeceur ne me surprendrait pas'
Bruxelles : 3 jeunes délinquants arrêtés puis relâchés
Huytebroeck : 'L'alerte Smog a des effets directs'
Jean-Paul Knott Event
Deschamps copie-t-il Gerets ?...
Coulées de boue en Californie
Tempête historique aux...