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Il compte parmi les premiers hôtels de prestige à avoir ouvert dans la capitale, pour accueillir avec luxe les visiteurs aisés de l'Expo 58. Retour sur 60 ans de la vie tumultueuse de l'Amigo qui a su adapter son art de l'hospitalité à notre époque.


Il a accueilli les stars d'hier comme d'aujourd'hui : Prince, Nicole Kidman, Jean Dujardin, Beyoncé et Jay-Z, Steven Spielberg, Hugh Grant, Harry Styles, Bono ont foulé ses couloirs aux tapis moelleux. Tout comme nos Belges, d'Anny Cordy à Benoît Poelvoorde en passant par Virginie Efira. Son histoire fourmille d'anecdotes : saviez-vous par exemple que « Je m'voyais déjà » de Charles Aznavour avait été écrite en une nuit à l'hôtel Amigo, à l'aube des années 60 ?

Mais l'anecdote la plus originale (originelle même !) réside dans le fait que cet hôtel de grand luxe a pris lieu et place de la prison du centre de Bruxelles, la triste Amigo. Un nom bien convivial qui jure avec la fonction du sombre bâtiment médiéval de l'époque et que l'on doit aux soldats espagnols du XVIe siècle. On leur parlait de « vrunt » (prison) et ils auraient compris « vriend » : ami, « amigo » en espagnol, le nom était né ! Pour le meilleur finalement puisque l'hôtel l'a conservé. Clin d'oeil du passé, aujourd’hui encore, l’adresse officielle de l’hôtel est à la « Vruntstraat » en néerlandais et « rue de l’Amigo » en français.


Une suite que les stars adorent

© La suite Blaton - DR

C'est Armand Blaton, entrepreneur belge de son état au carnet d'adresses bien fourni qui eut la visionnaire idée d'édifier un hôtel luxueux dans le centre de Bruxelles. Comme l'hôtel Astoria en son temps construit par la famille Devillers sur l'insistance du roi Léopold II pour accueillir les visiteurs aisés de l'Exposition universelle de 1910 , l'Amigo devait combler un manque dans l'offre hôtelière bruxelloise pour l'Expo 58. Il faut dire que l'extraordinaire événement attire toujours un monde fou partout où elle a lieu... 

Pour honorer ce précurseur, une grande suite porte désormais le nom de Blaton : 180 m² avec une salle à manger, une cuisine et une terrasse privée sur le toit, avec une vue géniale sur la tour de l’Hôtel de ville et les toits de Bruxelles.

La bâtisse de pierre est peut-être lugubre mais elle est solide, a du caractère et se trouve à un jet de pierre de la somptueuse Grand-Place. En 1957/58, l'hôtel Amigo ouvre ses portes, ses 6 étages et ses chambres soigneusement décorées, c'est la grande classe à Bruxelles ! Aujourd'hui encore, le lobby déploie ses tapisseries du XVIIIe des Flandres et d’Aubusson, de Dansaert, des écoles hollandaise et italienne. Et surtout, ce que tout le monde peut voir dans le hall, le pavement authentique datant du XVe siècle et de la prison est toujours solidement là.


Un restaurant avec pignon sur rue

© Le restaurant BoCConi - DR

L'hôtel accueille nombre de personnalités dans tous les domaines. Et si l'Amigo avait perdu un peu de sa superbe dans les années 90 après quelque 30 ans de service, il l'a retrouvé après avoir été racheté par le groupe familial Rocco Forte Hotels en 2000. Le groupe hôtelier l'a rénové avec goût : c'est la soeur de Sir Rocco Forte, Olga Polizzi qui s'occupe de tout ce qui concerne le design intérieur. Elle a tenu à conserver les pièces historiques, respectant en cela la philosophie de cette chaîne « collection » de 11 hôtels de prestige à travers le monde et dont nous a parlé Sir Rocco : « Nos hôtels reflètent la ville et l'histoire du lieu, pas notre groupe. »

© Dans une suite classique de l'Amigo - DR

Pour l'anecdote, Rocco Forte, alors tout enfant aurait presque pu venir à l'Amigo : ses parents s'y sont rendus pour visiter l'Expo 58 et il se souvient même avoir entendu parler de Bruxelles, de l'Atomium et de l'hôtel construit dans une prison ! Il s'est rattrapé depuis : fondu d'histoire, sportif de haut niveau (il fut un triathlète représentant le Royaume Uni lors des championnats du monde en 2007) et cycliste passionné, il a conjugué ses deux passions en Belgique en organisant un périple avec quelques amis qui l'a fait se rendre dans des hauts lieux historiques. En mai, il a ainsi visité tous les sites de la bataille de l'Yser. Et il est rentré à l'Amigo en faisant un crochet par le lion de Waterloo.


Présent dans la vie bruxelloise aussi

© Le bar lounge de l'Amigo - DR

Accueillant des visiteurs du monde entier, l'Amigo est aussi bien inscrit dans l'histoire des Bruxellois grâce à un bar cosy et contemporain où l'on peut boire des cocktails dans une ambiance jazz les vendredis et DJ le samedi. Mais il est vraiment reconnu pour son restaurant, le BoCConi qui propose une cuisine italienne mais pas seulement : on adore les lunches healthy signés de la merveilleuse Pascale Naessens et les brunchs qui (bien que pas donnés), sont à tester au moins une fois dans l'année.

D'ailleurs, pour les fêtes, il est possible de réserver un dîner italien de quatre services, un menu de Noël baptisé Vigilia di Natale élaboré par le Mastro Fulvio Pierangelini et le chef Igor Rosi au Ristorante BoCConi. Quant au jour de Noël, tout est prévu pour que les convives profitent d’un moment en famille durant Il Pranzo di Natale, un menu de fête italien traditionnel mais revisité. Fin novembre, l'Amigo va d'ailleurs bientôt installer dans son lobby des sapins de Noël décorés par Daniel Ost et un calendrier de l'Avent géant rempli de délices venant de la maison Dandoy qui seront distribués à 17h aux clients au bar A.

Art et Design bienvenus !


Et l'on peut aussi noter la volonté du « palace » (en fait, il n'existe pas de classification palace en Belgique) de s'inscrire dans les tendances belges. Ainsi depuis quelques mois, l'Amigo accueille en ses murs une Art concierge. Ahlem Mosaddak, enthousiaste, curieuse et passionnée, ne se contente pas d’indiquer où se situe le quartier des antiquaires, mais guide les clients à se repérer dans la vie artistique de la ville : elle organise des visites guidées exclusives selon les centres d'intérêt des clients, fourmille de conseils « testés et approuvés » sur les expos à voir et emmène les curieux dans les ateliers d’artiste et chez les galeristes pour trouver la perle rare.

En décembre aussi, ce fleuron du tourisme bruxellois, fêtera ses 60 ans lors d'une grande fête avec les Schtroumpfs et les vénérables institutions du même âge comme l'Atomium, le centre des Congrès et Interparking. Mais auparavant, le big boss de Rocco Forte Hotels était venu en octobre pour fêter cet anniversaire en petit comité autour d'une belle idée : mettre à l'honneur tous les membres du personnel ayant plus de 25 ans de maison. Et il y avait du monde.

© A deux pas de la Grand-Place - DR