Magazine

Dès que la boîte est ouverte, le système d'alarme sonne chez la concierge. Et si celle-ci est absente, une cascade téléphonique se met en marche, pour avertir quatre personnes endéans la demi-heure que la boîte a été ouverte. L'une d'elles doit alors se rendre sur place pour voir si un bébé a effectivement été déposé. Voilà comment fonctionnent les "boites à bébés". De loin, elles ressemblent à de larges coffres-forts vitrés. A l'intérieur, tout est mis en place pour accueillir un nouveau-né abandonné.

Ces boites, destinées aux parents en détresse désirant abandonner leur enfant dans l'anonymat, sont en recrudescence eu Europe. Jugées par certains comme des "pratiques moyenâgeuses, ces "tours d'abandon" modernes soulèvent la polémique. Certains, souvent ceux-là mêmes qui militent contre le droit à l'avortement, arguent qu'un tel dispositif "protège le droit d'un enfant à la vie" et sauve "des centaines de nourrissons". Un avis que ne partagent pas les Nations Unies.

L'ONU tire la sonnette d'alarme

Le Comité des droits de l'enfant de l'ONU s'est penché sur le nombre croissant de "boites à bébés" en Europe. Selon les 18 experts des droits de l'homme le composant, elles "contreviennent au droit fondamental de l'enfant de connaitre ses parents et et d'être pris en charge par eux".

Pourtant, depuis une dizaine d'années, 200 nouvelles boites ont été installées à travers le vieux continent, Allemagne et République Tchèque en tête, et y ont recueilli plus de 400 nouveaux-nés.

Un système aux nombreuses interrogations

Selon un chercheur de l'université de Nottingham, Kevin Browne, qui a étudié pendant deux ans le phénomène, "ce sont fréquemment des hommes ou des proches qui abandonnent l'enfant, ce qui pose des questions sur la situation de la mère, et sur son consentement à cet abandon", relaye The Guardian. Par ailleurs, l'anonymat réduit à peau de chagrin les chances de l'enfant d'être élevé par d'autres membres de sa familles.

Alors que la Belgique a connu, ces dernières années, quelques cas d'infanticides, de telle boites, en nombre accru pourraient-elles les éviter ? L'ONU bat en brèche cet argument. "Il n'y a aucune preuve de cela. C'est un retour à l'âge médiéval", défend Maria Herczog, membre du comité. Cette psychologue bulgare s'est exprimée dans les colonnes du Guardian. Selon elle, il est préférable de mettre en place une meilleure version du planning familial et des lieux de supports et de conseil pour les femmes ainsi que pour les grossesses non-souhaitées.

Dans la plupart des pays européens où elle ont été mises en place, ces boites à bébés viennent "pallier une absence ou un flou dans la législation sur le droit d'abandonner un enfant", analyse pour sa part Le Monde.

En Belgique, Thomas était abandonné le 18 novembre 2007

C'est en 2007 que le premier bébé était retrouvé dans la seule et unique boite existante, dans la province d'Anvers, à Borgerhout. Le second sera retrouvé deux ans plus tard. Pourtant, "Moeders voor moeders", suivant les modèles allemand (80 boites) et tchèque (40 boites), l'avait mise en place dès l'an 2000.

"Nous avons toujours eu d'énormes difficultés à faire connaître notre boîte a bébé, expliquait alors Katrin Beyer, de cette ASBL qui fournit de l'aide matérielle aux familles démunies. Elle se disait partagée entre "la tristesse face à la détresse d'une maman qui n'a pas trouvé d'autre solution que de laisser son nouveau-né dans cette boîte à bébé et la satisfaction de voir que celle-ci a servi à quelque chose". Voilà qui illustre bien le sentiment ambivalent à l'égard de ces boites.

Les pouvoirs politiques belges semblent se situer sur la même ligne que l'ONU. Ils soulevaient, en 2007, le "constats d'échec" que représentaient ces abandons et préféraient encourager les consultations prénatales de l'ONE.