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On sait que le Bauhaus a profondément marqué l’histoire de l’art… Mais savez-vous ce que recouvre vraiment ce nom et comment on retrouve ce courant dans nos maisons ?

C’est pour combler ce vide que le musée des arts décoratifs de Paris consacre une exposition retraçant l’effervescente production du Bauhaus, école artistique à la courte existence – 14 ans – mais à la production colossale. Découverte avec Olivier Gabet, directeur du musée des arts décoratifs et également commissaire de l’exposition parisienne “L’esprit du Bauhaus”.

Un lieu

“Nous voulons que le visiteur ressorte de cette exposition en ne disant plus ‘C’est très Bauhaus’quand il voit un meuble dans une boutique ou un musée…” , explique Olivier Gabet. Car le Bauhaus – pour Bauen (“construire”) et Haus (“maison”) – ne désigne pas un courant artistique, mais une école d’enseignement artistique, un “laboratoire expérimental” , fondé à Weimar en 1919 avant de s’installer à Dessau en 1925 et d’être dissout à Berlin en 1933 à l’ascension du nazisme.

Un fondateur

Walter Gropius, architecte allemand au style marqué de lignes et angles droits, a 36 ans quand il reprend la direction de l’Institut des arts décoratifs et industriels de Weimar, fondé par l’architecte belge Henry Van de Velde. Il transforme alors cet institut en “Bauhaus”, édifice minimaliste construit de verre et de béton.

{3}}Vassily Kandinsky, Neuf éléments de cercle chromatique, peinture sur papier, 1922-1933 Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Philippe Migeat


Une philosophie

“Il n’y a pas vraiment de critères stylistiques dans le Bauhaus, mais plutôt des critères dans l’organisation, le premier étant que le but final de toute activité soit la construction” , souligne le directeur du musée des arts décoratifs. L’idée majeure du Bauhaus est de ne plus faire de distinction entre les beaux-arts et les arts appliqués. “Architectes, sculpteurs, peintres, nous devons tous revenir au travail artisanal, parce qu’il n’y a pas d’art professionnel. Il n’existe aucune différence essentielle entre l’artiste et l’artisan” , défend Walter Gropius dans son manifeste du Bauhaus écrit en 1919. Le Bauhaus refuse donc l’art pour l’art et défend un “art total” . Toute production, alliant technique et esthétique, a pour objectif de bâtir un meilleur environnement quotidien pour l’humain, de sa théière à sa maison.

Des disciplines multiples

“Quand on pense Bauhaus, on a en tête le mobilier tubulaire (tubes d’acier chromé, NdlR) de Marcel Breuer ou l’architecture orthogonale très hygiéniste et aseptisée” , observe le commissaire d’exposition, o r, cette école expérimentale, en 14 années d’existence, a produit mobilier, textile, céramique, métal, dessins, maquettes, photographies, peintures, vitrail, sculptures, typographie. Il s’y déroulait même des ateliers de danse et de théâtre." Avec sa dizaine de professeurs, issus de pratiques et styles extrêmement différents, l’esprit Bauhaus a puisé dans toutes les tendances avant-gardistes de l’époque, de l’expressionnisme à l’art populaire, des arts primitifs au fonctionnalisme.

Josef Albers, Tables gigognes, placage de frêne, noir laqué, verre peint, 1927 © The Josef and Anni Albers Foundation, VG Bild - Kunst, Bonn


Des noms célèbres et beaucoup d’anonymes

Le Bauhaus a pu compter des artistes célèbres comme Paul Klee ou Kandinsky, dont on retrouve plusieurs œuvres dans l’exposition. Mais comme le précise Olivier Gabet, “s’il y a des grandes personnalités autour du Bauhaus, elles y sont pour des raisons pratiques ou factuelles. Ce n’est pas parce que Paul Klee est un grand peintre que sa peinture est forcément pertinente dans l’histoire du Bauhaus. Très souvent, on voit une dichotomie entre ce que font ces artistes personnellement et ce qu’ils font au Bauhaus… L’idée de Walter Gropius était que les pratiques artistiques se téléscopent.”

Marianne Brandt, Théière et passe-thé, argent, ébène, vers 1924 ©


Des pièces iconiques

“Il reste des pièces de l’époque mais il faut rappeler que la productivité du Bauhaus est finalement assez limitée en raison de la courte durée de l’école, qui fut, en plus, littéralement saccagée par la gestapo en 1933” , rappelle Olivier Gabet. Parmi les pièces incontournables du Bauhaus, on retient la lampe Wagenfeld conçue par Wilhelm Wagenfeld, le mobilier tubulaire de Marcel Breuer dont la célèbre chaise Wassily ou les objets stylisés en métal comme la théière de Marianne Brandt. “Ces objets iconiques sont des arbres qui cachent la forêt…” , insiste Olivier Gabet. Les 900 objets qui composent l’exposition, produits finis ou bricolages expérimentaux, témoignent de la production éclectique du Bauhaus.


Le Bauhaus aujourd’hui

L’héritage du Bauhaus a été considérable depuis la fermeture de l’école en 1933. Aujourd’hui encore, plasticiens, designers, graphistes et créateurs de mode, font vivre l’esprit d’inventivité, de recherche formelle, d’expérimentation caractéristiques du Bauhaus. C’est ce qu’a voulu montrer le musée des arts décoratifs en présentant des travaux d’une quarantaine d’artistes d’aujourd’hui, nés après 1960, et rassemblés par le plasticien Mathieu Mercier. La preuve que l’esprit du Bauhaus est plus vivant que jamais.

Mobilier. Les meubles tubulaires de Marcel Breuer, emblématiques du Bauhaus, inspirent plus que jamais les designers contemporains qui composent à leur tour du mobilier minimaliste en tubes. C’est le cas, par exemple, des designers belges Muller Van Severen et leurs meubles multi-fonctions qui font écho à la fois aux couleurs et aux structures du mobilier produit par l’école artistique allemande.


Muller Van Severen, Installation, cuir, laiton, propylène, 2012

Sculpture. “Si le Bauhaus inspire les designers aujourd’hui au niveau formel, nous voulions montrer comment son esprit inventif et expérimental imprègne les créations contemporaines” , insiste Olivier Gabet. En témoignent les œuvres-sculptures improbables et modernistes de Saâdane Afif, composées de maquettes d’enceintes acoustiques.


Mode. Les créateurs de mode sont très friands du Bauhaus, tant pour sa philosophie – la mise en valeur de l’artisanat – que pour son expérimentation des formes et des couleurs. Le musée présente des pièces signées Issey Miyake, Courrèges, Pierre Hardy mais aussi Walter Van Beirendonck, le créateur de mode belge. “Walter Van Beirendonck illustre la tendance baroque du Bauhaus, empreinte d’un ésotérisme, d’une certaine folie de la forme et de l’alliance des couleurs et des motifs” , commente Olivier Gabet.


L’expo : “L’esprit du Bauhaus”, au Musée des arts décoratifs, 107 rue de Rivoli, 750001 Paris. Du 19 octobre 2016 au 26 février 2017. Ouvert du mardi au dimanche de 11 h à 18 h. Infos : www.lesartsdecoratifs.fr

Le catalogue : “L’esprit du Bauhaus” , ouvrage collectif, éditions Broché, 288 p., 39 €

>Légende photo de une : Erich Consemüller, Scène du Bauhaus : inconnue au masque dans un fauteuil tubulaire de Marcel Breuer portant un masque de Oskar Schlemmer et une robe de Lis Beyer. Photographie, 1926