Magazine

À trente-deux ans, Laurence a tout plaqué pour vivre son rêve de grands espaces. Direction l'Amérique latine, où elle arpente les routes depuis près de onze mois désormais.


Comme de plus en plus de jeunes travailleurs, Laurence s'est décidée à mettre sa carrière de Project Manager entre parenthèses durant un an, afin de donner libre cours à sa passion du voyage. Sauf qu'au fil du temps, le projet de cette Tournaisienne d'origine mais Bruxelloise d'adoption s'est mué en une vie nouvelle, marquée par la liberté et le changement. Témoignage d'une femme bien dans ses baskets, entre aventures, rencontres, retrouvailles et... zika.

© Laurence Vasseur
Le carnaval de Rio, une expérience unique pour Laurence. "J'y ai vraiment vibré", dit-elle.


"Ce projet, ça me trottait en tête depuis longtemps. J'avais cette envie de partir seule, plus loin, et longtemps. Je n'ai pas ressenti de déclic particulier. Je me suis juste dit que j'étais jeune, célibataire, en bonne santé et que c'était maintenant. On ne sait pas de quoi demain est fait ! Bon, ça ne m'a pas empêchée de ressentir un moment de panique en attendant l'avion. J'avais enfin pris conscience de ce que je faisais. Un ami m'a appelée et m'a rassurée. Et je suis finalement montée !

À la base, je devais explorer l'Amérique du Sud cinq mois et me rendre ensuite à Melbourne, en Australie, pour y vivre sept mois, y étudier et tenter d'y trouver du travail. L'Australie, je connaissais, car j'y étais partie un an comme étudiante d'échange avec le Rotary Club suite à ma rhéto. Mais après avoir visité le Pérou, la Bolivie, le Chili et l'Argentine, et une fois descendue jusqu'à Ushuaïa... je suis partie en Antarctique sur un coup de tête ! Je me suis lancée dans un voyage de dix-neuf jours, qui passait par les Îles Malouines, la Georgie du Sud et la péninsule Antarctique. Quelle expérience inoubliable ! Mais pour ça, j'ai dû renoncer á l'Australie car c'était un budget conséquent, même en last minute... Des regrets ? Non, j'ai suivi mon coeur ! Ensuite j'ai continué mon périple au Mexique, Guatemala, Costa Rica et en Colombie, où je me trouve actuellement."


Nouvelles rencontres et retrouvailles

"Un tel voyage, c'est surtout des rencontres: Johanna, une Française avec qui j'ai voyagé mes deux premiers mois, et Myrna, une Néerlandaise avec qui j'ai passé trois semaines à travers la Patagonie, Andres, mon hôte Couchsurfing à Lima ou encore Davide, le propriétaire italien d'une auberge de jeunesse à Cahuita au Costa Rica, où je suis restée plusieurs semaines. On est devenu très proches et le staff est devenu ma petite famille. Je garde un souvenir génial des repas qu'on a pu partager tous ensemble.

© Laurence Vasseur
 Laurence et Johanna devant le majestueux Machu Picchu, au Pérou.


Il y a aussi ces personnes qui nous ont accueillies, mon amie et moi, lors de ce mariage à la frontière entre le Pérou et la Bolivie. On s'était résignées à passer la nuit dans un minuscule village par peur qu'elle ne soit fermée. Puis on a finalement trouvé une auberge à quatre euros chacune, où il ne devait y avoir que nous deux. En cherchant un endroit où manger, on a entendu de la musique... et on s'est retrouvées au beau milieu d'un mariage, à danser avec les invités !

J'ai également eu la chance de revoir d'anciens étudiants d'échange après quinze ans en Argentine, au Brésil et au Mexique. Ca m'a vraiment fait plaisir de constater qu'après tant d'années, notre relation était la même, comme si tout ce temps n'avait pas existé. Le meilleur pour moi a été de revoir Carlos, mon "frère" mexicain qui avait vécu une année entière avec mes parents et moi avant mon échange en Australie. J'ai vécu quelques jours chez lui et ai fait la rencontre de sa femme et de ses deux petits bouts.

© Laurence Vasseur
Laurence a su faire preuve de lâcher prise pour vivre son rêve de grands espaces. Ici, devant les chutes d'Iguazu, à la frontière entre l'Argentine et le Brésil.


Et côté amour ? Non, je n'ai pas rencontré l'homme de ma vie. Mais il y a eu quelques belles histoires en chemin, comme avec Carlos, un Espagnol rencontré à Valparaiso, au Chili, ou encore Ezequiel, un bel Argentin avec qui j'ai partagé de bons moments en Patagonie."



