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Chaque semaine, notre collaboration avec le blog « Zéro Carabistouille » entend montrer qu'un autre mode de vie existe. Une chronique « zéro déchet » pour questionner nos habitudes et revoir (un peu, beaucoup?) nos façons de consommer.


Consommer. Encore et encore. Acheter, user, manger, trier et recycler dans le meilleur des cas. Et jeter, jeter et encore jeter ! La (sur)consommation, le respect de l'environnement, l'impact écologique, les décisions de la COP21, le monde que nous allons laisser à nos enfants intéressent de plus en plus de personnes. Preuve en est le succès de « Demain » et des films de Yann Artus-Bertrand qui agissent comme des électrochocs, les expériences de familles « zéro déchets » qui fleurissent dans les magazines, francophones comme anglo-saxons, les livres de Béa Johnson qui se vendent comme des petits pains, le nombre de plus en plus importants des Gasap et autres livraisons de paniers bio, le slow-food qui se propose même en festival populaire, ...

Les images des montagnes de plastique non recyclables qui nous envahissent silencieusement, l'avalanche de nourriture industrielle qui ne fait de bien ni à notre corps, ni à l'environnement, ni à notre porte-monnaie, la surconsommation nous font réfléchir et puis s'en vont.

Guide pratique et bons plans

Mais comment faire de manière pratique (et au-delà du tri) pour apporter notre pierre à l'édifice d'une consommation plus respectueuse de la terre ? Comment pratiquement faire baisser le tour de taille de nos poubelles ?

Sans vouloir pousser tout le monde vers la poursuite du "zéro déchet" qui est le fruit d'une réflexion écologique poussée et d'un mode de vie engagé pour l'environnement, nous vous proposons de suivre les pas de Sylvie, Pierre et leurs deux petites filles, Naïs et Una, vers leur volonté de "zéro déchet". Cette famille bruxelloise a décidé, depuis décembre de contrôler sa consommation au maximum pour arriver au zéro déchet. Après une conférence inspirante livrée par Béa Johnson à Bruxelles...

Toute une aventure que Sylvie Droulans raconte avec humour et conviction sur son blog « Zéro Carabistouille ». Pour s'inspirer, apprendre des choses, les voir se frotter à des cas pratiques et faire le plein de recettes inventives, nous vous donnons rendez-vous chaque semaine avec "Zéro Carabistouille", le blog d'une famille zéro déchet.

>> La semaine prochaine : que faire avec nos boîtes aux lettres qui débordent ? 


Rencontre avec Sylvie Droulans, l'initiatrice du projet

© Didier Bauweraerts

Changer de routine ? Pas trop dur ?

Il n’est jamais facile au départ de changer ses habitudes. L’humain par essence n’est pas prédisposé à cela. Il est territorial et on le cadenasse dans des habitudes depuis sa plus jeune enfance. Ce n’est donc pas évident de changer et surtout d’aller à contre-sens de ce que l’on nous a inculqué. Dans notre cas, nous l’avons vécu comme une opportunité. Un test, on essaye et on adopte. On ne fait donc pas tout en une fois. C’est une démarche qui se fait petit à petit et en douceur. L’acceptation est donc plus facile. Aller vers le zéro déchet c’est aussi oser dire "Non, je ne rentrerai plus dans ce moule. Non, je ne ferai plus comme tout le monde". C’est oser se démarquer et peut-être choquer, déstabiliser les autres. Mais le retour qu’on en a dans son quotidien est tellement grand que ça en vaut la peine.


Par rapport à la vie de famille; la poursuite du "zéro déchet" laisse-t-elle de la place pour autre chose ?

Sans conteste ! Au départ, les quelques premiers mois, ça prend sans doute un peu plus de temps car il faut trouver comment s’organiser, comment faire ses courses efficacement et il faut tester. Mais par après, on gagne du temps. Je me sens moins prisonnière de mes tâches ménagères aujourd’hui qu’hier car ce que je fais a du sens. Je sais pourquoi j’ai choisi ce mode de vie, pourquoi je veux offrir la meilleure nourriture à mes enfants, pourquoi je veux leur offrir un monde meilleur. Même si parfois je suis fatiguée et que je sais que je dois faire mes biscuits, faire mes courses, je le fais avec plaisir. En plus, comme je sais exactement ce dont j’ai besoin, que je ne vais plus dans les magasins où la tentation et les achats compulsifs sont le maître-mot, mes courses sont faites beaucoup plus vite qu’avant. Je ne vais plus qu’une à trois par mois au magasin !


