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18 ans d'histoire commune
C'est au lycée, à Manchester où ils vivaient alors, que les membres d'Elbow se sont rencontrés. Dès 1990, Guy Garvey (chant et guitare), Mark Potter (guitare), Pete Turner (basse) et Richard Jupp (batterie) formaient leur premier groupe, Mr Soft. Rejoints ensuite par Craig Potter, le petit frère de Mark, aux claviers, et rebaptisés Elbow, ils allaient apparaître au grand jour à la fin des années 90 avec une série d'EP puis, après quelques changements de maisons de disque, avec une série de trois albums de plus en plus raffinés dans leurs compositions : "Asleep in the back" (2001), "Cast of Thousands" (2003) et "Leaders of the free world" (2005).
Guy Garvey, parolier du groupe, présente également une émission hebdomadaire sur BBC 6, et a produit notamment des singles de The Editors et I am Kloot. On le retrouve également en duo avec Tom Barman sur "The Vanishing of Maria Schneider", une des plages de "Vantage point", le nouvel album de dEUS.
Rock - Nouveauté
Dans la solitude du grutier
Nicolas Blanmont
Mis en ligne le 25/04/2008
Evidemment, c'était un peu frustrant de ne pas savoir quand il allait sortir. Mais, d'un autre côté, nous avons pu le fignoler : le plus longtemps on travaille sur un album, le meilleur il est. Soumettre chaque chanson au test du temps, être sûr de chaque décision. Nous avons une responsabilité vis-à-vis de nos chansons." Trois ans après "Leaders of the free world", le quatrième album d'Elbow est enfin là, retardé quelques mois par un changement de label, mais Guy Garvey prend les choses avec philosophie. Frontman plutôt que leader - il insiste sur le caractère démocratique et collectif de l'entreprise, chaque membre du groupe ayant son mot à dire sur chaque composante, musique et texte, y compris sur les instruments des autres - d'un des groupes de rock les plus intéressants du moment, l'homme parle d'une voix chaude et calme teintée d'un fort accent de Manchester.
Sa voix, justement, est une des composantes caractéristiques du son Elbow. Rappelant parfois celle de Peter Gabriel - une influence qu'il reconnaît et assume volontiers - elle impressionne par sa capacité à passer sans difficulté du grave à l'aigu : "Ce n'est que depuis quelques mois que je m'intéresse à ma voix, surtout depuis que je joue moins de guitare et que j'ai arrêté de fumer. Je n'ai jamais pris de cours de chant, sauf une fois où j'ai voulu essayer. C'était une dame d'âge mûr, ancienne chanteuse d'opéra, qui est arrivée me retrouver à la fin d'une répétition et s'est crue obligée de m'apostropher comme une poissonnière : elle pensait apparemment qu'il fallait dire f... pour avoir l'air plus rock. Cela n'a pas duré une demi-heure."
"On était mort de rire, on n'osait pas se regarder." confirme le bassiste Pete Turner. "Aucun de nous n'avait vraiment appris un instrument avant de jouer dans le groupe, sauf peut-être les frères Potter."
Provoquer
Sans douter de son honnêteté - l'intégrité et la modestie sont consubstantielles à la démarche d'Elbow - on aurait presque peine à croire qu'aucun des cinq n'a fait ses classes de contrepoint et d'harmonie, tant les chansons du groupe, surtout sur le nouvel album, révèlent au fil des écoutes (et plus encore au casque) une richesse de construction peu commune, avec notamment modulations et murs de synthétiseurs (comme sur le superbe "The loneliness of the tower crane driver", histoire d'un grutier mélancolique) mais aussi avec des rythmes qui sont loin de se contenter d'une simplicité binaire (" The bones of you", " An audience with the pope" ou "Weather to fly"). A telle enseigne que certains voient en Elbow un héritier de la tendance du rock progressif des années septante, même si la longueur moyenne des morceaux reste dans les quatre à cinq minutes.
Guy Garvey, qui avait un jour défini la musique d'Elbow comme "du prog sans les solos", ne dément pas : "Je ne le pensais pas vraiment quand je l'ai dit, c'était surtout pour provoquer, mais le rock progressif est définitivement une de nos influences. Comme il l'est pour quantité de groupes aujourd'hui, même s'ils n'osent pas l'avouer, comme si "progressif" était devenu un gros mot. Qu'on ne me fasse pas croire que Johnny Greenwood, de Radiohead, n'a jamais écouté les disques de Yes."
Régulièrement encensé par la presse et par les autres musiciens - John Cale notamment - Elbow est plutôt dans la catégorie des groupes respectés que dans celle des groupes vendeurs : "Certains de nos confrères ont fait ce qu'ils voulaient depuis le début et remportent beaucoup de succès avec cela, et c'est évidemment très bien. D'autres - mais ce ne serait pas gentleman de citer des noms - ont dû faire des compromis et abdiquer leur intégrité en vue de faire de l'argent. Cela doit finir par les affecter à la longue. Même si, n'ayant jamais été immensément riche, je ne sais pas si cela ne permet pas de calmer la conscience... Ne croyez pas que nous fassions exprès d'être non commerciaux, nous avons des enfants et nous devons penser à les nourrir. Il nous arrive même d'avoir une chanson qui semble conçue pour être un tube absolu. Elle est là, sur le mur du studio, avec les autres. On se dit "avec cela, on va changer de division, on va se faire plein de pognon". Et puis, peu à peu, on cesse d'en parler entre nous. Elle est toujours là, on tourne autour, jusqu'à ce que l'un dise "Je déteste ce morceau", et les autres disent tour à tour "Moi aussi, je la hais !" Et on se sent mieux..."
CD "The seldom seen kid", Fiction (Universal); en concert le 24 juin à l'Orangerie du Botanique.
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