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Des casseurs rusés
Marcel Linden
Mis en ligne le 06/06/2007
Les "vedettes du G8" ne sont, pour le moment en Allemagne, ni les chefs d'Etat ni les altermondialistes, ce sont les autonomes, les casseurs du redoutable "bloc noir", qui suscitent toute l'attention du public allemand.
A Rostock, les militants d'extrême gauche, qui ont eu leurs heures de gloire pendant les manifestations anti-nucléaires et anti-américaines des années 80, ont montré qu'ils sont plus dangereux que jamais. Et tous se demandent ce qu'ils vont fomenter comme nouveau coup durant le sommet lui-même.
En tout cas, à Rostock les autonomes ont tourné en dérision ceux qui avaient prédit leur déclin. Ils ont réservé deux grosses surprises aux policiers désemparés : pour la première fois, ils les ont attaqués au couteau et les ont arrosés au pistolet de peinture de substances chimiques dangereuses; ensuite, il y a eu parmi les casseurs camouflés beaucoup d'Italiens, de Russes, d'Ukrainiens, etc. Parmi les 10 personnes incarcérées jusqu'à présent, la moitié étaient des étrangers, dont deux Espagnols et une Belge.
L'Internationale des autonomes se donnant rendez-vous aux G8 annuels est donc bien vivante. Comme leur nom l'indique, les autonomes allemands ne constituent ni un parti ni une organisation bien structurée. Avant les grandes manifestations, ils se contactent au sein de réseaux informels.
Contrairement aux clandestins de la Rote Armee Fraktion (RAF), leurs idoles, ils exercent des professions régulières. Quand ils sont arrivés de Hambourg en gare de Rostock, les meneurs parlaient dans des walkies-talkies. Leur souplesse tactique et leur lutte en rangs serrés comme des légionnaires romains fascinent... les équipes de télévision. En tapant sur les policiers, ils "vivent une aventure".
Toutefois, au cours des dernières années, les autonomes ont perdu beaucoup de leur prestige. A Berlin, pendant les troubles traditionnels de la nuit du premier mai, les autorités ont réussi à les isoler en coopérant avec les habitants des quartiers populaires. "L'Antifa" (organisation antifasciste) de Cologne s'est dissoute et celle de Göttingen, autrefois fameuse, serait moribonde.
Les nostalgiques se souviennent de l'époque héroïque des années 80 où les autonomes avaient été le fer de lance des grandes manifestations contre la prestation de serment des recrues de la Bundeswehr en 1980 dans le stade de Brême, contre la centrale atomique de Brokdorf en 1981, contre le centre de retraitement du combustible radioactif de Wackersdorf en 1986 et l'extension de l'aéroport de Francfort.
Des condamnations
Jamais, les organisateurs paisibles des manifestations n'ont éprouvé le besoin de condamner expressément les "bavures" des autonomes. A Rostock, au moins Attac et d'autres organisations non gouvernementales ont exprimé leur désaccord. Les autonomes n'ont pas d'idéologie commune, sauf que tous abhorrent le capitalisme de type américain et les nazis.
En fait, ils se sont scindés en deux tendances après le 11 septembre : paradoxalement les "Antideutschen" (antiallemands) combattent le terrorisme islamiste, ils soutiennent Israël et, chose inouïe en Allemagne, ils approuvent même la guerre de Bush en Irak; leurs adversaires, les anti-impérialistes, défendent, eux, la cause palestinienne et les guérillas du Tiers-monde contre les sociétés industrielles développées.
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