Love & Sex

En 2018, les nouvelles technologies comptent modifier (un peu plus) notre vie sexuelle.


Votre rencard s’est bien passé et c’est le moment de décider si vous voulez passer à l’étape supérieure ? Oubliez les regards complices ou les sourires entendus. Legal Fling vous propose de dégainer votre smartphone et de signer un contrat virtuel avant de passer à l’acte. Tue-l’amour voire dangereux ? Pas du tout selon cette nouvelle application mise au point par la firme néerlandaise Legal Things. L'app entend par là éviter les dérives dans la chambre à coucher. Une invention qui interroge, notamment après l’éclosion des mouvements #BalanceTonPorc, #metoo et la publication de la tribune défendant la « liberté des hommes à importuner ».

Le même principe que pour les bitcoins

Le concept de Legal Fling repose sur une technologie informatique utilisée pour les cryptomonnaies : la blockchain. Elle fonctionne comme un contrat de confiance informatisé et décentralisé entre deux particuliers. Concrètement les deux parties d’un rendez-vous galant peuvent se mettre d’accord sur l’utilisation (ou non) d’un préservatif, sur l’emploi (ou non) de langage fleuri pendant l’acte ou encore de l’autorisation (ou non) de filmer les ébats. Si le contrat est validé sur l’app, il est enregistré sur la blockchain et les câlins peuvent commencer. 

© Legal Fling/Metro UK

« Quand un oui ne suffit pas »

Si un rapport sexuel n’est pas clairement consenti, il s’agit de viol nous dit l'article 375 du code pénal belge. Arnold Daniels, le co-créateur de Legal Things, estime qu’il existe pourtant une zone grise qui entoure cette notion. Selon lui, son application sert à y remédier. « Dire oui n’est pas toujours suffisant. Il faut établir des frontières claires ». Dans l’idée, cette approche du consentement sexuel pourrait par exemple servir à combattre le phénomène nommé stealthing : le retrait non consenti du préservatif pendant une relation charnelle. Cette pratique courante chez les jeunes aux États-Unis a fait débat alors qu’une chercheuse avançait que cette « méthode furtive » s’apparentait à un viol.

Et si on change d’avis ?

Le rendez-vous s’est bien passé et on a enchaîné les cocktails en découvrant notre intérêt commun pour Black Mirror. Justement, c’est dans l’esprit de la série dystopique, il est temps de dégainer Legal Fling pour poser nos conditions. Éméché, on fait quelques gestes approximatifs du pouce et, sur le moment, on accepte la totale. Contrat enregistré, plus moyen de reculer ? En effet les dérives liées à l’application peuvent être nombreuses. Jill Proudfoot, la directrice d’une asbl néo-zélandaise qui travaille sur les violences domestiques, estime par exemple que les prédateurs sexuels savent très bien utiliser les nouvelles technologies pour parvenir à leurs fins. On pourrait également imaginer quelqu’un qui donne son consentement, puis se fait droguer au GHB juste après. En cas de plainte, le bourreau détiendrait la (fausse) preuve que la victime était consentante.


Face aux nombreuses critiques sur les réseaux et des questionnements quant à la légalité d’une telle application, les créateurs de Legal Fling estiment que l’interaction n’est pas la preuve de quoi que ce soit, mais simplement un moyen de clarifier les choses dans "un monde qui change"… Et si la bonne résolution de 2018 n’était pas de se passer (un peu) des apps en tous genres pour mener notre vie sexuelle ?