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"Pas de mères célibataires ou de femmes africaines". La phrase a de quoi choquer. Pourtant, "filtrer" ses desiderata sur des applications de rencontre est monnaie courante.

Pour les responsables de ces applications, la discrimination revêt plusieurs formes. Il est donc très compliqué pour eux de combattre efficacement le problème, et trouver des solutions concrètes.

Le phénomène a été mis en lumière par une enquête du journal britannique The Independent sur son site.

Dans leur biographie, les utilisateurs peuvent simplement mentionner qu'une personne de telle ou telle couleur ne les intéresse pas. Ces utilisateurs se dédouanent généralement en expliquant qu'il ne s'agit là que d'une préférence sexuelle. Pour eux, mentionner le fait de ne pas être intéressé par une couleur de peau reviendra au même que de préférer les brun(e)s aux blond(e)s.

D'un autre côté, certaines personnes mentionnent n'être intéressées que par une seule origine ou une couleur de peau. L'article explique qu'une personne intéressée uniquement par une couleur de peau ou une origine spécifique développerait aussi un comportement raciste, généralement accompagné de clichés discriminatoires en fonction de l'origine.

Une utilisatrice de couleur noire a confessé au journal britannique qu'une personne s'était déjà montrée intéressée par son profil pour "goûter à la fièvre de la jungle". "Certains veulent voir si des femmes noires sont 'aussi agressives' au lit qu'on leur avait raconté", explique Stephanie Yeboah. "C'est très déshumanisant. Cela voudrait dire que les femmes noires ne sont bonnes qu'à faire une seule chose, et cela nous renvoie à l'époque où les noirs étaient comparés à des êtres sauvages et primitifs. C'est très offensant."

Sur son blog, Stephanie Yeboah explique qu'elle reçoit régulièrement des messages du genre "Tu ressembles à une reine noire dominante", ou "j'ai un penchant pour le chocolat" (Sic).


Pas d'Indien, de Pakistanais ni de Philippin

Au-delà des "préférences" (ou non-préférence) des utilisateurs, pullulent des milliers de blagues racistes et de photos de profils racistes (blackface notamment, ou des images qui expriment une nostalgie du passé colonialiste).

Sur l'image ci-dessous, un profil de l'application de rencontre gay Grindr en est un triste exemple. "Pas d'Indien, ni de Paskistanais... Lisez mon put*** de profil. Ah oui, et pas de Philippin non plus".


Un article récent du HuffPost américain faisait déjà mention en juin du racisme grandissant envers les hommes asiatiques. Beaucoup d'hommes célibataires d'origine asiatique vivent des mésaventures au quotidien. On nous explique que l'image peu virile que donnent les films et les séries télévisées n'aident pas ces hommes à séduire. En 2014, le site de rencontre OkCupid a d'ailleurs constaté que ses utilisateurs asiatiques étaient généralement considérés comme moins désirables que les autres.

Ce même site avait également constaté que les femmes noires étaient généralement moins demandées. Les femmes blanches, par contre, étaient celles qui recevaient le plus de messages. "Il nous faut travailler sur les stéréotypes liés à la beauté", explique à The Independent le psychologue Binna Kandola, auteur de plusieurs ouvrages sur le thème du racisme.

"Si vous tapez 'beauté' dans Google Images, les photos de femmes blanches constituent la majorité des résultats. Si nous voyions davantage de femmes noires intervenir dans le monde de la mode et de la beauté, notre conception de ce qu'est la beauté finirait par changer".

Les plateformes tentent de prendre les choses en main

Les responsables des applications tentent tant bien que mal de réagir au phénomène. Tardivement mais sûrement, plusieurs d'entre eux commencent à prendre des mesures.

Grindr, par exemple, va lancer une campagne qui veut allier "éducation, prise de conscience et changements de politique d'utilisation de l'appli, qui aideront à construire une plateforme plus inclusive et respectueuse". L'application Bumble quant à elle permet de "traquer" ses utilisateurs racistes par un système de recherche automatique.