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crise politique
Comment le Belge est touché
(P.V.C., C.M,P.Lo,R.P.,J.-C.M.,V.R., Oleb)
Mis en ligne le 28/11/2007
La dette belge coûte-t-elle plus cher à financer en raison d'une hypothétique crainte des investisseurs étrangers vis-à-vis de notre pays ? On note, dit-on, quelques points (centièmes de pour-cent) de plus que dans d'autres pays européens, en termes de loyer à payer sur les échéances longues. En français, des cacahuètes... La différence de rendement entre les emprunts d'état belge et allemand (référence en la matière) n'est toutefois pas neuve. En effet, les agences de notation qui déterminent les scores permettant d'établir le niveau de taux à offrir pour tenir compte du risque pays, n'ont pas changé leur "rating" sur notre pays depuis belle lurette. Ainsi, l'agence Moody's maintient-elle son rating "AA1" à la dette de la Belgique alors que Standard & Poor's lui décerne un AA +. C'est un cran en dessous de la note de l'Allemagne ou de la France, ou encore du Luxembourg qui bénéficient de la part des mêmes agences d'un "triple A". Et c'est le cas depuis... 1988 pour Moody's et 1992 pour Standard & Poor's. Pas de panique !
Les investisseurs attendent
"La crise gouvernementale intrigue les investisseurs étrangers, indique Jean-Paul Ducarme, European director chez Jones Lang LaSalle. Ils ne comprennent pas, posent énormément de questions. En règle générale, ils sont prudents. Ils n'aiment pas l'incertitude et ce qui se passe en Belgique n'est pas de nature à les rassurer. Ils sont devenus encore plus prudents, attendent, prennent plus le temps de la réflexion". L'humeur n'est en tous les cas absolument pas celle qui a suivi les attentats du 11 septembre 2001 qui a vu des opérations immobilières s'arrêter net, des contrats ne pas aboutir... "La crise de confiance n'est pas absolue et ne suscite donc pas d'attitude radicale, poursuit Jean-Paul Ducarme. Le ralentissement actuel est plutôt dû à la crise américaine du subprime. La Belgique n'est pas épargnée mais pas plus affectée qu'un autre pays d'Europe". Ce qui ne veut pas dire que ce sentiment d'incertitude vis-à-vis de la Belgique ne va pas développer une véritable crainte. L'avantage du secteur immobilier est que les deals prennent du temps, mais pas... éternellement.
Pas de miracle en affaires courantes
Inquiétudes des consommateurs, manifestations, arrêts de travail : le recul du pouvoir d'achat est au centre des préoccupations depuis que les prix du pétrole flambent sur les marchés internationaux et que ceux des matières premières provoquent l'envol des denrées alimentaires. Les produits de première nécessité ont augmenté bon an, mal an de 10 à 15 pc et les notes de gaz et d'électricité s'annoncent tout aussi salées. Le phénomène est mondial, certes, mais la Belgique a déjà une fâcheuse tendance à reculer dans les classements européens. Les ménages à bas revenus souffrent le plus de la situation...
Alors que d'autres Etats se mobilisent et tentent de trouver des solutions ponctuelles (chèques énergie, gel de prix en grandes surfaces, relance de la croissance, etc.) la Belgique est à la traîne. Et pour cause : un gouvernement en affaires courantes ne peut grever le budget en aucune manière... La simple relance du cliquet inversé sur le diesel -une aumône pour les automobilistes - a déjà pris des proportions démesurées...
