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Saint-Nicolas est un sacré roublard. Lui qui s'était fait connaitre au cœur de son siècle comme étant l'ennemi public de tout ce qui pouvait ressembler à de l'idolâtrie, est aujourd'hui un des saints le plus représentés dans l'iconographie religieuse; lui qui demeure célèbre pour avoir sauvé trois enfants des affres d'un boucher cannibale, n'aurait sans doute jamais eu l'intention de délivrer ces célèbres chérubins.

L'histoire commence au XIIe siècle par la distraction d'un trouvère (troubadour) soucieux de réjouir le Moyen Âge d'une nouvelle chansonnette. À la recherche du bon filon, il s'inspire d'une image présentant notre bon saint parti à la rescousse de ces enfants, mais oublie que dans l'iconographie de son époque, la taille des personnages est proportionnelle à leur importance : les enfants sont en fait trois officiers romains coincés dans un étrange cachot. Qu'importe, la chanson est un tube et la célébrité en Europe de Nicolas de Myre dont le corps est ramené en 1087 de Turquie où il était né 800 ans en plus tôt par des marchands italiens, fait le reste.

Car Saint-Nicolas est d'une célébrité sans nom. Connu pour sa bienveillance et sa générosité, toutes les corporations se l'arrachent : on le vénère chez les boulangers , les prostituées, les prisonniers ou les navigateurs. Pourtant, c'est son âne et son fidèle Hanscrouff (le Père Fouettard pour les intimes), qui auront l'insigne honneur de l'accompagner année après année dans le ciel étoilé de l'hiver, pour descendre dans le tréfonds de nos cheminées déposer ses récompenses aux enfants sages. Mort le 6 décembre 343, c'est accompagné de ses deux complices que notre grand saint donna à nos pantoufles le parfum des speculoos, des mandarines et des friandises.

Rappelons tout de même que pour cette mission, notre bon vieillard aura pu bénéficier de l'expérience de glorieux prédécesseurs. Depuis des temps immémoriaux, Odin, le dieu nordique, parcourait les cieux sur le dos Sleipnir, son cheval à huit jambes guidés par deux corbeaux qui lui désignaient les enfants sages. Maquillé de suie, son valet d'alors s'agrippait aux cheminées pour épier les méfaits des chenapans.

Depuis lors, Saint-Nic a soigné son service après-offre et conquis les toits de l'Allemagne à la Belgique, de la Lorraine aux Pays-Bas, de la Suisse à l'Angleterre, de la Hongrie à la Serbie... D'aucuns ont voulu annoncer sa mort il y a quelques années, prisonnier qu'il était d'un calendrier qui l'étouffait entre Halloween et le Père Noël, mais nulle mondialisation n'a encore eu la peau du grand saint: la nuit du 6 décembre reste la nuit de toutes les attentes, et la crosse dorée du sage barbu un vaillant bâton de berger.