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Société
Pas d'adoption pour les homosexuels
grégoire comhaire
Mis en ligne le 08/02/2008
dossier
En plus de marquer le début d'un mois d'été caniculaire, la date du 1erjuillet 2006 restera à jamais un jour historique pour tous ceux qui depuis des années, militaient en Belgique en faveur de l'égalité des droits parentaux pour les couples homosexuels. C'est en effet ce jour-là qu'entrait en vigueur la loi qui modifiait certaines dispositions du code civil en vue de permettre l'adoption d'enfants belges et étrangers par des couples homosexuels. La fin d'un long combat où s'étaient opposés parfois avec virulence partisans et opposants d'une question qui aujourd'hui encore, n'a nullement perdu de son caractère brûlant et polémique.
Car si l'entrée en vigueur de la nouvelle loi avait résonné comme une victoire immense pour tous les défenseurs de l'homoparentalité, le bilan des derniers 18 mois écoulés n'est pas sans inspirer chez eux une certaine amertume. A ce jour en effet, et tout cas d'adoption intra-familliale mis à part, aucun couple homosexuel de Communauté française n'a encore pu adopter un enfant, que ce soit en Belgique ou à l'étranger. En cause, de nombreux facteurs et de nombreux obstacles qui subsistent encore. Un an et demi après la loi, le combat pour le droit à l'homoparentalité semble donc loin d'être terminé.
Marc et Mathieu
"Les lois sont une chose, les mentalités en sont une autre." Si l'homoparentalité est depuis longtemps une réalité dans notre pays, celle-ci n'avait encore aucune existence légale quand Marc et Mathieu se sont rencontrés. Liégeois tous les deux, ils vivent en couple depuis sept ans sur les hauteurs de la Cité ardente, heureux et amoureux comme tant de leurs compatriotes. "L'envie d'être père est loin d'être une lubie, explique Marc, c'est un désir fort et construit, loin d'être évident lorsqu'on est homosexuel et que tout converge pour essayer de vous dissuader."
Alors que la maternité est arrivée naturellement chez sa soeur, le rêve de Marc d'accéder à la paternité s'apparente en effet à un véritable parcours du combattant. "J'ai pourtant autant d'amour à donner qu'elle, et probablement plus de capacité à être un bon père que tous ces parents qui battent leurs enfants ou leur offrent un foyer instable" poursuit-il. Dès l'adoption de la loi, Marc et Mathieu décident donc de tenter l'aventure.
Comme le veut la procédure, Marc et Mathieu s'inscrivent alors au cycle de préparation de l'Autorité Centrale Communautaire (ACC). Vingt heures de séance en petit groupe, avec d'autres futurs parents comme étape préalable d'un parcours d'adoption, souvent long et semé d'embûches. "Les gens étaient un peu étonnés de nous voir là au début, mais nous n'avons eu aucun regard désobligeant ou désapprobateur." Munis de leur certificat de l'ACC et d'un jugement d'aptitude du tribunal de la Jeunesse, le jeune couple n'a plus qu'à se tourner vers un des huit organismes d'adoption agréé par la Communauté française pour commencer les démarches. Et c'est là que les problèmes commencent... "Aucun pays avec qui nous travaillons n'accepte de confier des enfants à ce type de foyer."
Cette phrase, Marc et Mathieu se l'entendront répéter plus souvent qu'il n'en faut pour s'en souvenir définitivement. Car si leur pays d'origine reconnaît formellement l'homoparentalité dans sa législation, la situation est loin d'être identique dans le reste du monde. À l'heure actuelle, il semble ainsi que seuls l'Afrique du Sud et les Etats-Unis soient en mesure de confier un enfant à un couple homosexuel étranger, mais seulement en théorie car là encore, le fait que ces deux pays préfèrent privilégier l'adoption nationale avant de confier un enfant à une famille étrangère reste un obstacle de taille. Quant à l'adoption nationale en Belgique, elle reste particulièrement peu accessible du fait du nombre très bas d'enfants "adoptables".
C'est donc bien souvent vers "Amarna", seul organisme agréé en Communauté française à travailler avec l'Afrique du sud, que se tournent les couples homosexuels désireux d'adopter. Un organisme où l'on s'efforce pourtant de les décourager d'entreprendre de telles démarches. "S'il est vrai qu'un enfant sud-africain peut se voir adopter par un couple homosexuel dans son pays, il faut comprendre que les institutions locales préféreront toujours confier un enfant à un couple traditionnel, explique ainsi la directrice d'Amarna. En comptant que le nombre d'enfants adoptables à l'étranger est très bas dans ce pays, les chances de les voir confiés à une famille homoparentale est très faible voire totalement inexistant." Un discours fataliste qui a déjà découragé plus d'un couple candidat à s'accrocher à son rêve.
Luis et Järl
Selon nos confrères du "Standaard", cinq enfants étrangers auraient pourtant déjà été adoptés par des couples homosexuels en communauté flamande. Parmi eux Luis et Järl, qui sont les heureux papas d'une petite Georgina, arrivée des Etats-Unis en 2005, soit bien avant l'entrée en vigueur de la nouvelle loi. "La paternité a toujours été une évidence pour moi, explique Luis en surveillant d'un oeil attentif sa fille qui joue avec le téléphone. Il était hors de question que mon homosexualité soit un obstacle!"
Jeune Portugais installé à Bruxelles avec son conjoint suédois, Luis décide il y a quelques années d'entamer une procédure d'adoption en tant que parent célibataire auprès d'un organisme flamand. "Mais personne n'a voulu se voiler la face. Même si je devenais le seul père légal de Georgina, l'organisme nous a évalué en tant que couple, explique Luis. Et quand arriva la loi permettant aux couples homosexuels d'adopter, il ne resta plus à Järl qu'à devenir à son tour père de Georgina par adoption intrafamiliale. Une procédure qui se déroulera sans problème, parce que la Suède permet elle-aussi dans sa législation, l'adoption d'enfants par des couples homosexuels.
A en croire le nombre de membres que comptent l'association "homoparentalité", plusieurs centaines de couples homosexuels élèveraient aujourd'hui des enfants dans notre pays. Face aux difficultés qui persistent pour adopter un enfant, les couples homosexuels et lesbiens se tournent en effet vers la co-parentalité ou la fécondation in-vitro, même si aucun de ces cas de figure ne permet aux deux parents d'avoir un statut égal vis-à-vis de leur enfant. Si la loi de 2006 était un pas important pour les défenseurs du droit à l'homoparentalité, le combat semble donc loin d'être terminé.
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