La Sûreté de l'Etat en affaires prudentes
La crise a-t-elle un effet sur le fonctionnement de la Sûreté de l'Etat ? "Pour l'avenir", nous dit un très proche observateur du service de renseignement civil, "il attend les méthodes de recueil de données (NdlR : écoutes téléphoniques, etc.) dont le projet a été mis en attente peu avant les élections. Mais ça n'empêche pas la boutique de tourner". Il se fait piquant : "Le prédécesseur de la ministre sortante, Marc Verwilghen, n'avait cure de la Sûreté. Pour elle, à l'époque, c'était comme s'il n'y avait pas de gouvernement. C'est dire qu'elle peut faire sans, même en cas de problème grave, comme une attaque terroriste. En fait, à cet égard, mieux vaut savoir si le parquet fédéral existe toujours que si le gouvernement est formé. D'autant, quand même, que Laurette Onkelinx est toujours là". Un changement, pourtant : "Le nouvel administrateur général (NdlR : Alain Winants, depuis octobre 2006) et les 4 membres de sa "cellule d'appui" redoutent de prendre la moindre initiative qui paraîtrait condamnable au futur ministre de la Justice, dont ils ignorent jusqu'à l'appartenance politique. Ils agissent donc avec grande circonspection. On peut dire à cet égard que la Sûreté est en "affaires prudentes"."
Le Bel 20 à la traîne
A près avoir tenu la dragée haute à ses pairs grâce à des raisons fiscales (amnistie fiscale, donations facilitées, etc.), le baromètre de la Bourse de Bruxelles affiche maintenant un net retard face à ses pairs européens. Un bon exemple ? Comparons les évolutions de notre indice belge au Cac 40 parisien, calculé selon les mêmes principes (indices "prix") sur les six mois écoulés. Certes, la météo boursière, et la nôtre a été influencée à la baisse par les retombées de l'énorme augmentation de capital menée par Fortis pour mettre la main sur ABN-Amro aux Pays-Bas. Mais, il n'y pas là de quoi expliquer les quelque 5 pc de supplément de correction que notre indice a encaissé jusqu'ici par rapport au Cac 40 qui n'a reculé que de 10 pc alors que le Bel 20 a piqué du nez de près de 15 pc. Un effet de la crise politique qui dure ? "Je crois plutôt qu'il s'agit d'un effet de la déprime des valeurs financières qui pèsent très lourd dans le Bel 20, près d'un tiers de sa composition" , nous explique Xavier Servais (Damien Courtens, Groupe Allianz).
JAP retardés, chantiers bloqués
La crise gouvernementale n'affecte, pour l'instant pas, le système de soins de santé. C'est que l'assurance-maladie fonctionne en quasi autarcie. Le gouvernement donne de nouvelles impulsions, assure certains équilibres budgétaires. Mais, fondamentalement, ceux qui tiennent les rênes du système, ce sont les grandes fédérations syndicales et patronales. Et ceux qui en assurent la direction générale, ce sont les mutuelles et les syndicats médicaux, en plus ou moins bonne intelligence avec l'administration de l'Inami.
L'absence du gouvernement pourrait néanmoins poser quelques problèmes rapidement. La loi impose en effet que les mutuelles et les syndicats médicaux ficellent un accord tarifaire avant le 15 décembre. Formellement, les négociateurs peuvent conclure seuls. Mais l'apport d'un gouvernement serait extrêmement utile pour mettre de l'huile dans les rouages d'une concertation toujours délicate. L'enjeu n'est pas mince. Sans accord, les médecins pourront fixer librement leurs honoraires...
Comme si de rien n'était, ou presque
Les élections du 10 juin n'ont toujours pas accouché d'un gouvernement, mais la terre ne s'est pas arrêtée de tourner pour autant. Sur le front diplomatique, la Belgique continue donc de faire entendre sa voix et de remplir ses obligations. "Le gouvernement en affaires courantes peut (presque) tout faire, sauf procéder à des nominations", rappelle-t-on au Ministère des Affaires étrangères. Les ministres belges continuent d'assister, qui aux réunions de l'Otan et de l'OSCE, qui aux conseils et aux sommets européens. Et rien ne s'oppose à ce que ce soit Guy Verhofstadt qui signe le nouveau traité européen en décembre.
Plusieurs rencontres bilatérales ont toutefois été suspendues, ce qui n'a cependant pas empêché le ministre des Affaires étrangères Karel De Gucht se rendre en RDC et au Rwanda au mois de juillet dernier.
Reste qu'à l'étranger, la situation belge interpelle sinon inquiète. Un argumentaire a été remis aux ambassades belges pour les aider à éclairer les lumières des partenaires étrangers sur l'imbroglio belgo-belge.
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