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LaLibre.be lance sa série dominicale "Dans le secret des lieux", dédiée aux endroits méconnus et souvent inaccessibles au grand public, par une visite exclusive des coulisses de l'Ambassade de France à Bruxelles. Le patrimoine, les différentes pièces, le personnel et l'ambassadeur lui-même se dévoilent. Visite guidée.

Sur une sobre et élégante façade néoclassique du boulevard du Régent, à Bruxelles, flotte un drapeau bleu-blanc-rouge. Difficile de s’y tromper, c’est bien l’ambassade de France qui est abritée dans cet immeuble de la deuxième moitié du 19e siècle.

Une fois la porte monumentale franchie, un porche aspire le visiteur en son sein. Sur la droite, un petit tapis coloré sert à attirer l'attention sur la marche à gravir. “Beaucoup la loupaient auparavant“, signale Jean-Pierre Avannier, le conseiller presse.

Dans le hall, la symbolique saute aux yeux. Un drapeau français et un européen se dressent fièrement face à un portrait -plutôt menu en ces lieux- du président Hollande. Dans le même espace, trois portes laissent entrevoir l'intérieur de différents salons.

 (Cliquez sur les photos pour les agrandir)

La première salle, sur la droite, donne le ton (photo ci-dessous à gauche) . Il s’agit d’un salon d’apparat assez intime, sobre et très éclairé. Ici, les tableaux effacent les clivages de l’Histoire : la monarchie, incarnée par Louis XV, côtoie la période Empire, représentée sous les traits d'Eugénie, l'épouse de Napoléon III.

La pièce attenante (photo ci-dessus à droite) attire directement le regard. Tout d’abord parce qu’elle donne vue sur les jardins. Mais surtout par la présence d’une tapisserie à l’orange éclatant qui recouvre un pan de mur. A ses côtés, fier comme un paon, trône une sculpture de coq, symbole républicain. “On mêle les genres anciens et contemporains, on allie tradition et modernité“, fait remarquer Jean-Pierre Avannier.

Parmi les nombreux détails, il en est un particulièrement prégnant : les poignées de porte sont ornées des curieuses inscriptions “SL”. Il s’agit des initiales du vicomte Charles de Spoelberch de Lovenjoul. Grand admirateur de littérature française, ce Bruxellois a fait don de son hôtel particulier à la France en 1907. Aujourd’hui, la demeure constitue un lieu vivant, où les rencontres et échanges sont permanents.

Ces rencontres ont lieu à l’”étage noble”. Pour y accéder, il importe de gravir un somptueux escalier de 67 marches de marbre, attribué au décorateur Louis Majorelle. Dans cette cage d’escalier, une touche belge ne passe pas inaperçue : une peinture représentant le mariage entre Léopold Ier et Louise d’Orléans. Cette union avec la fille du roi des Français symbolise notamment l’amitié entre les deux Etats.

L’étage s’ouvre sur une plateforme sur laquelle fleurissent cinq salles de réception, dont le “salon bleu”. “Ma pièce préférée”, confie Bernard Valero, l’ambassadeur de France auprès du royaume de Belgique. “Je le trouve chaleureux, je m’y sens bien.”

Chaque salle d’apparat est utilisée en fonction de l‘objet de la rencontre et du nombre d’invités. “Il peut s’agir de grandes réceptions ou de déjeuners en tête-à-tête. Nous organisons également des visites des lieux, des conférences,... Ces relations humaines, qui concernent des domaines comme la culture, l’économie, l’Europe ou la coopération, sont très importantes à mes yeux”, stipule M. Valero.

Que ce soit dans le “salon bleu” ou dans les autres pièces, de somptueuses tapisseries répondent au faste des immenses portraits de maréchaux de l'Ancien Régime. Les plafonds, plus hauts qu’au rez-de-chaussée, voient bourgeonner en leur centre des lustres scintillants. Dans les coins, la France a marqué son emprunte de “RF“ –pour République Française– dans les moulures.

Posés sur les mobiliers ou accrochés aux murs, les différents objets captent le regard. Porcelaines, pendules, sculptures, vases, lampes,… : toute la décoration provient du Mobilier national, le service chargé de meubler les bâtiments officiels de la République.

C’est également au premier étage que se trouve la salle à manger. Composée de sept rallonges potentielles, la table monumentale attend ses convives. “Lors de cérémonies protocolaires, 24 personnes peuvent s’y mettre. Et 32 lors de déjeuners moins formels. A ce moment-là, je place des sièges avec une assise moins large”, décrit Manuel, l’intendant présent à l'ambassade depuis 1986.

Et pour nourrir les convives, le chef Bruno Cophignon s’active en cuisine. “Je m’occupe des repas, privés et officiels, de l’ambassadeur et ses invités, mais aussi des réceptions-cocktails. Par contre, pas du petit-déjeuner, qui est laissé au maître d'hôtel“, précise ce cuistot qui a exercé à Matignon et dans la Marine nationale. “Ici, évidemment, j’utilise un maximum de produits français. Mais je ne délaisse pas les belges non plus, pour ne pas passer pour un chauvin. Par contre, on ne sert que des vins français“, précise avec aplomb cet homme originaire de la région de Champagne.

A l’autre extrémité du bâtiment, au dernier étage, se trouvent les appartements privés de l’ambassadeur. “J’y passe assez peu de temps. Je suis en permanence sur la brèche et je rentre généralement vers 23h“, explique M. Valero.

Egalement dans la partie privée, sont présentes deux “chambres des ministres“. “Elles servent pour les visiteurs de passage qui souhaitent loger ici, comme récemment Michel Rocard, le ministre Thierry Repentin ou encore Nicolas Hulot“, énumère Bernard Valero. “A partir d’ici, c’est défense d’entrée“, renchérit Jean-Pierre Avannier, en souriant. Mais la visite ne s’arrête pourtant pas là. Car, de l’autre côté du complexe, se dresse la deuxième partie de l’ambassade : la chancellerie.

 (Vues sur les façades arrières de la Résidence et de la Chancellerie)

Pour y accéder, il faut traverser le jardin, au milieu duquel est creusée une petite pièce d’eau circulaire. “C’est vraiment étonnant, deux cols-verts y ont fait leur apparition il y a quelques mois. Visiblement, ils trouvent l’accueil plutôt sympathique”, plaisante l’ambassadeur.

La chancellerie est composée des bureaux de l'ambassade. La décoration y est nettement plus sobre, épurée. Le bâtiment, lui, vaut le détour. De type art nouveau, il date de 1909 et recèle quelques trésors, comme cette magnifique rampe –également attribuée à Majorelle– en fer forgé d’où jaillissent des gerbes de blé. Dans la cage d’escalier, les portraits des anciens ambassadeurs se succèdent le long des murs. “C’est une tradition”, commente le conseiller presse. “M. Valero aura également sa photo lorsqu’il quittera ses fonctions.”

Au moment de sortir par la rue Ducale, après le salut du garde, se referme la majestueuse porte ornée d’un arbre de vie en fer forgé. Un symbole qui colle parfaitement à ce lieu de rayonnement...


Une visite guidée de Jonas Legge. Photos : Christophe Bortels et JC Guillaume.