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Microassurance sécheresse

Mis en ligne le 11/02/2008

Cyril Fouillet

Chercheur en sciences économiques et sociales associé au Centre Européen de Recherche en Microfinance (CERMi-ULB), à l'Institut de Recherche pour le Développement (IRD-LPED) et à l'Institut Français de Pondichéry (IFP)

cyril.fouillet@ulb.ac.be

Méconnues jusqu'il y a peu dans le domaine du développement et de la coopération, les assurances basées sur des indices climatiques s'attaquent à un nouveau marché, celui des petites exploitations familiales des pays en développement. Quid d'une aventure microfinancière?

Au départ, il s'agit d'un partenariat entre ICICI Lombard, une compagnie d'assurance, Basix, une importante institution de microfinance indienne et le Commodity Risk Management Group de la Banque mondiale. A eux trois, ils lancent la première initiative jamais tentée pour gérer les risques de sécheresse auprès des petites exploitations agricoles. Pourquoi pas ? Sauf que les difficultés rencontrées par les assureurs dans l'application de systèmes viables pour la gestion des risques climatiques sont nombreuses et ont refroidi plus d'une compagnie prétendante.

Tout d'abord, les contrats s'adressent à de petites surfaces agricoles (un peu plus d'un hectare en moyenne) et les dégâts doivent être évalués au cas par cas. Les économies d'échelle sont donc limitées. Ensuite, les fermiers en situation de risque sont les premiers à souscrire ce type de produit financier (phénomène dit de sélection adverse). Enfin, les personnes assurées réduisent leur vigilance en maximisant leurs gains d'assurance (phénomène dit d'aléa moral). Comment, dès lors, est-il possible de fournir une assurance contre le risque lié à la mousson, par exemple, si, de plus, les exploitations sont toutes affectées par de faibles précipitations au même moment ?

Toute l'ingéniosité de ces nouveaux produits de microassurance, basés sur un indice climatique, réside dans le fait que les remboursements sont définis en fonction d'une variable exogène, comme la mesure des précipitations ou des températures. Ces mesures, enregistrées à un niveau régional ou local par des stations météorologiques, sont indépendantes des actions des fermiers et observables par les deux parties, permettant ainsi de s'affranchir des problèmes d'asymétries informationnelles évoqués plus haut. Dans le cas de la microassurance sécheresse développée en Inde, les indemnités sont calculées en fonction du niveau de précipitation, de la surface cultivée et du type de culture. Les remboursements sont ainsi fortement corrélés avec les variations du niveau de revenu de l'exploitation agricole assurée et ne dépendent pas d'une appréciation au cas par cas.

En se basant sur un indice climatique, les microassurances sécheresse facilitent le transfert des risques sur les marchés financiers. Une sécheresse en Inde n'est pas un risque assurable au niveau du marché indien, car il revêt un caractère non diversifiable qui, à une autre échelle, asiatique ou mondiale par exemple, peut disparaître.

On constate que les avantages d'un tel outil microfinancier sont nombreux et porteurs d'espoir. Rassuré face au risque de perte de son investissement, l'agriculteur peut être plus enclin à diversifier ou à développer ses activités. Les investissements peuvent prendre la forme de la mise en culture de plus de terres avec des productions nécessitant un investissement de départ (l'arachide, par exemple, à la place du mil ou du sorgho pour lesquels l'investissement financier est quasi nul).

Pourtant, nous devons apporter un bémol. A la vue du montant des indemnités versées, l'objectif de ce service n'est pas d'assurer un revenu, ce serait bien trop coûteux, mais d'éviter à l'exploitant de perdre ce qu'il a investi et notamment de lui permettre de rembourser les emprunts contractés pour effectuer ses investissements (semences, fertilisants, pesticides, etc.). Il n'assure pas, et ce point est très important, une production mais un capital productif. Ensuite, le développement de ce service n'a pas encore eu lieu à grande échelle et n'est, pour l'heure, accessible qu'à une part infime des petits exploitants situés en zone sèche. L'absence de données météorologiques anciennes, permettant la constitution d'indices, de véritables incitations gouvernementales ou encore d'un cadre réglementaire approprié peut être un frein pour son développement.

Finalement, l'expérience indienne est un modèle du genre, faisant intervenir société civile, compagnies d'assurance et experts internationaux. Elle a démontré la faisabilité d'un tel service, mais d'autres acteurs, en d'autres lieux, sauront-ils relever le défi ?

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