Mardi 9 fév 2010

Édito

Congo : des élections pour rien ?

Mis en ligne le 28/02/2009

Par Marie-France cros

Pratiquement tous les indicateurs sont au rouge à Kinshasa. Alors que l’audacieuse opération militaire conjointe rwando-congolaise au Nord-Kivu a partiellement amélioré la situation en permettant un début de pacification des mouvements armés congolais - mais pas des FDLR (rebelles hutus rwandais, issus des génocidaires), objectif officiel de la manœuvre - par leur intégration à l’armée congolaise, ce progrès est menacé par le non-paiement des soldes militaires dans cette province.

L’Etat congolais est au bord de la faillite en raison de ses dépenses militaires de l’automne dernier au Nord-Kivu et surtout de la crise financière mondiale, qui a provoqué une chute des cours du cuivre, du cobalt et du diamant, principaux produits d’exportation du pays. La Banque centrale n’a plus, aujourd’hui, que 27 à 30 millions de dollars de réserves de devises, soit une journée d’importation. Une aide des institutions de Bretton Woods a été promise mais à la condition que Kinshasa ne s’endette pas inconsidérément et promette donc de renégocier son "contrat du siècle" (9 milliards de dollars) avec des entreprises chinoises afin de le rendre plus favorable au Congo. Or Kinshasa ne s’est toujours pas engagée formellement à une telle révision.

A cela s’ajoute une grave crise politique : le président Kabila exige la démission du président de l’Assemblée nationale, Vital Kamerhe, membre de son parti, le PPRD. Il a été choisi par les élus et non désigné par son parti; c’est donc la plénière qui doit accepter sa démission s’il finissait par la présenter comme les siens veulent l’y contraindre. Or un vent de fronde souffle sur le parlement en raison précisément de ce que le chef de l’Etat reproche à M. Kamerhe : son rejet de l’opération rwando-congolaise au Kivu. L’opinion, à Kinshasa, s’inquiète du bras de fer entre Présidence et Assemblée nationale : "Est-ce pour cela qu’on a voté ?", interrogent des Kinois.

Le fait est que si la Présidence - qui cherche à accroître de facto son pouvoir au-delà de ce que lui reconnaît la Constitution - parvenait à museler l’Assemblée, ce serait jeter aux orties une des principales institutions sorties du processus électoral. Celui-ci ayant coûté 500 millions de dollars à la communauté internationale, pourrait-elle l’accepter ?

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