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L'idée d'un congé "règles" ne fait pas du tout l'unanimité.


De nombreuses femmes souffrent durant leurs règles et leurs journées de travail peuvent donc devenir un enfer. La société britannique Coexist propose désormais à ses employées la possibilité de s'absenter en raison de règles douloureuses.

L'une des dirigeantes de Coexist (une société travaillant dans le secteur social) explique ce choix au Bristol Post Bex Baxter : "J'ai managé de nombreuses employées féminines ces dernières années et j'ai déjà vu des femmes pliées en deux à cause de la douleur provoquée par leurs règles. Bien qu'elles souffrent profondément, elles se sentent coupables à l'idée de rentrer chez elles car elles n'osent pas se définir comme souffrantes uniquement en raison de leurs règles. Et cela, c'est injuste".

Ce "congé menstruation" est déjà d'application dans plusieurs pays d'Asie. A Taiwan par exemple, les femmes ont droit à 3 jours de congé payé supplémentaires par an.

L'idée est loin de faire l'unanimité. Cette mesure est une réelle avancée pour les femmes, selon la journaliste américaine Emily Matchar. Dans une tribune écrite en 2014 sur le sujet, elle écrit : "Un congé payé pour les femmes qui souffrent pendant leurs règles est une manière de considérer le problème sans forcer les femmes à partager ce problème avec leur boss".

D'autres avancent qu'il s'agit d'une mesure sexiste qui risque de discriminer encore plus les femmes en entreprise, déjà considérées comme des employées plus "vulnérables". "Rien que dans l'idée d'un droit accordé à un seul des deux genres et qui de surcroît renverrait celui-ci à sa physiologie, je vois se profiler une inquiétante régression des principes de l'égalité, écrit Marie Donzel, cheffe d'entreprise et auteure sur le blog Ladies and Gentlemen, de plus, je n'ai strictement aucune envie de voir confortée au travers de la reconnaissance d'une incapacité à travailler des femmes qui ont leurs règles, la foule des préjugés ordinaires sur l'irritabilité, l'émotivité et in fine la faiblesse prétendument intrinsèque d'un sexe qui serait, malgré lui, dépendant de ses aléas hormonaux et poserait des problèmes spécifiques au monde du travail".

C'est aussi l'avis de la journaliste de Slate, Kate Waldman. Selon elle, cette mesure renforce les clichés et les préjugés au sujet du corps des femmes. Elle rappelle d'ailleurs la raison absurde pour laquelle l'Asie a instauré ce congé, selon laquelle " les femmes qui ne se reposent pas pendant leurs règles auront des difficultés en termes de grossesse plus tard"... Pour elle, il faudrait plutôt démystifier le corps des femmes sur le lieu de travail. "Tu peux gérer ce dossier ? Je vais changer mon tampon", imagine-t-elle. Elle invite aussi les employeurs à glisser des protections périodiques dans les toilettes.