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QU’IL SOIT ARGENTÉ OU GRIS, DORÉ ou jaune, voire panaché, le feuillage joue un grand rôle. Il marque de son empreinte l’atmosphère d’un jardin. Faire-valoir et écrin des floraisons, il continue à nous ravir quand elles sont achevées. Plus besoin de fleurs pour obtenir des effets colorés et pétillants.

Depuis toujours, les jardiniers anglais excellent dans les compositions fondées sur les colorations des feuillages. L’audace des associations de Christopher Lloyd, à Great Dixter, a étonné plus d’un de ses visiteurs. Aujourd’hui, il a fait école, le continent se prête au jeu et tente à son tour des contrastes qui auraient été jugés trop audacieux autrefois. Un peu de “peps” ne peut pas faire de tort. Pourtant, cela requiert un certain doigté, car il ne suffit pas d’acheter une plante “tape à l’œil” pour que le but soit atteint et toute monotonie écartée. Bien au contraire, un achat trop spontané, exclusivement basé sur un coloris de fleur ou de feuille, peut ne jamais trouver une place au jardin. Il n’est pas rare qu’il échoue chez un voisin contraint de l’accepter. Impossible de refuser un cadeau si généreusement offert. Enrichir sa palette jardinière impose donc un minimum de connaissance des effets produits par les couleurs sur nos perceptions.

Les feuillages dits dorés et argentés réveillent les autres teintes. Dans la nature, la gamme des couleurs se répartit en deux grands groupes, la gamme jaune, dorée, et la gamme bleue, argentée, voire grise. Les jaunes apportent une luminosité exceptionnelle dans les parterres. Ils y ajoutent une note chaude et éclatante. Ils contrastent à merveille avec le vert foncé et le pourpre. Ils doivent être utilisés ponctuellement. Présents en masse trop importante, ils peuvent donner l’impression d’une végétation difficile ou souffreteuse. Ils servent à attirer l’œil vers un point, et sont précieux pour éclairer les coins ombragés. Mais ils peuvent être plantés à découvert dans les régions peu ensoleillées sans pour cela griller. Ils prennent toute leur valeur par temps maussade et se mélangent assez facilement aux couleurs des fleurs. Ils sont le plus souvent plantés à mi-ombre, précisément pour éviter tous soucis de brunissement disgracieux. Beaucoup parmi eux prennent cette teinte au printemps à l’éclatement des bourgeons, et évoluent ensuite vers un vert acidulé.

Les feuillages argentés, gris ou bleutés, donnent au jardin une note originale précieuse et raffinée. La petite touche élégante qui change tout. Ils tempèrent les couleurs vives et atténuent l’éblouissement provoqué par des lumières trop intenses. L’argenté met les autres teintes en valeur, il modère les excès et repose. Il forme un contraste avec les feuillages sombres et éclaire les massifs. Utilisés en trop grand nombre, les feuillages gris, bleutés ou argentés, peuvent cependant paraître tristes. Ils éclairent les verts, ils font chanter les jaunes et renforcent les blancs. Ainsi, un feuillage gris, juxtaposé à une fleur blanche, fera paraître le blanc plus franc. Beaucoup de ces plantes aiment une exposition très ensoleillée. Dans la plupart des cas, la tonalité de leur feuillage résulte d’une adaptation au soleil. Quelques-uns supportent cependant la mi-ombre. Argent, gris, étain qualifient les teintes diverses qu’ils peuvent prendre en fonction de la lumière ou de la sécheresse.

En outre, le jeu des contrastes de couleurs sculpte le jardin. Il permet d’allonger ou de rétrécir la profondeur, affaire à suivre.