Magazine
Les images témoignent d'un fait qu'on ignore, ou qu'on préfère ne pas connaître. Dans une vidéo choc diffusée sur le site du quotidien britannique The Guardian, le rappeur et acteur américain Mos Def est attaché à un siège. Des hommes lui introduisent une sonde dans la narine, contre son gré. Il est nourri de force. Un supplice qui est infligé au quotidien à une quarantaine de détenus de Guantanamo, le centre de détention destiné aux présumés terroristes, mis en place par les Etats-Unis au lendemain du 11 septembre 2001. Ils sont 106 à mener une grève de la faim depuis février, protestant contre la fouille de leur Coran. Quatre de ces détenus refusent de manger pour protester contre leur détention sans chefs d’accusation. 

Les grévistes subissent ce gavage une à deux fois par jour. Durant le Ramadan, les détenus de Guantánamo soumis à ce traitement seront alors nourris de force une fois la nuit tombée, pour respecter les règles religieuses de ce mois de jeûne.  Médecins, organisations de défense des Droits de l'Homme ou citoyens lambda ont profité de la période du Ramadan (qui commence demain) pour relancer le débat sur ce traitement inhumain. 

Le président Barack Obama avait pourtant lui-même critiqué cette pratique, le 23 mai.  "Nous alimentons de force des prisonniers faisant la grève de la faim (...) est-ce que cela nous ressemble, est-ce l'Amérique que nous voulons laisser à nos enfants ?" avait-il déclaré, "notre sens de la justice est plus fort que cela".

Le président a plusieurs fois annoncé son intention de fermer la prison de Guantánamo mais le Congrès a systématiquement bloqué toute initiative législative allant dans ce sens.