Les rapports sociaux ne se réduisent-ils pas ?

Non, tout le contraire: je n’ai jamais autant été en contact avec des gens ! Le zéro déchet ouvre le débat, la discussion. Ça nécessite de prendre du temps pour expliquer pourquoi on fait cela et les conséquences espérées. Peut-être que certains de nos amis/amies sont un peu interloqués, déstabilisés mais ça ne les empêchent pas de nous voir. Nous avons toujours autant de repas chez nous avec nos amis et nous continuons à faire les mêmes activités qu’avant !


Vos enfants savent-ils expliquer votre démarche aux autres ?

Nos enfants sont sans doute quelques pas plus "loin" que d’autres dans la réflexion écologique. Elles sont nées dans notre mode de vie déjà très engagé pour la planète et l’environnement. Le zéro déchet est juste une étape de plus pour elles. On leur explique nos choix, les conséquences positives que ça a sur la nature et sur les animaux en voie de disparition. Elles ont conscience que le moindre petit geste compte. Elles sont très fières de pouvoir parler de notre mode de vie à leurs amis, à nos connaissances. Elles se rendent compte que c’est une chance. Quand on décide de ne plus acheter tel ou tel produit, on leur dit pourquoi. Et ainsi, c’est plus facile pour elles d’accepter. On cherche ensemble des alternatives zéro déchet. Parfois, ça marche, parfois pas. Et puis dans certains cas, elles peuvent en remanger quand elles vont chez leurs grands-parents, leurs amis … Donc la frustration est vraiment très limitée. Un enfant est plus apte au changement qu’un adulte. Si on lui explique, il peut comprendre et s’adapte très vite.


Et côté hygiène, ce n'est pas trop dur d'abandonner gel douche et dentifrice ?

Je n’ai pas changé mes habitudes de soins depuis que je fais le zéro déchet. Je me lave comme avant ! J’ai juste choisi d’autres produits, plus respectueux de ma peau, de mes besoins. Doit-on avoir x bouteilles de gel douche, x shampooing chez soi ?

En réalité, le marketing est arrivé à nous faire croire que l’on a besoin de plein de produits différents pour "être belle" mais en réalité avec quelques produits simples (bicarbonate, huiles essentielles, savon de Marseille, …) on a les bases pour se faire ses propres produits et entretenir son corps avec respect et en étant "gentil" avec l’environnement. Et si on n’a pas le temps ou l’envie de le faire soi-même, il existe des produits "slow cosmétique" qui respectent différents critères dont le fait de ne pas avoir de produits nocifs pour la peau et pour l’environnement. Tous ces produits peuvent facilement se trouver sans ou avec le moins d’emballage possible.


Parfois vous vous sentez jugée ou considérée comme sectaire ?

Certains parlent d’ovnis, d’autres nous voient comme les plus courageux du monde. On imagine souvent qu’il y a beaucoup de sacrifices derrière le zéro déchet et que l’on se frustre tous les jours parce que on se refuse telle ou telle chose. En réalité, lorsque l’on parle avec ces personnes, on arrive très vite à casser les préjugés. Ils se rendent compte que l’on garde une vie comme tout le monde. On continue à manger, boire, faire la fête, acheter et surtout "vivre" mais on fait juste d’autres choix de consommation.

Il est vrai que pour certains produits, on n’a pas (ou pas encore trouvé) d’alternative. Actuellement, si ceux-ci sont indispensables pour nous (par rapport à nos valeurs, à nos besoins primaires, etc.) eh bien on continue à les consommer, comme le lait conditionné sous poche plastique. Toutefois, on cherche des solutions pour qu’ils aient le moins d’impact sur l’environnement et génèrent le moins de déchets possibles.