Magazine Les vidéos qui parlent du corps féminin se voient souvent démonétisées. Le #MonCorpsSurYouTube des Internettes tire la sonnette d’alarme.

Parler de son corps, de ses sentiments, de body positive, de ses menstruations ou encore de sa sexualité se fait de plus en plus via la plateforme de vidéos YouTube. Ces petits clips de quelques minutes vont des conseils aux anecdotes, en passant par un retour dans le temps avec un peu d’histoire. Bien qu’ils fassent rire ou qu’ils permettent à certain(e)s de mieux comprendre leur corps, ils ne sont malheureusement pas au goût du règlement de YouTube. Et la plateforme le fait savoir en démonétisant (*) ces vidéos, en les interdisant aux moins de 18 ans ou en les supprimant dans le pire des cas. Il n’est, dans ces cas-ci, évidemment pas question de pornographie, de violence sexuelle ou tout autre acte non acceptable lié à la sexualité mais bien des choses naturelles de la vie. L’association Les Internettes - qui réunit, valorise et encourage les créatrices de vidéos à investir le Web - a décidé de réagir. "Depuis quelques mois, YouTube a renforcé la modération des vidéos où apparaissent des bouts de peau ainsi que des dizaines de vidéos qui participent à l’éducation et la liberté sexuelle de toute une génération. Parmi elles, les vidéos sur Les règles dans l’histoire de Charlie Danger, La culture du viol de Mymy Haegel et L’avortement dans le monde de Calidoscope", déclare l’association.

Les Internettes insistent sur le fait que si ces vidéos sont démonétisées, elles n’atteignent pas le public visé et rappellent que "par ce simple acte, YouTube nous glisse à l’oreille que les meufs devraient avoir honte d’être des personnes qui existent… telles qu’elles sont." L’association appelle toutes les créatrices qui se sont faites démonétiser ou supprimer leurs vidéos parce qu’elles parlaient du corps féminin ou d’éducation sexuelle à dénoncer ces faits. En racontant leur expérience et en indiquant le #MonCorpsSurYouTube. Depuis vendredi 25 mai, ce hashtag inonde tous les réseaux sociaux et est accompagné de témoignages. "Alors là, c’est le pompon : je découvre que notre vidéo sur l’endométriose est démonétisée ! Vidéo faite pour sensibiliser sur cette maladie peu connue, en partenariat avec l’association d’Imany, Julie Gayet et de la Dr Zacharopoulou ! Je ne comprends plus rien ! #MonCorpsSurYouTube", explique Maud Bettina-Marie de Parlons peu, Parlons bien !

Des règles à revoir

Par cette action Les Internettes voudraient obtenir un rendez-vous avec YouTube France. "Notre but est d’entamer un dialogue et de changer la mentalité des gens concernant la place de la femme dans la sphère publique. Et qu’il n’y ait plus cette hypocrisie. On voit des femmes partout à moitié nues sur des affiches publicitaires. Et le reste, comme les vidéos YouTube, est démonétisé. Il n’y a pas de logique", nous explique Amélie Coispel la présidente des Internettes. Pendant ce temps, un homme peut parler librement de son pénis et aucune sanction ne sera prise. "Nous avons aussi remarqué que c’est très noté féminin : Julien Menielle de Dans Ton Corps a fait une vidéo sur le pénis qui n’a pas été démonétisée. Par contre, celle sur le vagin l’a été." Avec ce mouvement, Les Internettes veulent également montrer que, derrière ces vidéos que les gens regardent et apprécient, il y a énormément de travail. "Et pourtant, ces vidéastes ne perçoivent aucun revenu parce que c’est un sujet qui ne plaît pas à YouTube", rappelle Amélie Coispel.

Les règles mises en place par YouTube ne sont pas mauvaises, loin de là. Sans elles, les dérives sur Internet seraient immenses. Mais elles sont à revoir. "YouTube démonétise des vidéos qui proposent normalement un contenu choquant. Le corps des femmes, le féminisme ou autres seraient donc choquants ? L’idée serait qu’on accepte davantage de mots dans l’algorithme de YouTube", conclut la présidente des Internettes.

(*) C’est-à-dire en enlevant les publicités qui permettent de générer de l’argent au profit du détenteur de la chaîne.