Mezzes party

Laurent Raphaël Publié le - Mis à jour le

Food

Ceux qui ne connaissent de la Grèce que ses restaurants cartes postales auront forcément une image tronquée de la cuisine hellénique. Et des compatriotes de feu Onassis en général. Non, les Grecs ne collectionnent pas tous les statues antiques en stuc. Non, ils n'écoutent pas «Zorba le Grec» en boucle (un film mémorable mais d'abord une musique populaire de Theodorakis). Pas plus qu'ils ne ponctuent chaque repas d'un sirtaki endiablé au son des assiettes réduites en miettes. Tout ça, c'est du folklore kitsch pour touristes en mal de «Mickeyseries».

De même, sur le terrain culinaire, s'il est absurde de penser que le Belge mange des frites matin, midi et soir, il est tout aussi aberrant de croire que les récents champions d'Europe de football s'enfilent moussaka sur moussaka et se brossent les dents au retsina.

La gastronomie grecque, celle que l'on trouve sur la table familiale, est bien plus savoureuse et diversifiée que ne le suggèrent les photos décaties des plats qui jalonnent les cartes des restos aux noms ronflants comme Acropole ou Mont Olympe.

Pour se frotter à cette cuisine de terroir savoureuse et subtile, parcourue de saveurs et d'arômes des régions alentours, il existe une adresse à Bruxelles: l'Ouzerie. Littéralement «là où l'on boit de l'ouzo». Mais pas seulement puisque l'endroit se profile en même temps comme une Mezedopolio, soit un lieu où on mange des mezzes. L'un ne va d'ailleurs pas sans l'autre, nous glisse un fin connaisseur du pays d'Héra.

Ici, pas d'Acropole miniature en vue, pas de pompon sur les ballerines. Bref, pas de tralalas décoratifs superflus. Juste une pièce qui pourrait être celle d'un café de pêcheurs dans un port flottant sur l'Adriatique. Plancher au sol, murs peints en jaune-orange agrémentés de quelques tableaux aux motifs abstraits mêlant avec plus ou moins de bonheur les couleurs pastel. C'est à peine si quelques amphores en vitrine rappellent le prestigieux passé de la mère patrie. L'ensemble, s'il ne laisse pas une impression mémorable, dégage un côté simple et chaleureux de bon augure.

En consultant la carte, deuxième surprise: pas de brochette d'agneau ni de moussaka. Mais bien une longue liste de mezzes, froids ou chauds. Attention, rien à voir avec le traditionnel trio calamars frits-tzatziki-feuilles de vigne cornaqué par une feuille de salade, deux olives et une rondelle d'oignon. Se côtoient ici en bonne intelligence les mets de toutes les régions du pays. Et même des environs. Quelques spécialités turques, voire libanaises, se glissent entre les plats crétois et chypriotes. A noter que chaque mets est servi en petite quantité, sur le principe des tapas. Une formule qui favorise la découverte.

Dans cette galerie gourmande, on ne saurait trop conseiller les aubergines au four (5,80€), fondantes à souhait, les boulettes de courgettes (6€), les calamars frits (7€) ou l'agneau de campagne (10€), qui a mijoté dans le vin blanc et la sauce tomate et exhale un délicat parfum de cannelle. Par contre, on peut éviter le Saganaki, sorte de crêpe panée fourrée de fromage. Un peu lourd à l'atterrissage. On lui préférera le Tyropika (4,50€), des rouleaux à la feta scandaleusement moelleux.

Que ce soit deux femmes grecques à la stature solide qui mènent le bal en cuisine achève de convaincre d'avoir dîné réellement «comme là-bas». Même le soleil sera de la partie si l'on agrémente cette escapade d'un vin mûri sur les pentes du Péloponèse (il n'y en a de toute façon pas d'autres...). Bref, une adresse sans chichis et néanmoins sacrément dépaysante. Gare toutefois à ne pas dépasser les cinq portions sinon l'addition risque fort de devenir indigeste. Et rien ne servira alors d'implorer à l'aide les dieux de l'Olympe...

© La Libre Belgique 2005

Laurent Raphaël

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