Love & Sex

Pris entre l'angoisse de performance, de maladies, du célibat et les sentiments amoureux, ils ont à la fois peu et tout à apprendre. Comment vivent-ils leur sexualité à l'air du 2.0 ? Quel est le rôle des parents ?

L'adolescence reste une période compliquée durant laquelle les jeunes expérimentent, se découvrent, assistent à la mutation de leur corps, tentent de prendre de la distance avec leurs parents et se lancent dans les premiers flirts. De plus en plus précoces et avec l'aide des nouveaux médias, ils sont également très informés sur la manière dont fonctionnent les relations sexuelles. D'autant que les 11-17 ans ont de plus en plus de mal à faire le tri entre les images qu'ils emmagasinent et leur perception de l'amour.


Les jeunes sont-ils sexuellement libérés ?

Certes nous vivons dans une société considérée comme sexuellement libérée depuis mai 68. Mais selon Thérèse Hargot, philosophe et sexologue, d'autres normes sont venues remplacer les contraintes de nos grands-parents. A l'époque, les relations sexuelles, c'était pour procréer. Aujourd'hui, le sexe est partout avec une nécessité de performance. Les ados paraissent libres et décontractés face à leur sexualité, mais ce n'est pas le cas. "Le premier vecteur par lequel les enfants entrent dans la sexualité aujourd'hui, c'est généralement la pornographie. Ces images s'imposent à eux. On leur montre que la sexualité est une course à la performance sexuelle avec l'objectif de trouver le plus de plaisir possible", explique-t-elle.

A cela s'ajoute le discours alarmiste sur les risques (maladies, grossesse indésirée), le fait qu'il faille déterminer son identité sexuelle (suis-je homo, hétéro, bi ?). "Désirs, fantasmes, rêves, sont une préoccupation, une inquiétude. Cette période n'est donc pas vécue simplement comme une découverte joyeuse. On peut dire qu'il s'agit véritablement d'angoisse car cela touche à leur existence", ajoute Thérèse Hargot.

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Attention aux discours trop hygiénistes !

Et les discours alarmistes sur la question dominent. Dernièrement, une enquête américaine rapportait justement que les jeunes filles abordant la sexualité avec leur mère étaient moins enclines à s'engager dans des pratiques risquées. "Ce qui me heurte, c'est d'entendre parler surtout de contraception, des risques d'être enceinte ou du danger de contamination. Finalement, la question des difficultés psychologiques liées à l'entrée dans la vie sexuelle, n'est nullement abordée. Pourtant, cela fragilise de nombreux jeunes qui éprouvent des sentiments très violents, parfois extrêmement inquiétants et déstabilisants. Les préoccupations médicales des adultes font parfois oublier que lors des premières relations, le narcissisme du jeune est en jeu", souligne Anne-Chantal le Polain, psychothérapeute. "C'est aussi une tentative de vouloir contrôler ce qui commence à échapper aux parents. L'adolescent n'a pas besoin de cela, il a besoin de construire son identité, sa personnalité. La sexualité ne doit pas être juste réduite à l'aspect mécanique, technique et génital, ni être non plus qu'une affaire de sentiments, c'est surtout un développement personnel", explique la sexologue Thérèse Hargot.


Et le romantisme dans tout cela ?

Toutes les études et les sondages actuels vont dans ce sens. Paradoxalement, face aux images pornographiques véhiculées dans notre société, les jeunes sont terriblement romantiques. Ils accordent une importance primordiale aux sentiments amoureux. Le soucis, c'est que les ados ont du mal à faire la part des choses. Pour Thérèse Hargot, ils réduisent l'amour à l'unique question du sentiment amoureux : "Qui dit sentiment amoureux, dit j'aime et rapporte donc à l'amour. Et qui dit j'aime dit je veux être en couple. Du coup, je ne suis plus amoureux, je ne t'aime plus, et je ne me mets plus en couple. Tout ceci paraît très mignon, mais nous les adultes, on sait que le sentiment amoureux est quelque chose de fragile et que l'amour va bien au-delà d'un ressenti". Par contre, là où le romantisme échoue, c'est au niveau de la phase de séduction, d'attente, de montée du désir, explique la sexologue. C'est un processus qui disparaît avec l’avènement des réseaux sociaux et des applications de rencontres.

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Doit-on parler sexualité avec son ado ?

A l'adolescence, le jeune tourne son intérêt vers les autres. Il cherche l'autonomie. "L'adolescence, c'est justement un moment où les parents doivent rester à bonne distance, ne pas être trop intrusifs, tout en restant à l'écoute et en répondant aux questions. Il est aussi important d'assurer un relais ailleurs, en lui disant qu'il existe des centres de planning familial pour le conseiller de manière précise et éventuellement en discuter ensuite, s'il le souhaite", explique la psychothérapeute Anne-Chantal le Polain. "Le risque encouru lorsque les parents veulent parler d'expériences et évoquer, sans gêne leur propre sexualité, c'est que cela soit vécu par le jeune comme une invitation à se projeter en fantasmes dans leur chambre à coucher. C'est très gênant pour un adolescent bien souvent pudique", ajoute-t-elle. "C'est plus constructif, dans nos pays où l'information sexuelle circule facilement, d'évoquer avec l' enfant le thème du désir qui anime la vie de sens", conseille la psychothérapeute.

L'effet inverse

Violer la sphère intime de son enfant peut aussi le pousser vers le risque, histoire d'échapper ou de s'opposer à ses parents. D'autant que "ceux qui donnent des conseils ne les appliquent pas nécessairement ou paraissent insatisfaits de leur vie de couple. Les jeunes ont besoin de sentir qu'on respecte leur bulle et qu'ils sont autorisés à vivre des expériences à l'abri de la curiosité des parents. Lâcher un peu son adolescent est difficile mais nécessaire pour son évolution psychique et cela ne le poussera pas à devenir pour autant délinquant, malade ou fille mère", rassure la psychothérapeute.

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Parler sexualité à son ado, c'est un peu tard !

L'éducation sexuelle ne débute pas à la puberté, c'est un long processus qui s'opère dès le berceau. Elle se transmet à travers les gestes du quotidien et le rapport au corps de son enfant. "Il y a des mamans qui s'occupent du corps de leur petit en oubliant le sexe systématiquement. L'enfant ressent qu'il y a une zone taboue. Puis, il y a tous les parents trop fusionnels dont les enfants voudront vivre plus tard des relation sentimentales plus détachées, par peur d'étouffement. Inversement, une jeune fille peut se jeter dans les bras du premier venu pour faire un bébé, histoire de combler ses carences affectives", illustre Anne-Chantal le Polain.

Les messages non-verbaux que véhiculent les parents sont également essentiels. "Comment est-ce que je vis le rapport avec mon propre corps ? L'amour ? Est-ce je manifeste des gestes de tendresse avec mon compagnon devant les enfants? Tout cela, l'enfant le capte très bien. Ce qui est compliqué, c'est lorsqu'il y a un double discours. D'un côté, on leur transmet : tu sais l'amour, c'est quelque chose de bien et de l'autre, tout votre corps transpire l'expérience frustrante et décevante", explique la sexologue Thérèse Hargot. Plus les parents éduquent donc leurs enfants autour de l'estime de soi et des autres, plus il vivra sa vie personnelle et intime en s'estimant et en respectant l'autre.


--> Thérèse Argot, "Une jeunesse sexuellement libérée (ou presque)", Albin Michel, 16 €.

--> Pour joindre Anne-Chantal le Polain : aclepolain@hotmail.be