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Ce choix du rappeur «s’inscrit pleinement en réaction à tout ce qu’il se passe depuis l’affaire Weinstein», analyse l'anthropologue spécialiste des masculinités dans Le Monde.

C'est une première. Le magazine érotique Playboy a choisi un homme en couverture. C'est sur le rappeur de NTM JoeyStarr que s'est porté le choix de la rédaction. Le co-rédacteur en chef de l'édition française a expliqué la démarche : "On veut ouvrir Playboy ! On n'avait pas envie d'afficher une poster girl classique et puis Joeystarr n'est pas n'importe qui... Photographier JoeyStarr, l’homme qui fascine les filles, l’incarnation de ce qu’on appelle parfois le « mâle alpha », celui qui crie le plus fort – une chose très compréhensible pour les garçons – était une manière de le faire…"

"JoeyStarr comme symbole du mâle alpha", c'est aussi l'avis, confié dans Le Parisien, de la photographe Sidney Carron qui a réalisé le shooting.


"Retour de la virilité traditionnelle"

Dans le quotidien Le Monde, Mélanie Gourarier, anthropologue et auteure d'un ouvrage consacrés aux masculinités "Alpha mâle" déplore ce choix qui, selon elle, "s’inscrit pleinement en réaction à tout ce qu’il se passe depuis l’affaire Weinstein". C'est selon l'anthropologue le signe d'un retour de la virilité traditionnelle : "Il s’agit évidemment d’une intention forte de montrer que les hommes virils, dans une acception très traditionnelle du terme, n’ont non seulement pas disparu, mais reprennent le devant de la scène. (...) Cette virilité traditionnelle dont on est en train, aujourd’hui, de déplorer la perte. Cette couverture s’inscrit pleinement en réaction à tout ce qu’il se passe depuis l’affaire Weinstein. Il y a une volonté de la part de la rédaction de Playboy de dire que ce modèle-là est toujours le plus désirable, et que ce modèle le plus désirable, on le réaffirme alors même qu’il est aujourd’hui contesté.

Et l'auteure de regretter aussi que soit mis en avant le côté "bad boy" de JoeyStarr au lieu de parler d'un homme violent (JoeyStarr a déjà été condamné pour violences conjugales) : "On invisibilise derrière ce terme des pratiques effectives de pouvoir et de violences faites aux femmes, et aux autres hommes. Continuer à dire que les femmes sont toujours attirées par ce genre d’hommes, c’est renverser le fonctionnement du rapport. Ce discours signifie en creux que, parce que les femmes sont attirées par ces hommes-là, il faut que les hommes continuent à incarner les bad boys".