Des réactions contrastées

"Quand j'ai annoncé mon départ, les réactions de mon entourage étaient différentes. Mon supérieur et le président de l'entreprise où je travaillais ont vraiment soutenu mon projet, ce qui n'est pas toujours le cas dans le secteur privé. Ma famille me paraissait plus inquiète, surtout ma mère qui avait peur qu'il m'arrive quelque chose, vu ce qui se dit sur l'Amérique latine aux infos. La plupart de mes amis trouvaient l'idée géniale et qu'il fallait un certain courage pour se lancer dans une telle aventure.

En fait, avec Facebook et Whatsapp, je me sens connectée à ma famille et mes amis. On se parle souvent donc je ne ressens pas trop le manque, même si j'aimerais parfois me téléporter en Belgique le temps d'une soirée ! Il y a bien sûr eu des moments où j'aurais aimé avoir un proche qui me prend dans ses bras comme quand je suis tombée malade au Mexique (salmonelle) ou au Costa Rica (zika). Être seule dans de tels moments est super dur."

© Laurence Vasseur
Les rencontres (ici un couple de Gauchos en habits traditionnels à Salta, au Pérou), l'une des grandes récompenses de ce voyage hors normes.


L'envie de se poser

"Après dix mois de voyage, j'ai vraiment commencé à ressentir le besoin de me poser, même si je savoure chaque instant de ce périple. Disons que c'est fatigant de bouger non-stop et d'être sur la route. On passe son temps á défaire et refaire son sac, on ne dort pas toujours bien en dortoirs, on ne calcule plus les heures passées dans les bus. Alors j'ai décidé de poser mon sac au Costa Rica. Après avoir passé deux semaines dans l'auberge de Cahuita sur la côte carribéenne, j'ai fait un volontariat d'un mois dans un refuge pour animaux, le Jaguar Rescue Center, où j'ai pu travailler avec des singes, paresseux, toucans, opossums,... Une nouvelle expérience très enrichissante pour moi.

© Laurence Vasseur
Rencontres encore. Mais cette fois avec un autre type de locaux, du côté de l'Antarctique.


Je pense que lors d'un premier long voyage, on veut tout voir et donc, on bouge d'un point à l'autre non stop. J'ai appris que le plus important n'est pas de tout voir mais plutôt de bien profiter des rencontres faites en chemin. En bougeant autant, on rencontre énormément de voyageurs mais au final, ça reste assez superficiel et les mêmes questions reviennent sans cesse. En me posant plus longtemps ou en voyageant avec Johanna et Myrna, de vraies amitiés se sont créées et je sais qu'on restera en contact dans le futur et qu'on se reverra."

Le backpacking, une tendance qui va durer

"Le backpacking, c'est une vraie communauté où on échange tous nos bons plans, nos conseils, nos impressions. Il n'y a pas de jugement, ni de peur d'être soi-même, car on vit les mêmes choses au quotidien. Je pense que cette tendance va continuer. Il y a de nombreuses façons de voyager et chacun doit voir ce qui lui convient, selon ses envies et son budget. Ce n'est pas parce qu'on n'a pas un budget hyper-limité qu'on est pas un backpacker.

Personnellement, je me suis surprise lors d'activités plus physiques comme un trek de quatre jours à plus de 4000 mètres d'altitude au Pérou, l'ascension d'un volcan en activité au Chili ou certaines marches assez intenses en Patagonie. Notamment les huit heures passées sous une pluie battante à Torres des Paine. Je ne m'étais jamais retrouvée aussi trempée de ma vie ! Pas du tout sportive, j'ai vite appris que tout était dans la façon de penser et à chaque fois, j'y suis arrivée avec un sentiment de fierté."

© Laurence Vasseur
Les paysages incroyables de Patagonie se savourent au prix de longues marches parfois très intenses.


D'ailleurs, je n'ai strictement aucun regret. Ce voyage m'aura permis de grandir, mieux me connaître, réfléchir sur le futur et mes envies, loin de la pression que la société nous impose. J'ai pu me "challenger", améliorer mon espagnol, rencontrer des voyageurs de tous pays, voir des paysages époustouflants et apprendre énormément sur d'autres cultures.

La suite ? Il n'y aura pas de retour à Bruxelles dans l'immédiat. Car j'ai finalement fait plus que prendre une année sabbatique. J'ai à présent démissionné et quand je rentrerai en Europe, je vais partir vivre en Espagne, en Catalogne ou à Valence. Ce que j'y ferai ? Cela reste à déterminer, mais je sais que j'ai des ressources et je ne me prends pas la tête avec ça."

© Laurence Vasseur
Au sommet des Salineras de Maras, des mines de sel situées au Pérou.