Magazine Cette toxine botulique est proposée pour normaliser la transpiration quand les antiperspirants sont inefficaces. Que peut-on en attendre vraiment ?

Transpirer si fort qu’il faut se changer plusieurs fois dans la journée ou que l’on évite les poignées de mains. C’est cela l’hyperhidrose : une affection rare, mais terriblement handicapante. Les solutions existantes sont loin de fonctionner chez tout le monde, seule la toxine botulique semble réellement efficace lorsque la transpiration touche des zones précises, principalement les aisselles, les mains et les pieds.

Comment agit-il ? Le Botox agit à la source de la transpiration. "Les glandes sudoripares sont activées par un message du système nerveux via la libération d’acétylcholine", dit le Dr Hervé Maillard, dermatologue. C’est la raison pour laquelle le stress, qui dépend des mêmes voies nerveuses, aggrave le problème. La toxine botulique bloque la libération de cette substance au niveau de la jonction neuromusculaire. Une fois injectée dans la peau, elle empêche la contraction des cellules myoépithéliales qui entourent les glandes sudoripares et ces dernières ne reçoivent plus l’ordre de produire de la transpiration. Mais l’action du Botox est transitoire, ce qui explique pourquoi on doit recommencer les injections une à plusieurs fois par an.

Qui peut être traité ? Toutes les personnes qui souffrent d’une transpiration excessive peuvent y avoir recours, et pas uniquement les cas les plus graves. "Le seul critère est la gêne sociale", confirme le Dr Yohann Derhy, chirurgien esthétique. "La décision doit notamment tenir compte de la douleur des injections dans les mains ou les pieds", rappelle le Dr Maillard. Les contre-indications médicales sont rares et très spécifiques. Il s’agit essentiellement des maladies neuromusculaires, comme la myasthénie ou la sclérose latérale amyotrophique. Et si les femmes enceintes ou qui allaitent ne peuvent pas être traitées, qu’en est-il des enfants ? L’autorisation de mise sur le marché du Botox, dans le traitement de l’hyperhidrose des aisselles, précise que le médicament peut être utilisé dès 12 ans. Théoriquement, des enfants plus jeunes handicapés par une transpiration très importante pourraient même en bénéficier, mais les spécialistes y sont réticents. "Il n’y a pas de contre-indication a priori, confirme le Dr Maillard. Mais on essayera toutes les solutions avant d’en arriver là, notamment à cause de la douleur."

Comment ça se passe ? Une seule séance suffit. Elle dure entre 5 et 45 minutes, selon que les injections sont pratiquées dans les aisselles, les mains ou les pieds (le plus long). Le praticien effectue d’abord un test à base d’iode et d’amidon de maïs, pour repérer par colorimétrie les zones qui transpirent le plus. Celles-ci se teinteront de noir alors que les régions moins humides vireront marron clair. "On dessine ensuite des carrés de 1 cm de côté sur la peau, et on pique au milieu, à l’intérieur du derme", complète le Dr Derhy. Le nombre de piqûres dépend de leur localisation. "Il faut entre 15 et 25 injections par aisselle, de 25 à 30 pour une main, et une trentaine pour un pied", évalue le Dr Maillard. Les effets apparaissent au bout de 48 heures et atteignent leur maximum après un mois. Ils s’estompent progressivement à partir de 4 à 6 mois. "On observe aussi que les séances s’espacent au fur et à mesure que les personnes reviennent, remarque le Dr Derhy. Il y a certains patients que je ne vois plus qu’une fois par an, notamment pour une hyperhidrose des mains."

Quelle est son efficacité ? "On obtient de bien meilleurs résultats qu’avec les autres traitements", observe le Dr Derhy, qu’il s’agisse des antiperspirants ou de l’ionophorèse, un bac dans lequel passe un courant électrique qui insensibilise les glandes sudoripares.