Magazine On sait qu’ avec la nouvelle année, les bonnes résolutions sont de retour. Mais saviez-vous que vous pouvez lancer une initiative citoyenne dans votre quartier pour bien démarrer 2018. Votre guide pratique.


Mettre sur pied un Repair Café mensuel, lancer un potager collectif, fonder un groupe d’achat commun, définir un lieu où les habitants pourraient échanger leurs savoirs, créer une monnaie locale, planifier des marchés fermiers, faire de l’école de vos enfants une "école en transition", etc.

En deux ans, en Belgique francophone, le nombre d’initiatives en transition a triplé. La preuve qu’il n’est pas forcément difficile de se lancer, et de mener des projets citoyens à bien.

Initiative citoyenne : quésaco ?

Pour Anissa Ouertani, chargée de mission au RCR (Réseau des Consommateurs Responsables), "pour peu que le projet reflète une envie de faire ensemble autrement ou de consommer autrement, le RCR est susceptible d’accompagner les porteurs de projets." Pour François-Olivier Devaux, membre de l’équipe de support du Réseau Transition, "un mouvement de la transition est porté par des citoyens qui se réunissent pour imaginer et construire de manière positive le monde de demain." Et vous, en cette veille d’année 2018, ça vous tente de construire l’avenir de votre quartier ? Si oui, suivez ce guide pratique.

1. Soyez motivé et bien entouré Pour lancer une initiative citoyenne, entourez-vous de quelques personnes enthousiastes, motivées et prêtes à poser les bases du projet. Le bon conseil d’Anissa Ouertani : "Créez un groupe hétérogène pour déployer le réseau beaucoup plus loin."

2. Documentez-vous Avant de vous lancer, vérifiez qu’il n’existe pas déjà un mouvement dont vous n’aviez pas connaissance dans votre quartier. Des cartes sont disponibles sur les sites web du RCR ou de Réseau Transition afin de visualiser les projets existants. Ensuite, faites le plein de bons conseils : téléchargez par exemple le "Guide essentiel de la transition" sur le site de Réseau Transition.

3. Fixez vos règles et vos rêves Commencez par identifier le rêve que vous cherchez à poursuivre. Quelle est cette alternative que vous désirez mettre en place ? Déterminez ensuite le mode de fonctionnement du groupe (prise de décision, répartition des tâches, etc.). A ce stade déjà, n’hésitez pas à demander de l’aide aux organismes de support de projets, tels que le RCR ou le Réseau Transition, qui peut vous fournir des clés pour débuter, ou vous former sur certaines thématiques.

4. Organisez une soirée de rencontre Invitez les habitants du quartier à une soirée de réflexion autour de la transition. En découleront un ou plusieurs groupes motivés de travailler sur une ou plusieurs thématiques. Lors de cette soirée, le Réseau Transition peut mettre à votre disposition d’autres groupes plus avancés qui peuvent venir témoigner.

5. Grandissez progressivement Identifiez les tâches prioritaires et moins prioritaires à remplir, et déléguez aux différents groupes qui fonctionneront progressivement de manière autonome. C’est le moment de participer à diverses formations proposées par les différents organismes spécialisés, ou de simplement faire appel à eux pour tous types de questions. Ils seront toujours de bon conseil.

6. Soyez visible Pour que le projet soit pérenne, pensez toujours aux aides logistiques ou humaines plutôt que financières. Et pour cela, faites-vous connaître : médias locaux, cartographie, bouche-à-oreille, événements publics, etc. Le Réseau Transition offre par exemple des outils mutualisés clé sur porte pour votre communication, tels qu’un site web à personnaliser.

7. Partagez ! Les projets d’initiatives citoyennes se multiplient partout en Belgique. Des espaces d’échanges entre initiatives existent. Rencontrez-les pour apprendre de leurs succès, mais aussi de leurs échecs. Enfin, partagez de bons moments avec les membres du mouvement de votre quartier. Jusqu’ici, toutes les personnes qui ont lancé un projet avaient un point commun : l’envie de créer du lien et le besoin de rétablir des rapports humains entre voisins.


Quand les citoyens de Court-Saint-Etienne se rencontrent

Initiative citoyenne", voilà un bien grand mot qui englobe de multiples projets. Zoom sur "Transition en Court", un mouvement indépendant formé de citoyens de Court-Saint-Etienne et alentours, lancé par Julien Lesceux.

Des débuts prometteurs

En mars 2016, seul, Julien Lesceux décide de proposer dans sa commune un espace pour réfléchir entre concitoyens. "A l’époque", se souvient-il, "je constatais de façon positive que la plupart des gens prenaient conscience de la réalité du monde. Seul le passage à l’action était compliqué". Le film "Demain" sert de coup d’accélérateur pour ce diplômé en communication, qui baigne déjà dans la coopération au développement de par sa profession.

Le 24 mars 2016, Julien Lesceux invite les citoyens à une première rencontre : "Je sentais qu’il y avait une réelle envie dans la commune". Les affiches et le bouche-à-oreille faisant leur effet, 120 personnes répondent présentes à ce premier rendez-vous. "Je me disais : si on est 4 ou 5, c’est déjà pas mal", sourit-il. A ce moment-là, Julien sert de facilitateur : "Je faisais se rencontrer différentes énergies, pour ensuite potentiellement faire naître des projets", raconte-t-il.

Réfléchir ensemble

L’objectif, au départ, consiste à réfléchir ensemble. "Sortir les habitants de Court-Saint-Etienne de leur isolement était déjà un premier pas vers un mieux-être", explique-t-il. Sur les conseils du Réseau Transition, Julien prend le temps (un an, environ) avant de mettre en place des actions concrètes. "Une base stable est nécessaire pour que les actions soient pérennes", note-t-il. A ce stade, tout le défi est de "maintenir l’énergie et l’enthousiasme initiaux, et d’en prendre soin pour rendre pérenne les différents projets".

Se structurer avant d’agir

Ensuite, un groupe de pilotage se met sur pied pour une prochaine réunion, "On était 60, c’était beaucoup. Il fallait organiser tout ce petit monde." Le groupe est donc scindé en différents cercles thématiques : alimentation, finances/économie, démocratie, lien social, culture, éducation, etc. Durant la première année d’existence du mouvement, ces différents groupes font l’état de lieux des projets existants, et se structurent.

Ensuite et depuis lors, chaque cercle thématique développe différentes actions, et Julien, responsable de la communication du projet, fait connaître ces différentes actions via les réseaux sociaux et via des newsletters.

Un agenda bien rempli

Aujourd’hui, Julien consacre environ une journée par semaine au mouvement. Chaque cercle est autonome et se réunit au moins une fois par mois. Grâce à cela, dans la commune de Court-Saint-Etienne, l’agenda est bien rempli : bacs potagers, Repair Cafés, ciné-débats, conférences, etc.

Julien Lesceux est quant à lui déjà d’attaque pour relever le prochain défi : "élargir la diversité du mouvement pour déployer ce mouvement de transition."



RCR : www.asblrcr.be

Réseau Transition : www.reseautransition.be

Motivé à vous lancer ? Rendez-vous à la formation "Lancer une initiative de transition" les 13 et 14 janvier prochains à Bruxelles (voir agenda Réseau Transition)