Magazine Aujourd’hui femme libre, hier enfant mutilée sexuellement, Khadidiatou Diallo est partie de presque rien. Présidente du GAMS Belgique (Groupement d’hommes et de femmes pour l’abolition des mutilations sexuelles), cette Sénégalaise de naissance s’est jurée de se battre jusqu’à son dernier souffle contre l’excision.

Vous êtes un exemple de courage, de combat pour des milliers de femmes. Pourriez-vous nous résumer votre parcours de vie jusqu’à devenir une femme libre ?

Je n’ai pas eu la même chance que la plupart des petites filles. A l’âge de 7 ans, on est censé aller à l’école. A la place, on m’a emmené chez le « boucher » pour m’enlever ma féminité. On m’a dit que l’excision faisait de moi une femme, mais c’est tout le contraire. On m’a ôté le droit d’être une femme. Ensuite, je n’ai pas eu le choix : à 12 ans, on m’a mariée à un homme bien plus âgé.

Ensuite, vous êtes arrivée en Belgique…

Je suis arrivée en Belgique dans les années ’80. C’est là que je me suis rendue compte de mon handicap, tant physique qu’intellectuel. J’avais 24 ans. Mon premier objectif a été d’apprendre à lire et écrire. Et puis comme disait le président Léopold Senghor, « il n’est jamais trop tard pour apprendre ». Il y avait une boule de feu qui brûlait à l’intérieur de moi. Je ne savais pas par où commencer et comment faire pour parler. Quand j’ai pu lire et écrire, tout a changé. J’ai pu moi-même poser les questions et ne pas me contenter d’écouter.

Comment avez-vous pris conscience que l’excision n’est pas un acte « normal » ?

Je pensais que l’excision était un acte lié à la religion. J’ai alors interrogé des religieux de différentes origines. Du côté de la culture marocaine, on m’a expliqué que cet acte ne faisait pas partie de l’islam. Là, j’ai commencé à ouvrir de plus en plus les yeux. Je suis partie interroger mon grand-père au Sénégal. Il est originaire Égypte et il m’a expliqué que l’excision n’avait rien à voir avec la religion et que c’est une coutume qui existe depuis bien plus longtemps. Je lui ai répondu : « A partir d’aujourd’hui, les enfants qui naîtront sous ce toit ne seront plus excisés ». Il m’a souhaité bonne chance et je suis rentrée en Belgique. J’ai passé mon certificat de base et j’ai écrit un livre : « Mon jardin dévasté ».