Magazine Derrière la façade immobile depuis tant d'années de l'Astoria, cela bouge enfin. Appelé désormais Corinthia Grand Hotel Astoria, l'établissement de grand luxe devrait définitivement retrouver sa superbe en 2021 alors que les travaux vont débuter début 2019.


2 juillet 1910. Le prestigieux hôtel Astoria ouvre pour la première fois ses portes, à Bruxelles, après deux ans de travaux. Un vrai tour de force à l'époque : ce palace propose un nombre impressionnant de pièces (30 suites et 82 chambres). Sur place, de nombreux journalistes vont rapporter ce qu'ils ont vu avec enthousiasme : « Une noble composition, un concept architectural clair et des choix judicieux au niveau des matériaux font de l'Astoria un véritable chef-d'oeuvre (...) », comme le relate Andreas Augustin dans son livre « Hôtel Astoria Brussels » paru en 2018.

Y aura-t-il autant d'enthousiasme en 2021 quand le Corinthia Grand Hotel Astoria va renaître sous l'impulsion de Corinthia, un groupe d'hôtellerie de luxe ? On gage que oui... D'abord parce qu'enfin les choses avancent derrière cette façade de la rue Royale protégée par des cloisons de chantier depuis plus de 10 ans. Les travaux débuteront en 2019 pour se terminer en 2021. Et parce que Corinthia a réussi à chaque fois son pari de reprendre des hôtels en triste état ou qui ne brillent plus que par le prestige de leur nom et d'en restituer l'âme. En mettant en valeur les pièces et le mobilier classés tout en y insufflant tout le confort et le luxe d'un 5 étoiles plus.

Corinthia est ainsi notamment propriétaire du Grand Hotel Budapest, du Corinthia Hotel St Petersbourg et de celui qui fut très convoité et désormais très prestigieux, le Corinthia Hotel London, devenu le flagship hotel d'une « collection » qui en comptera 12 en 2021, en comptant « le nôtre ».


Est-ce à dire que Bruxelles va enfin voir arriver son « palace », celui qui n'aura pas de rival ? Le directeur des travaux en est sûr et travaille d'arrache-pied avec les architectes (c'est l'architecte belge Francis Metzger qui est en charge du projet) et tous les corps de métier pour qu'enfin cet hôtel mythique se mette à revivre. D'après l'hôtelier, des centaines d'employés y travailleront à terme.


Un projet de 80 millions d'euros

Le hall de l'hôtel Astoria en 2006. La verrière va être changée et remontée de 4 m.
© Reporters

Depuis que l'hôtel Astoria a fermé en 2007, l'immense bâtiment a doucement périclité. A l'intérieur, les peintures s'écaillent, les immenses lustres prennent la poussière, les verrières s'abîment, les moulures de la ball room font grise mine. Pourtant, dès que l'on y pose un pied, la magie opère : on y sent un passé luxueux, une vie mondaine mouvementée, une atmosphère d'élégance et d'ébullition !

Pourquoi tant de temps a-t-il passé avant qu'enfin les choses ne bougent à nouveau ? Les Devillers qui furent à son origine ont possédé l'hôtel jusqu'en 2007, année durant laquelle l'Astoria a été vendu à un groupe basé dans le Golfe. Malheureusement pour l'hôtel, celui-ci n'a jamais été en mesure de tenir ses promesses, et, durant près de 10 ans, les choses sont restées ainsi, immobiles. En 2016 enfin, l'établissement fut remis sur le marché et Corinthia, à l'affût d'une position stratégique et d'un lieu prestigieux dans la capitale de l'Europe n'a pas compté pour acquérir l'Astoria. Le projet, entre l'acquisition et les rénovations, va avoisiner les 80 millions d'euros.

L'objectif est définitivement de renouer avec la superbe d'antan. L'hôtel a été pensé par Henri Van Dievoet, un neveu de Joseph Poelaert dans un esprit début de siècle suivant l'Adlon à Berlin ou l'Impérial à Vienne. Dès le début, et tout au long de son histoire, l'hôtel accueillit grands noms et VIP comme l'empereur du Japon, Salvador Dali, James Joyce, Maurice Chevalier, le chah de Perse, l'Aga Kahn et sa Begum... Des fêtes prestigieuses attiraient des centaines d'invités dans les salons de l'hôtel ainsi que dans le Pullman Bar (une réplique exacte du train express européen!). Pour le mariage du prince Philippe avec Mathilde, le Roi et la reine y donnèrent encore une grande réception.


Une chambre témoin qui marque le début du renouveau

La salle de bain entre marbre et confort est ouverte sur la chambre.
© DR

Le Corinthia Brussels offrira, à partir de 2021, 125 chambres dont 36 suites. Des chambres d'un standing certain puisque la taille moyenne des chambres avoisine les 35 à 40 m² et posséderont toutes un lit king size et une décoration d'intérieur luxueuse.

Pour donner une idée plus précise du futur design des futures chambres, le groupe hôtelier a décidé de développer une chambre témoin. Dans l'entrelacs des couloirs et des pièces vides et froides, au premier étage de l'hôtel, on pousse une porte coupe-feu, on remonte un couloir à la moquette épaisse et en tournant à gauche, la magie opère. Dans la salle de bain qui ouvre sur la chambre par une porte-fenêtre en verre, le marbre blanc du sol reprend le motif du parquet (classé) de la salle de bal. La chambre, elle, entre moquette, bois, velours et marqueterie affiche les codes couleurs des tableaux des grands maîtres flamands comme Bruegel ou Rubens.

Une chambre standard Deluxe, la seule de l'hôtel pour l'instant !
© DR

Tout est lumineux mais surtout, on ressent un confort immédiat qui tient à la table ronde, aux étagères où sont élégamment posés quelques livres sur des artistes belges, au meuble en noyer fait sur mesure où prend place un mini-bar somptueux avec verres en cristal. Ici pas de coin « bureau », ni de décoration standard : chaque chambre est pensée comme un "appartement" à vivre. Deux petits balcons donnant sur l'arrière complètent l'espace.

On s'imagine bien quitter cette chambre pour se rendre au niveau -1 et se glisser dans la piscine ou un des hammams de l'espace spa qui fera 800 m² quand même !


Spa, boutiques, restaurant étoilé


On rêve... mais les briques à nu dès que l'on quitte la chambre nous rappellent vite à la réalité. Pour l'instant, l'édifice totalise 14 339 m² où il ne reste plus que les murs porteurs : plus un seul fil électrique ni la moindre trace d'amiante, plus de mauvaise surprise concernant la construction, l'endroit est bien prêt à accueillir un fameux chantier. Par la suite 1831 m² vont être ajoutés à l'arrière (côté rue de l'Association) qui couvriront l'accès de service : un moyen idéal pour étouffer au mieux les bruits et ne pas importuner le voisinage. Et un bâtiment à la gauche de l'hôtel a également été acheté pour compléter l'ensemble qui va se montrer à 18 522 m². Sa façade répondra de manière contemporaine (et pas à l'identique, ce qui avait été refusé par les Monuments et Sites) à celle de l'établissement style Louis XVI et classée.

Des boutiques feront aussi partie du projet de même qu'un restaurant avec un chef étoilé mais pour l'instant, pas un mot, tout est top secret ! Le palace se dévoile par petites touches...

L'Astoria a envie de renouer aussi avec Bruxelles : lors de la rénovation de la façade, un projet est à l'étude qui permettrait aux passants de scanner un code qui leur donnerait accès aux images des travaux en cours. Le 21e siècle a rendez-vous avec la Belle Époque... et inversément.