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Canada
Le Canada fait ses excuses aux Autochtones
Philippe Paquet
Mis en ligne le 12/06/2008
Epousant la démarche de son collègue australien, Kevin Rudd, qui avait présenté en février dernier des excuses officielles aux Aborigènes spoliés par la colonisation, le Premier ministre canadien Stephen Harper a solennellement regretté mercredi, devant la Chambre des Communes, les mauvais traitements infligés aux Autochtones, en particulier aux quelque 150 000 enfants passés, de 1874 à 1996, par 132 pensionnats spécialement conçus pour les couper de leurs racines et les déposséder de leur culture.
"C'est le chapitre le plus sombre de notre histoire. A défaut de pouvoir tuer tous les Indiens, ils ont décidé de tuer l'Indien dans l'enfant, d'éradiquer tout sens d'indianité", résume un des chefs autochtones interrogés par l'AFP, Phil Fontaine, qui a lui-même été enrôlé pendant dix ans dans un de ces pensionnats.
"C'était un génocide culturel", affirme pour sa part Ted Quewezance, directeur d'une des associations qui regroupent les 80 000 anciens pensionnaires encore en vie. Il dénonce "les abus sexuels, physiques et mentaux" qu'il a subis, comme tant d'autres.
"On nous appelait 'sauvages' au moins une fois par jour", témoigne Phil Fontaine. "C'était une culture dominante imposant sa volonté à une autre. Cela a compromis ma capacité à avoir des relations, affecté mon estime de moi. J'avais honte d'être né autochtone."
Indiens d'Amérique du Nord, Inuits et métis sont aujourd'hui 1,3 million sur 33 millions de Canadiens. Avec une population autochtone qui forme 4 pc du total, le Canada occupe le deuxième rang mondial, derrière la Nouvelle-Zélande, où les Maoris représentent 14 pc de la population, mais avant l'Australie (où 2,2 pc des habitants sont des Aborigènes) et les Etats-Unis (où l'on recense 1,5 pc de "Native Americans").
De 1901 à 2001, le nombre d'Autochtones a été multiplié par dix, alors que la population canadienne dans son ensemble était, elle, multipliée par six. Si le recul de la mortalité, qui explique cette progression démographique, traduit une amélioration indéniable des conditions de vie, les disparités demeurent importantes entre les Autochtones et le reste des Canadiens. L'espérance de vie des premiers est de cinq à sept ans plus courte, tandis que l'alcoolisme et le taux de suicide, dans les communautés autochtones, demeurent nettement supérieurs à la moyenne nationale.
Langues interdites
Beaucoup imputent ces inégalités à l'héritage des pensionnats. Tenus par des institutions chrétiennes sous l'autorité du gouvernement d'Ottawa, ces établissements avaient pour objectif de faire rentrer de force les enfants autochtones dans le moule de la culture dominante. Il y était notamment interdit de s'exprimer dans une autre langue que l'anglais ou le français. Aujourd'hui, un quart à peine des Autochtones sont encore capables de soutenir une conversation dans une langue autochtone.
Les pensionnats sont jugés responsables de troubles durables de la personnalité et du comportement, ce que traduisent, selon les responsables d'associations, les statistiques officielles. Un tiers des Autochtones ont moins de 14 ans et ceux qui vivent dans les agglomérations urbaines ont autant de chances de vivre avec un seul de leurs parents qu'avec les deux.
Le phénomène des familles monoparentales, très répandu dans la population noire américaine, est sans doute plus clairement lié à la précarité et à l'éducation. Les Autochtones n'en ont pas moins réussi à négocier en 2006 un accord collectif qui leur a octroyé près de cinq milliards de dollars de dommages-intérêts, soit 3 000 dollars par année passée dans des pensionnats assimilés à des bagnes.
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