Déco & Design

De l’enseignement à la pratique, la perception du métier de designer s’est modifiée au cours de ces dix dernières années. Les temps changent. On s’adapte. Cette année, Design September innove. 

Devenues un incontournable du festival, les Open Doors (ou portes ouvertes des ateliers de designers) ont fait place aux visites de fablabs. Parfaitement dans l’air du temps.

L’image du designer indépendant, travaillant seul dans son atelier (ou avec une petite équipe) a vécu. Aujourd’hui l’heure est aux collectifs, au partage, au hacking, au co-working. A l’atelier isolé a succédé le fablab. Concrètement,on peut définir le fablab comme un lieu de travail ouvert aux artistes, designers, architectes, chercheurs, penseurs, scientifiques. Premier attrait : cet espace partagé est équipé de machines pour le travail du bois, du métal mais aussi, et de plus en plus d’outils électroniques et numériques, avec diverses applications comme l’impression 3D. Le fonctionnement est basé sur l’entraide, l’échange et la formation mutuelle à l’utilisation des outils et techniques.

Pour saisir l’enjeu de ces fablabs, au-delà de l’avantage pragmatique du partage d’espaces, machines et compétences, il faut en comprendre les valeurs. Nés à la fin des années 90 au sein du Center for Bits and Atoms au MIT (Massachusetts Institute of Technology), ces ateliers fonctionnent sur un mode collaboratif. La communautarisation des savoirs, le partage des compétences en constituent l’adn même. Catalysant l’innovation et la créativité, ces « tierslieux » comme on les appelle en France, se réapproprient et redistribuent, localement et à petite échelle, les moyens de production industrielle. Espaces de développement technologique et d’intelligence collective, ils sont aussi des lieux d’expérimentation démocratique où les rapports sociaux sont réinventés, où le social et l’humain reprennent leur place, habituellement engloutie dans l’organisation fordiste. Dans ces communautés de makers, chacun contribue et profite des recherches des autres. Internet a permis de diffuser largement les savoirs et compétences acquis, souvent véhiculéspar des fichiers open source qui permettent à n’importe quel internaute de s’approprier, diffuser, interpréter et améliorer les informations qu'il contient. Les membres de ces communautés se situent donc aux antipodes des réflexes de protection du droit d’auteur, ce qui renverse la notion de propriété intellectuelle en design.

Ensuite, le fablab s’appuie sur une idéologie du faire. L’homo faber est devenu le maker ultra connecté du XXIe siècle. L’action et la prise d’initiative, l’expérimentation et l’autoproduction incitent les artistes et designers à davantage d’autonomie et à une émancipation du système, souvent bridé, du design contemporain. Aussi, le changement de cap de Design September offre-t-il une perspective salutaire en ouvrant ces espaces, pour l’instant encore « alternatifs », au public initié ou non. Ce qui se joue également, en filigrane du développement de ces pratiques, c’est le rôle que peuvent, potentiellement, jouer les designers dans les villes, et les villes dans le monde.

Que ce soit la prise de pouvoir du parti burlesque à Reykjavik en 2010, les Indignés à Madrid puis une centaine de villes,en 2011, les Nuits debout en 2016, la transition se joue à l’échelle locale et urbaine. Dans son livre Le Pouvoir des villes, l’économiste et urbaniste Jean Haëntjens montre que la cité a reconquis son pouvoir dans tous les champs de la vie alors que les États réduisaient le leur. Elles sont aujourd'hui en première ligne pour gérer l'exclusion, les délocalisations, ou encore la protection de l'environnement. Elles sont les plus à même de transformer l'"éco-désir" ambiant en réalisations concrètes, en fonction de chaque lieu, de chaque culture locale. A Bruxelles, Design September exprime très clairement cet enjeu en mettant en avant ces tiers-lieux de la culture urbaine en prise avec les préoccupation les plus actuelles des habitants d’une capitale qui doit se réinventer.

Par ailleurs, Design September compte cette année de très belles collaborations entre des lieux d’exception et des projets particulièrement bien sentis. Nacho Carbonel au Musée Horta, Michael Anastassiades à l’atelier Jespers, The new Belgians  et Belgitude au Mad… Bruxelles en septembre : une classe internationale !

>> Brussels Design September : du 7 au 30 septembre

www.designseptember.be