Déco & Design

On sait que les salles de vente aux enchères bénéficient d’une réputation luxueuse et élitiste. Mais saviez-vous que les acheteurs sont de tout âge et ont tout type de porte-monnaie ? Coup d’œil lors d’une vente aux enchères de la maison Cornette de Saint Cyr à Bruxelles. Dans les coulisses.

Un emménagement. Serré. Ephémère. Ne se déplacent que des pièces de choix qui s’accordent ou contrastent les unes avec les autres. Les meubles et tableaux s’agencent pour quelques jours seulement, pour séduire et satisfaire l’œil des collectionneurs, des acheteurs, des curieux. Ces pièces, elles viennent d’ici et d’ailleurs, du salon d’un particulier comme du hangar d’un vendeur étranger. Elles se rassemblent pour une vente aux enchères dans la belle maison de maître de Cornette de Saint Cyr.

L’équipe qui s’active n’est autre que l’ancien orchestre artistique de Pierre Berger. Des spécialistes, des professionnels de l’art venus assurer l’ouverture de la succursale bruxelloise de l’enseigne française Cornette de Saint Cyr il y a cinq ans déjà.

Chaque année, une quinzaine de ventes métamorphosent les lieux : estampes, photographies, mode, art et design belge… Cette fois, la vente est centrée sur l’art et le design contemporain, de 1900 à aujourd’hui. Une thématique large qui fait cohabiter des œuvres éclectiques… ‘Fanny’de Pierre&Gilles répond à un traditionnel fauteuil et repose-pieds de Charles&Ray Eames.

"Vendre n’est pas compliqué. Notre véritable travail est de trouver et de sélectionner les pièces. Heureusement, nos acheteurs sont aussi souvent les personnes qui mettent d’autres pièces à disposition. Mais parfois, il faut les convaincre de vendre. Il y a aussi d’autres marchands d’art avec lesquels nous collaborons", explique Valentine Roelants du Vivier, directrice du département Design. Quelquefois, des héritiers passent par la vente aux enchères pour transférer le patrimoine familial en liquidités. "Il nous arrive de vendre le contenu d’une maison entière."

Une moyenne de 70 lots à l’heure

Ici, le mobilier côtoie les tableaux… pour donner une impression d’intérieur peut-être, pour varier le rythme et le type des lots lors de la vente aux enchères prévue dans quatre jours. Un délai laissé aux intéressés pour venir voir sur place les pièces, également présentées sur catalogue. Une tradition largement concurrencée par Internet. "De moins en moins de gens se déplacent, même lors de la vente. Le Belge aime vivre caché. Il nous est arrivé de faire de très bonnes ventes avec une dizaine de personnes en salle." Une bonne vente, c’est-à-dire ? "Lorsque 70 % des lots sont vendus, nous estimons que c’est un succès. Arnaud Cornette de Saint Cyr, le commissaire-priseur, a un rythme de 70 lots à l’heure en moyenne. Une vente dure environ 4 heures."

Une cadence en effet soutenue le jour J. Un dimanche. Le passant qui longe le trottoir bordant la maison de vente aux enchères est loin de se douter que des dizaines, et des centaines de milliers d’euros s’adjugent à l’intérieur. Pour la vente, la majorité des lots ont été retirés de l’espace, faisant place à une large tablée noire encerclée par deux autres tables et une petite centaine de sièges. Au centre, Arnaud Cornette de Saint Cyr, officier ministériel français comme l’oblige la fonction de commissaire-priseur en France. A ses côtés, ses collaborateurs, au téléphone, sur Internet, en connexion constante avec des acheteurs potentiels. Et puis un écran sur lequel défilent les pièces avec un court descriptif, la temporalité de la vente et l’avancée des enchères en euros, dollars, livres, yens et autres devises.

Les lots se succèdent à mesure qu’Arnaud Cornette de Saint Cyr agite son marteau. Tantôt micro, tantôt indicateur de la salle, cet artifice décide du sort des pièces et de l’état du portefeuille des acheteurs. "Une fois le marteau tombé, l’acheteur ne peut plus se rétracter sauf s’il prouve que sa pièce est un faux." Mieux vaut être prévenu aussi, une majoration de 25 % est appliquée par rapport au prix de vente. Pour les tableaux parfois, il convient aussi d’ajouter des droits de suite. Le vendeur aussi se voit ponctionné d’une partie de son gain… de 10 à 15 % en fonction de la quantité de son offre. "Nous nous chargeons de la mise en valeur des pièces, des photographies, du catalogue, de leur exposition, de la vente en tant que telle et enfin du suivi après celle-ci."

© HAULOT ALEXIS

La discrétion est de mise

Ce dimanche, la salle n’est pas comble, mais les intéressés vont et viennent. Et puis, les téléphones ne cessent de se décrocher et les clics sur Internet de s’enchaîner. "Magnifique pièce celle-ci. On commence avec un tout petit prix (500 euros). Somptueuse celle-là. Très chic. Très élégant"… Arnaud Cornette de Saint Cyr est généreux en qualitatifs. Il est le seul à hausser le ton. Il anime, rythme, joue de sa voix qui résonne parfois comme celle d’un forain incitant les enfants à faire un tour de manège. Un talent d’acteur qui rend le spectacle dynamique… Pourtant, les spectateurs restent de marbre. Il est d’ailleurs presque impossible de détecter les acheteurs tant la discrétion est de mise. Un hochement de tête, un petit doigt levé suffisent à acter l’enchère. Les visages sont concentrés, les yeux suivent le catalogue posé sur les genoux ou consulté sur un téléphone. Les duos s’échangent quelques mots. Un silence règne. Mais le langage corporel parle.

A côté, un homme s’intéresse fortement à une étagère murale de Charlotte Perriand… 8 500 euros. Soufflement. 8 800 euros. Petits bruits de bouche. 9 000 euros. Pieds tapotent le sol. 9 200 euros. Hochement de tête en guise de non. 9 500 euros. Adjugé ! "Bravo Monsieur, très bel achat." Dans le catalogue, le prix estimé de la pièce était situé entre 2 500 et 3 000 euros. Une plus-value devinée par Valentine Roelants du Vivier. "Cette pièce va probablement nous surprendre", avait-elle dit quelques jours au préalable.

Cette statue de Folon aussi, estimée entre 60 000 et 80 000 euros. "115000 euros sans regret ?" Le marteau pèse de tout son poids sur la tablette quand une nouvelle enchère tombe. "Trop tard, désolé", crie l’acheteur du fond qui s’évanouit ensuite, probablement heureux d’avoir acquis l’objet de sa convoitise par rapport à des dizaines d’adversaires anonymes. Il a remporté le jeu de la vente aux enchères, a géré l’adrénaline du moment…


Prochaine vente - lundi 22 mai - Céramique belge, art&design belge

Plus d’infos : www.cornettedesaintcyr.be