Déco & Design

Il est assez rare qu’un grand musée rende hommage à un architecte d’intérieur (de son vivant). Et Lionel Jadot, exposé au Grand Hornu, est résolument actif, il déborde même de vie et d’activités. Ses décors magistraux apparaissent souvent comme une alternative baroque au minimalisme ambiant, non sans modernité puisque le “ upcycling ” est au cœur de nombreuses de ses créations.

Après le slow food, une nouvelle tendance s’impose : la “ récup’chic ”, appelée aussi “ slow design ”. Un concept déco lancé par des designers particulièrement créatifs face à l’invasion d’objets standardisés régis par les lois de la production. L’idée dépassant le fameux “ faire du neuf avec du vieux ” ou le recyclage d’un tambour de machine à laver en table de nuit ! Résultat : les rebus de notre société de consommation sont réutilisés, l’artisanat traditionnel renait de ses cendres et se montre particulièrement créatif.

Architecte d’intérieur renommé, ensemblier, artiste, cinéaste, Lionel Jadot affiche un goût certain pour la (dé) mesure. Un talent naturel qui travaille en dehors des groupes, condamne les tendances et revendique une propension à l’éclectisme. De Bruxelles à Londres, de Genève à Bombay, il aménage chalets, cabanes, châteaux, manèges, hangars ou penthouses avec autant d’intrépidité. À l’insu de son public habituel, il est aussi un créateur débridé de “ curiosités ”. De la manne d’objets collectés ici et là, de brocantes en décharges, Lionel Jadot crée un mobilier improbable qui mêle les matériaux les plus inattendus : lampes, chaises, tables, armoires, et même une moto… L’entièreté de son “entrepôt”, à la fois constructiviste et sophistiqué, est transposé dans le Magasin aux Foins du Grand-Hornu. A découvrir.

Pourquoi avoir appelé cette exposition “ Mixed Grill ” ?

Lionel Jadot : Parce que toutes les disciplines que j’utilise, entre art et design, mijotent et mitonnent dans mon atelier bruxellois, mes carnets de croquis étant le “ grill ” sur lequel faire cuire à feu doux toutes mes inspirations encore “ crues ”.

Quel est l’état d’esprit de votre bureau d’études ?

Une remise en question perpétuelle et le plaisir d’inventer un univers à chaque fois différent. Ma démarche décorative évolue sans cesse, se nourrit d’influences multiples, parfois contradictoires, elle est comme la vie… changeante. Ce qui caractérise mon travail : la créativité, l’éclectisme, les techniques artisanales et le non-conformisme. On trouvera dans mes décors un siège hollandais XVIIe en cuir de Cordoue placé juste à côté d’une table d’Arne Jacobsen. Mes goûts me mènent de Tadao Ando à Dom Hans Van der Laan, un moine hollandais qui fut un formidable théoricien de l’architecture (on lui doit notamment l’abbaye de Vaals en Hollande). J’aime aussi en vrac le Palais de Justice de Poelaerts, les scénographies d’Ezio Frigerio, l’élégance de sir John Soane, le mobilier de l’Ancienne Egypte, le XVIIe en architecture rurale et industrielle, les installations de Boltanski, Jean Prouvé…

© (c) Serge Anton

Vous aimez aussi la démesure, pourquoi ?

J’ai une vision cinématographique de la décoration. Plus les détails sont plus grands, plus les contrastes entre l’ombre et la lumière sont forts. Mais démesure ne veut pas dire hors-mesure, tout est question d’équilibre, de proportion et de subtilité.

Dans quelle partie de la maison vous tenez-vous le plus volontiers ?

Dans une bibliothèque en désordre, remplie de livres, d’objets affectifs et de curiosités, qui offrirait une belle perspective, ample et spacieuse, sur les autres pièces de la maison.

© Blue Tie Roofing (c) Serge Anton

Une faute de goût en matière de décoration, à ne jamais commettre ?

Ne pas être à l’écoute de son client.

Quel serait le décor idéal pour la maison de vos rêves ?

Il y a près d’Essaouira un vieux fort au bord de la plage, à moitié ensablé, entouré de mimosas et d’orangers, dans lequel j’installerais bien une ambiance “ à la Peter Greeneway ” pour y vivre avec la femme que j’aime et nos filles.

> Lionel Jadot. Mixed Grill, au Centre d’Innovation et de Design du Grand-Hornu, jusqu’au 4 décembre 2016. Infos : cid-grand-hornu.be