Mardi 9 fév 2010

Maroc - Sahara occidental

Enfin, des négociations s'ouvrent

Gérald Papy

Mis en ligne le 19/06/2007

Maroc et Front Polisario lancent des discussions sur l'avenir des Sahraouis. Mais les positions réaffirmées ne laissent pas beaucoup d'espoir.

C'est une première depuis dix ans. Les parties concernées par l'avenir du Sahara occidental, territoire au sud du Maroc dont le Front Polisario réclame l'indépendance, se sont rencontrées, lundi, à New York, dans une résidence privée du quartier de Manhasset, par souci de discrétion.

Autour de la table, sont représentés le Maroc, qui a annexé le Sahara occidental en 1975 à la fin de la colonisation espagnole, le Front Polisario, représentant les Sahraouis qui réclament un Etat indépendant, l'Algérie qui soutient ceux-ci, la Mauritanie, qui signa, en 1979, un accord de paix avec le Polisario au terme duquel elle renonçait au sud du Sahara occidental que l'Espagne lui avait rétrocédé. Participe également aux débats le Groupe des amis du Sahara occidental (France, Grande-Bretagne, Espagne, Etats-Unis, Russie).

"Contrôle sur leurs affaires"

Cette réunion est une conséquence de la résolution 1754 du Conseil de sécurité de l'Onu qui, le 30 avril, a imposé aux belligérants de se rencontrer pour discuter de l'autodétermination du Sahara occidental. Autodétermination, indépendance ? Le fond de la problématique réside dans le niveau d'autonomie que les Marocains sont prêts à accepter et que les militants du Front Polisario revendiquent.

Début avril, en prévision des échéances qui se profilaient, le Maroc et le Front Polisario ont rappelé leurs positions dans des mémorandums adressés aux Nations unies. Rabat s'est ainsi déclaré prêt à accorder aux Sahraouis "le contrôle sur leurs affaires grâce à des institutions législatives, exécutives et judiciaires" sous souveraineté marocaine. Bref, une autodétermination dans le cadre de l'unité du Maroc.

Un référendum ouvert

Le Front Polisario a rejeté la proposition mais a argué de l'acceptation par Rabat d'un référendum, sur son projet uniquement, pour rappeler sa volonté que les Sahraouis soient consultés. Sur le scénario marocain mais aussi sur d'autres hypothèses, comme le rattachement au royaume marocain ou, bien sûr, l'indépendance...

Les discussions liminaires, de deux jours, à New York apparaissent certes comme un progrès mais ne sont cependant pas de nature à soulever d'immenses espoirs, tant les deux parties semblent camper sur leurs positions.

"A première vue, ces deux propositions reflètent et confirment la situation d'impasse dans laquelle se trouve le conflit du Sahara occidental plutôt qu'elles ne montrent la voie pour en sortir", observe l'organisation "International Crisis Group".

Quelles garanties ?

L'ICG note en particulier les imprécisions de la proposition marocaine : les limites géographiques de la "région autonome" du Sahara proposée ne sont pas définies; les modalités relatives au référendum envisagé ne le sont pas davantage.

Et puis, ajoute ICG, "quelles garanties aurait-on que Rabat n'essayerait pas de revenir sur l'accord initial d'autonomie soit en réduisant les pouvoirs transférés soit en harcelant, en déstabilisant ou même en interdisant le Front Polisario ?".

"International Crisis Group" va plus loin en relevant que "le flou qui entoure la proposition marocaine semble être plus gênant étant donné le soutien sans critique dont elle semble déjà bénéficier dans les capitales occidentales".

Avertissement du Polisario

La résolution de plus ancien conflit d'Afrique se fera-t-elle, de guerre lasse, sur le dos des militants sahraouis du Polisario. Il est vrai, en l'occurrence, que la promesse des Nations unies d'organiser un référendum d'autodétermination n'a jamais pu être rencontrée, butant sur l'incapacité à fixer le corps électoral de la consultation populaire.

À toutes fins utiles, le Front Polisario a indiqué qu'un échec des négociations lancées lundi à New York pourrait rouvrir les hostilités avec le Maroc.

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