Magazine Le döstädning, littéralement “le ménage de la mort”, est une pratique suédoise qui permet de ne pas laisser à ceux qui nous survivent la tache douloureuse de trier et nettoyer une maison où s'est empilée toute une vie.


Tout le monde connaît au moins un collectionneur, celle ou celui qui garde le moindre ticket de caisse dans un tiroir, qui empile des dizaines de cartons dans le grenier et qui fourre les vêtements usés tout en haut de la garde-robe “au cas où”. Au fil des années, ces affaires en accueillent d’autres et finissent par prendre la poussière, parfois jusqu’au décès de cet accumulateur compulsif. Et sans aller jusque-là, on en amasse des choses, des souvenirs, du mobilier en une vie... Lorsque la mort survient, c’est alors au tour des enfants de passer une grande partie de leur temps à passer au crible et à nettoyer sa maison, à jeter, à vendre ou donner ses biens à quiconque les prendrait, alors qu’ils ont déjà un autre élément important à gérer : leur deuil.

Pour éviter cette perte de temps douloureuse, les Suédois préconisent le “döstädning”, qui pourrait être traduit en français par “le ménage de la mort”. S’il peut paraître morbide, ce concept scandinave s’avère plutôt utile et procure un certain soulagement. Mise sur papier en mai dernier par Margareta Magnusson (photo ci-dessous) dans son best-seller “La vie en ordre”, cette méthode de rangement consiste à se débarrasser de tout superflu avant la fin de son existence, histoire de ne pas laisser à ses proches la lourde tâche de trier toutes ses affaires, souvent inutiles, parfois intimes.

On nous a toujours appris qu’il fallait “nettoyer après son passage”, et voici que l’expression prend soudain un tout autre sens, puisqu’il s’agit désormais de nettoyer avant le grand passage”, écrit dans son livre celle qui affirme avoir “entre 80 et 100 ans”. Pour la Suédoise, il n’y a rien de triste à préparer sa mort, ni à en parler dans un bouquin d’ailleurs. C’est après avoir géré plusieurs décès d’être chers et leur lot d'objets à trier que l’auteure, qui n’a pas inventé le concept, a décidé d’entreprendre son propre rangement pré-mortem et d’exporter sa méthode à l'étranger.

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Une pratique encore tabou dans notre culture

Si le concept a déjà conquis les Anglo-Saxons, il est encore méconnu en Belgique. “Ce n’est pas dans notre culture”, explique Audrey Demeyere, « home organiser » ou accompagnatrice en organisation d’intérieur. “Ici, c’est vécu comme une faille”, ajoute la créatrice de Vivement chez moi qui est passionnée par le sujet. Dans le cadre de sa profession, dont les bienfaits sont expliqués par nos confrères de Paris Match Belgique, cette maman de trois enfants a été amenée à désencombrer plusieurs maisons de seniors, dont celle de son père. Une étape qui lui a permis de comprendre l’importance de cette pratique, et de son métier. “Il est encore tabou d’aider les personnes âgées à désencombrer leur maison de tout ce qu’elles ont accumulé et il ne faut pas toujours attendre qu’elles doivent être placées ou qu’elles aient un accident pour se soucier de cela”, préconise-t-elle, pour pouvoir choisir ce que l’on va léguer à ses enfants et petits-enfants et pour les soulager d’une tâche pénible.


Laisser le meilleur de vous

Dans le cas contraire, après le décès, les proches doivent, en plus de gérer leur propre deuil, vider la maison du défunt. Si cela peut prendre un mois comme des années, il arrive souvent que les enfants et petits-enfants décident de ramener des meubles chez eux, explique Audrey Demeyere. “Finalement vous vous retrouvez avec des affaires chez vous, que vous n’aimez pas, que vous n’utilisez pas et finalement que vous ne voyez plus”. Et un cercle vicieux peut ainsi facilement s’installer…

Dans d’autres cas, les familles peuvent également se déchirer pour un bijou, un meuble ou un vulgaire service à thé. “Ces querelles de chiffonniers ne sont pas une fatalité”, affirme Margareta Magnusson. “Décider en amont des biens que l’on souhaite léguer et désigner nommément ceux à qui on les destine est le meilleur moyen d’épargner à nos enfants ces scènes pénibles”. L’idée étant de faire gagner du temps et de l’énergie à ses proches pour ne leur laisser que le meilleur. Le plus beau des héritages.


Quelques conseils à suivre

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Dans “La vie en ordre”, celle qui se considère comme “une rangeuse de vie” détaille sa méthode sans tabou et avec beaucoup d’humour. Margareta Magnusson y suggère que 65 ans est un bel âge pour commencer le “ménage de la mort”, mais elle encourage les gens de tout âge à trier et désencombrer leur intérieur. Autre conseil à suivre : ne pas commencer par les photos. Trop sentimentales, elles feront resurgir tant de souvenirs que vous n’accomplirez plus rien. L’auteure préconise plutôt de commencer par la cave, le grenier ou les placards du hall d’entrée. Prévenez également vos proches et amis que vous lancez votre opération grand débarras et invitez-les à venir piocher dans votre bric-à-brac. Sans langue de bois, l’experte conseille également de laisser seulement les plus belles choses à ses proches. Ces derniers n’oseront pas refuser tous vos bibelots de peur de vous vexer. Gardez aussi une boîte avec toutes les lettres et autres objets personnels qui n’ont de valeur que pour vous, étiquetez-la pour qu’elle soit jetée à votre mort.

Si la tâche vous semble pénible et insurmontable, il est également possible d’être épaulé par une personne extérieure, comme Audrey Demeyere. “Un élément extérieur, c’est vraiment thérapeutique”, confie-t-elle. “La personne s’adapte aux besoins de chacun, à son rythme, ne jugera pas ou ne jettera pas des affaires qu’elle juge inutile, comme pourrait le faire un proche de manière insensible”.