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Édito

Les dangers du protectionnisme

Mis en ligne le 07/02/2009

Par PIERRE LOPPE

Phénomène classique : en période de crise économique aiguë, les autorités politiques sont mises sous pression par leur population pour protéger les emplois et les industries nationales.

A l’heure où les entreprises licencient, ferment et délocalisent, la tendance au chacun pour soi est une réaction naturelle. C’est une manière de sauve-qui-peut qui donne le sentiment aux victimes de la débâcle que le pouvoir ne les abandonne pas à leur sort funeste et qu’il élève des barrières pour les mettre à l’abri.

Le mouvement est (re)parti il y a dix jours des Etats-Unis. Dans son méga-plan de relance, l’administration Obama a inclus une disposition protégeant les sidérurgistes nationaux contre les importations d’acier étranger. Elle a interdit l’achat de fer à l’étranger pour les projets d’infrastructure, à moins que l’offre américaine ne suffise pas ou qu’elle augmente la facture de plus de 25 pc.

Cette façon de prôner le "buy american" a entraîné une condamnation unanime. L’Organisation mondiale du commerce a stigmatisé cette "violation des règles du libre-échange". Plusieurs ténors, dont ceux de l’Union européenne, ont donné de la voix et convaincu le président Obama d’effectuer une courbe rentrante.

Demi-surprise : la clause incriminée sera modifiée, a promis celui-ci, mais elle ne sera pas supprimée

L’incident est donc clos, du moins provisoirement, car l’aile démocrate du Congrès et les syndicats US ne désarmeront pas, c’est certain. Disons que le danger était trop grand pour les Etats-Unis de déclencher une vague de représailles et une nouvelle guerre commerciale incontrôlable. En passant, d’aucuns n’ont pas manqué de rappeler qu’une législation protectionniste, comme celle qui a été appliquée dans les années trente, ne résout rien à long terme et accroît la crise qu’elle prétend adoucir.

L’affaire est révélatrice et ne restera pas sans lendemain. Les Européens eux-mêmes ne sont par au-dessus de toute tentation protectionniste, dans le domaine de l’agriculture notamment, où des aides à l’exportation

sont consenties discrètement aux producteurs laitiers. Quand le gouvernement français annonce qu’il va mobiliser des milliards en faveur d’Airbus et que la ministre de l’Economie parle du protectionnisme comme d’un "mal temporaire mais nécessaire", on se pose des questions.

Pour un petit pays ouvert comme le nôtre, le risque est majeur. On le mesure très bien dans l’automobile où des groupes étrangers se préparent à sauver leur outil national à nos dépens. En économie aussi, l’histoire est un perpétuel recommencement

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