Déco & Design Les finitions intérieures des bâtiments sont parfois très soignées, à l'image de la Générale de Banque. Et quand les bâtiments sont détruits, de belles choses disparaissent ! Une entreprise bruxelloise démonte tout ce qui est intéressant et le revend, aux professionnels comme aux particuliers.


Il y a quelques années, les deux imposantes tours noires de l’ancien siège de la Générale de Banque s’érigeaient encore au cœur de Bruxelles. A l’intérieur, des pépites de grands noms du design comme Jules Wabbes. Un projet de démolition a été enclenché… Et Rotor est entré dans le processus. Le rôle de l’entreprise ? Démonter, désincruster, sauver les composantes qualitatives du bâtiment, les éléments intérieurs qui, habituellement, auraient terminé dans un conteneur. Rencontre avec Lionel Billiet, gestionnaire de projet chez Rotor.

Rotor s’est-il d’emblée inscrit dans ce principe d’économie circulaire ?

Rotor existe depuis 2005. Au départ, il s’agit plutôt d’un groupe de design et de recherche dont les premiers projets tournaient déjà autour de l’aménagement intérieur à partir de matériaux de réemploi, de déchets, principalement à Bruxelles. La question de la circularité des matériaux s’est donc très vite posée : qu’advient-il de ces matériaux après déconstruction ? Nous avons visité beaucoup de chantiers, de centres de tri, etc. Notre conclusion a été que, lorsqu’un élément se retrouve dans un conteneur, il est déjà trop tard pour l’utiliser.

Il est alors abîmé ?

Souvent, mais pas seulement. Des informations essentielles peuvent être perdues. Quel est son bâtiment d’origine ? Son époque ? Quelle surface est disponible ? Comment le remettre en œuvre ? Autant de données techniques indispensables pour son réemploi. Nous avons remarqué que certaines entreprises s’occupent de matériaux anciens antérieurs aux années 30 mais les bâtiments d’après-guerre sont souvent négligés, démolis. En 2013, nous avons donc créé en parallèle, Rotor Déconstruction, une plate-forme qui se charge de démonter les finitions intérieures de bâtiments d’après-guerre. Aujourd’hui, nous avons un dépôt de 2 000 m2 et un shop en ligne ouvert aux professionnels comme aux particuliers.

Vous faites concurrence aux salles de vente aux enchères ?

Pas vraiment car les salles de vente se centrent sur le mobilier, les pièces uniques. Nous, nous démontons, entre autres, des sols, des plafonds, des lavabos, des détails architecturaux. Des pièces qui n’ont pas encore leur place dans un circuit de vente classique. Par exemple, de l’ancien siège de la Générale de Banque, nous avons extrait 200 tonnes de matériaux… dont des portes, des dalles en granit flammé, des faux plafonds. Certains éléments portent le nom de designers, comme Jules Wabbes, mais ils sont hors norme.

Comment sélectionnez-vous les éléments que vous prenez ?

Nous sommes très exigeants. Il faut qu’il y ait une bonne raison de les réemployer, qu’ils répondent à des critères esthétiques ou qu’ils soient issus d’un bâtiment emblématique. Nous mettons aussi en place des processus pour les nettoyer. Par exemple, enlever des restes de ciment pour que les carrelages soient prêts à la pose.

Ne souffrez-vous pas des clichés liés au réemploi ?

C’est ambigu parce qu’il y a deux stéréotypes contradictoires liés au réemploi. D’un côté, c’est vu comme du second choix qui doit donc être bon marché et avoir une qualité moindre. De l’autre, c’est qu’il s’agit de pièces anciennes, exclusives et donc hors de prix. Nous nous positionnons comme une alternative aux matériaux qui sortent des usines. Nous proposons des éléments qui allient des qualités architecturales et de la durabilité.

Justement, votre action a un impact positif sur l’environnement…

En architecture, le débat sur la durabilité a longtemps été simplifié à la performance énergétique des bâtiments. Nous voulons apporter de la nuance. Il existe des bâtiments verts qui n’utilisent aucun matériau de réemploi. Pourtant, on évite des déchets et la production de pièces neuves…

Vous faites aussi entièrement écho à la mode du vintage !

A chaque époque son vintage. L’idée est de composer un langage visuel qui combine des éléments de différentes époques sans que cela ne paraisse vintage. On dépasse ainsi les effets de mode mais c’est vrai que nous démontons dans quelques bâtiments postmodernistes datant des années 80, début 90 et le design très marqué de certaines pièces ne semble pas encore intéresser le public.

Quelles sont les pièces les plus populaires actuellement ?

Nous avons beaucoup de demandes pour des surfaces de carrelages en céramique des années 50-60. Des petites dalles épaisses qui ont un léger effet craquelé, émaillé.


>> Plus d’infos sur www.rotordc.com