Mardi 9 fév 2010

Décès - Poésie

Jacques Izoard a rejoint son mystère

Luc Norin

Mis en ligne le 22/07/2008

Jacques Izoard est mort quelques jours après Gaston Compère. L'ensemble de son oeuvre avait été publié en 2006, pour son 70e anniversaire.

Quand il est mort le poète...", chante Gilbert Bécaud, et le chant continue dans nos oreilles. Et la poésie se met à chanter autrement dans notre tête, dans notre sang. Alors que nous assistions, il y a quelques jours, aux funérailles du poète Gaston Compère, Jacques Izoard était à nos côtés, avec une tristesse qui pesait à ses épaules. Nous lui disions combien son dernier recueil, "Lieux épars" (La Différence) nous menait ailleurs encore dans sa poésie : jusque dans l'imprenable de la vie (voir "Lire" 11 juillet 08). Deux jours plus tard, une crise cardiaque l'emmenait, à 72 ans, vers l'envers du temps, et sa poésie allait ouvrir seule ses livres.

Deux mille pages

Une cinquantaine d'ouvrages qui, depuis 1962, n'allaient pas cesser de parcourir tous les sens de la vie. Tellement, que le professeur Gérard Purnelle avait voulu tout reprendre en deux très importants volumes, y ajouter même les inédits, les incomplets, les raturés ! Tout avait été sorti pour constituer les quelque deux mille pages serrées en deux volumes, avec préface, commentaires, parcours accompagnés, aux éditions La Différence, à Paris. Le professeur Purnelle avait tenu à établir lui-même, en 2006, cette importante publication qui établissait une mise en perspective de tout l'oeuvre d'un poète dont chaque livre avait été, jusqu'alors, salué comme une toujours nouvelle exploration dans l'aventure de vivre. Une aventure qui avait commencé, le 29 mai 1936, le jour même où Paul Valéry prononçait une conférence au Conservatoire de Liège, en présence d'Albert Mockel, à l'occasion du 50e anniversaire de la revue "La Wallonie". Le père professeur et la mère dessinatrice du petit Jacques Delmotte pouvaient-ils choisir mieux comme cadeau de bienvenue à leur enfant, en plus d'un bouquet d'origines diverses où se mêlaient des sangs français, allemands, hollandais, ardennais ? Il deviendrait professeur comme son père, et ferait découvrir la littérature à ses élèves ! Mais lui-même, pour entrer en poésie, se trouverait un nouveau nom. Un jour, en vélomoteur, il avait vu passé, dans les Alpes françaises, le fascinant défilé de roches rouges de l'Izoard... Sa poésie s'accrocherait désormais à ce nom, comme à un porte-drapeau qui franchirait avec elle toutes les frontières de la francophonie. Ce n'est pourtant pas le rouge qui allait désormais fasciner le poète, mais le bleu mystérieux qui se retrouve dans plus d'un titre, comme "Pavois de bleu" ou "Le Bleu et la poussière". Est-ce parce qu'il aurait rencontré en son mystère la suite de la chanson où Bécaud demande qu'on enterre l'étoile du poète "dans un champ de bleuets" ? Sa poésie ne pourra jamais nous quitter.

"J'ai rêvé d'être en vie

quelque part et nulle part.

Mais mon rêve en charpie

n'a pas fait de vieux os.

Ne rêve à rien, tu deviendras

poussière, poussière et poussière."

Les funérailles de Jacques Izoard auront lieu le jeudi 24 juillet à 14 h en l'église Sainte-Marguerite à Liège. Le poète sera inhumé au cimetière de Sainte-Walburge.

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