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Documentaires - critiques
De Berlin à l'âge d'or d'Hollywood
K.T. et V.Ro (à Paris)
Mis en ligne le 19/05/2008
Goebbels était un homme très très intelligent. Il m'a reçu de façon absolument charmante, raconte Fritz Lang. Il a dit entre autres que le Führer et lui avaient vu "Métropolis" et que le Führer avait dit : voilà l'homme qui créera pour nous le cinéma nazi. J'en avais des sueurs, mais j'ai répondu : j'en suis ravi monsieur le ministre ! Qu'aurais-je pu dire d'autre ? Ensuite je suis rentré chez moi et j'ai décidé de quitter le soir même Berlin que j'adorais."
En 1939, près de 30 000 intellectuels allemands et autrichiens ont émigré aux Etats-Unis ; 80 pc d'entre eux étaient juifs. Hollywood accueillait les musiciens dans les orchestres des studios. Mais nombre de cinéastes, de producteurs et de comédiens ont fait le même trajet.
Un essor tué dans l'oeuf
Se centrant sur la problématique du cinéma, Karen Thomas cerne très bien l'apport décisif de ces centaines d'exilés au 7e art hollywoodien dans Exils : de Hitler à Hollywood H H H (La une, 22h). Si Berlin est capitale culturelle européenne au tout début des années 20, dès la fin des années 30 la tendance s'inverse au bénéfice des Etats-Unis, un foisonnement et une éclosion impossibles sans l'apport de nombreux génies juifs fuyant l'Allemagne nazie et l'Autriche occupée.
Sans eux, ni "Fiancée de Frankenstein", ni "Aventures de Robin des Bois", ni "Assurance sur la mort", ni "Casablanca" ou "Le Train sifflera trois fois". Et les règles du film noir ou du film d'horreur n'auraient jamais été aussi brillamment posées...
Quelques années après la Première Guerre mondiale, Berlin était en effet devenue la capitale culturelle de l'Europe, le centre rêvé pour les arts et la culture d'avant-garde ; le cinéma allemand montrait la voie de la modernité. Le studio Ufa, le plus vaste et le plus avancé d'Europe, réunit alors les plus grands talents d'Allemagne avec Erich Pommer, Fritz Lang, Ernst Lubitsch et tant d'autres. A l'époque, tous les studios hollywoodiens ont un bureau à Berlin qui, dès 1920, font venir en Amérique les talents les plus originaux tels Fred Zinneman, Joe May, Marlene Dietrich, etc. Un homme, et le système qu'il génère, vont provoquer une véritable fuite en avant ruinant tous les rêves du cinéma allemand : Hitler, mû par sa haine viscérale des juifs.
Riche d'images d'archives toujours aussi saisissantes (incendie du Reichstag, rafles, discours de Goebbels, galas de Dietrich, etc.), le film de Karen Thomas rend très palpable la tension d'alors. Et rappelle le déchirement et le chavirement vécus par chaque émigrant abandonnant ainsi patrie et amis. Même si cela leur permit, au bout de quelques années de nécessaire adaptation, de connaître une vie professionnelle plus épanouie à Hollywood. "Ce n'était pas mon idée de partir, dira Wilder, c'était celle d'Hitler."
Les amateurs de cinéma se délecteront des très nombreux extraits de films de l'époque dorée allemande, puis hollywoodienne, et verront sous un autre jour les carrières d'hommes comme Billy Wilder ou Peter Lorre. Rappelé par le studio Ufa, ce dernier avait télégraphié : "Il n'y a pas assez de place en Allemagne pour deux assassins", se référant à son rôle dans "M. le maudit". Joli culot pour un fugitif...
Dans Ombres au paradis H (Arte, 22h45), Peter Rosen tente de restituer avec sensibilité l'atmosphère qui régnait à l'époque chez une quinzaine d'exilés, notamment à Los Angeles : Thomas Mann, Bertolt Brecht, Arnold Schönberg, Lion Feuchtwanger, Hanns Eisler, Arthur Rubinstein, Peter Lorre, Max Reinhardt, Erich Wolfgang Korngold, Otto Klemperer...
Trop de brume nuit
Pour cela, il s'appuie sur des archives, des témoignages et des anecdotes illustrés d'oeuvres musicales et littéraires. Le réalisateur a voulu décrire cette atmosphère créatrice et d'avant-garde enténébrée par l'exil et la culpabilité qui ronge les survivants. Mais il est dommage qu'il soit resté piégé dans les brumes du souvenir. On aurait aimé qu'il éclaire quelques-uns de ces parcours d'artistes exceptionnels, qu'il les approfondisse, afin que l'on comprenne bien le sens de leur création dans un tel contexte. Le mérite lui revient, toutefois, de montrer que si ces hommes n'avaient pu prendre la mesure de la gravité de la menace nazie et si un pays ne les avait pas accueillis, nous n'aurions jamais pu être touchés par leurs chefs-d'oeuvre, en plein coeur...
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