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Chine

La Chine sauvera-t-elle l'économie mondiale?

Par PIERRE-FRANÇOIS LOVENS

Mis en ligne le 07/02/2009

Devenue, en 2008, la troisième économie mondiale, la Chine pourrait contribuer à la relance de la croissance cette année. Mais elle n’est pas à l’abri de la récession en cours.

L’économie mondiale tire la langue. La croissance économique a subi, à l’automne dernier, un coup d’arrêt brutal sous l’impact de la crise financière, mettant un terme à plusieurs années de forte croissance. Si on en croit les dernières prévisions du Fonds monétaire international (FMI), publiées le 28 janvier, la croissance de l’activité économique mondiale devrait tomber cette année à 0,5 pc (après +3,4 pc en 2008 et +5,2 pc en 2007), performance la plus faible depuis la Seconde Guerre mondiale. Trois mois plus tôt, les économistes de l’institution basée à Washington misaient encore sur une croissance de 2,2 pc en 2009.

Ce diagnostic sombre doit beaucoup au ressac économique observé dans la zone des pays dits développés ou industrialisés. Des Etats-Unis au Japon, en passant par l’Allemagne, la récession a fait une apparition fulgurante. On s’y attend à un recul du produit intérieur brut (PIB) de 2 pc en 2009. Une crise profonde, aux effets sociaux considérables, dont aucun expert ne se risque à prédire la fin. Les plus optimistes parlent de premiers frémissements dans la seconde moitié de cette année; d’autres évoquent un début de convalescence à partir de 2010. Seule certitude : la visibilité est très faible.

Dans ce contexte, les gouvernements de pays jouant traditionnellement le rôle de "locomotive" de l’économie mondiale ont initié des plans de relance considérables. C’est le cas des Etats-Unis (où le plan du président Obama devrait avoisiner les 900 milliards de dollars), en Allemagne, en Grande-Bretagne ou encore en France. Ces coups de pouce seront nécessaires, mais probablement pas suffisants, pour redynamiser la croissance. Mais il en faudra davantage. Sans l’avouer trop ouvertement, les pays industrialisés comptent sur un autre coup de pouce : celui en provenance des économies émergentes, lesquelles représentent déjà près de la moitié du PIB mondial. D’ici 2025, elles pourraient peser 65 pc, ce qui fait dire à beaucoup que le centre de gravité de l’économie mondiale est en train de basculer des Etats-Unis et de l’Europe vers l’Asie et l’Amérique latine.

A court terme, peut-on estimer et espérer que le salut de l’économie mondiale viendra des pays en voie de développement habitués, ces dernières années, à des taux de croissance insolents ? Et, plus spécifiquement, la Chine et l’Inde - marchés dont le nombre de consommateurs (potentiels) dépasse la barre des 2,5 milliards de personnes ! - seront-ils les "tigres" qui sauveront une économie mondiale en piteux état ? Pas si vite ! Il est coutume de dire, depuis quelques mois, que nous sommes entrés dans la première crise de la mondialisation. Les économies de la planète n’ont jamais été aussi imbriquées. Autrement dit, la crise financière née aux Etats-Unis a également contaminé les pays émergents.

L’effet de cette contagion se marque notamment sur l’économie chinoise. "Tout le monde est dans le même bateau", résumait, voici quelques jours lors d’une visite à Londres, le Premier ministre chinois Wen Jiabao. Certes, après 13 pc de croissance économique en 2007 et 9 pc en 2008, la Chine restera le champion du monde de la croissance cette année, malgré un net ralentissement (le FMI prévoit +6,7 pc). Le géant asiatique se placerait juste devant l’Inde, dont le taux de croissance est annoncé à 5,1 pc (après +7,3 pc l’année dernière). Si on élargit la perspective à la zone Asean (Association des nations d’Asie du Sud-Est), la croissance devrait tomber cette année à un fort maigrichon - au regard des dernières années - 2,7 pc.

Les autorités chinoises, conscientes d’avoir été frappées par les déboires américains, n’ont pas tardé à réagir. Dès le mois de novembre dernier, soit en pleine tourmente des marchés financiers, Pékin avait sorti un plan de relance budgétaire de 4000 milliards de yens (455 milliards d’euros), destiné à soutenir la consommation intérieure. Parallèlement, quitte à mécontenter leurs partenaires occidentaux, ces mêmes autorités avaient ouvert la voie d’une dépréciation du yuan pour faire face au ralentissement de la demande étrangère pour les biens manufacturés "made in China" (produits électroniques, jouets, textile, etc.). Au début de ce mois, Wen Jiabao annonçait au "Financial Times" sa volonté d’en remettre une couche : "Nous pourrions prendre de nouvelles mesures (NdlR : budgétaires)." Il est vrai que Pékin a de la marge : le déficit budgétaire, évalué à 111 milliards de yens (13 milliards d’euros) en 2008, ne représenterait que 0,4 pc du PIB. De quoi faire pâlir Washington et les principales capitales européennes

La situation économique en Chine n’en demeure pas moins préoccupante, voire tendue. L’annonce, cette semaine, d’une hausse galopante des chômeurs "migrants" (lire par ailleurs) indique que la crise économique internationale a des répercussions très directes sur l’activité intérieure. La crise est durement ressentie dans les zones rurales, très pauvres, qui assistent actuellement à un retour massif d’ouvriers ayant perdu leur travail dans les centres urbains. A travers cette migration économique, les autorités redoutent la multiplication de troubles sociaux, d’où l’injection de fonds publics pour relancer la machine.

L’empire du Milieu dispose toutefois d’atouts redoutables pour poursuivre sa montée en puissance dans le cercle des plus grandes puissances économiques. En 2008, la Chine est devenue la troisième économie de la planète, devançant l’Allemagne (la "locomotive" de l’Union européenne) avec un PIB estimé à 3280 milliards de dollars. Avec une main-d’œuvre abondante et bon marché, des réserves de change tout aussi abondantes, un taux d’épargne élevé et des investisseurs étrangers séduits par un marché intérieur aux potentialités considérables, la Chine conserve tous ses avantages concurrentiels.

Si on s’en tient aux tout derniers indicateurs conjoncturels, on peut aussi constater que l’espoir d’un redémarrage de la croissance - ou, plus exactement, le fait de renouer avec un taux proche des 8 pc - dès cette année est réel. Ont, en effet, été annoncés un fort rebond des crédits bancaires et une atténuation de la dégradation de l’activité manufacturière (laquelle représente quelque 40 pc de l’économie chinoise). Ces signes encourageants font dire aux économistes, dont ceux de Merril Lynch à Hong Kong cités par l’AFP, que si "le 1er trimestre sera toujours difficile", on peut s’attendre à un "solide rebond" dès le 2e trimestre. Le reste du monde croise les doigts

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