Magazine Une autre étiquette a été découverte, ainsi qu'une lettre interpellante dans un jeans Primark. Tout ceci relance le débat sur les conditions de travail de ceux qui, dans les pays du Sud ou même en Europe, fabriquent « nos » vêtements. Eclairage avec Jean-Marc Caudron, d'achACT.


Primark, l'enseigne irlandaise de vêtements bon marché est à nouveau pointée du doigt depuis deux jours après la découverte interpellante d'une jeune fille. Et il semblerait que cette histoire d'étiquette en guise d'appel à l'aide ne soit pas un cas isolé. Une autre cliente affirme au DailyMail avoir découvert l'inscription " Conditions dégradantes de travail " sur un habit acheté l'an dernier dans le même magasin, celui de Swansea au Pays de Galles. A 21 ans, Rebecca Williams s'est dit choquée en découvrant ce mot cousu main. " J'avais l'habitude d'acheter de nombreux vêtements chez Primark, mais je ne le ferai plus. Ça m'a fait réfléchir sur la façon dont les vêtements sont faits! ", explique-t-elle.

Une autre histoire du même genre commence à tourner sur la toile. Il s'agit de celle de Karen Wisinska . Elle a récemment découvert dans la poche d'un jeans acheté à Belfast chez Primark une lettre manuscrite en chinois dont l'intitulé était plutôt alertant: « SOS! SOS! SOS! », ainsi que la carte d'un ouvrier. L'emplette datait de juin 2011, mais était restée bien rangée sur une de ses étagères jusqu'à aujourd'hui.

Via les réseaux sociaux et Amnesty International, la cliente choquée a pu prendre connaissance de la traduction:

  • Nous sommes prisonniers de la prison de Nan Xiang de la province du Hubei en Chine. Notre travail à l'intérieur de la prison est de produire des vêtements de mode pour l'exportation. Nous travaillons 15 heures par jour et la nourriture que nous mangeons ne serait même pas servie aux chiens ou aux porcs. Nous travaillons aussi dur que des bœufs dans le champ.

De son côté, l'enseigne irlandaise dit enquêter sur ces différents faits qu'elle estime très étranges. Sur Twitter, on peut lire ceci: "Nous continuons à enquêter sur les origines d'une étiquette supplémentaire qui a été trouvé dans une de nos robes."

Le mystère reste entier et ces découvertes déstabilisantes. S'agit-il de faits réels ou d'une manière très efficace de conscientiser les consommateurs? Eclairage avec Jean-Marc Caudron, d'achACT (action acheteurs consommateurs), organise qui lutte pour un travail décent.


De manière très pragmatique, est-ce possible qu’un travailleur soit à l'origine de cette étiquette?
On ne le sait pas. Probable, ça l'est, évidemment. Cela correspond aux conditions de travail harassantes des travailleuses, je le dis au féminin parce que ce sont principalement des femmes qui travaillent dans l'industrie textile. Le message exprimé sur l'étiquette correspond en tout cas à la réalité observée sur le terrain. On en a eu les preuves durant l'année écoulée avec l'effondrement du Rana Plaza (une usine textile qui s’est effondrée le 24 avril 2013 à Dacca au Bangladesh, tuant plus d’un millier de personnes, ndlr) ou les manifestations en Asie sur la question salariale dans l'industrie du vêtement...


Primark faisait justement partie des marques identifiées au Rana Plaza… Illustre-t-elle particulièrement les conditions de travail imposées aux travailleurs du Sud par les enseignes low cost européennes?
C’est une enseigne de plus en plus importante en Europe et en Belgique aussi où plusieurs ouvertures sont prévues. Et on sait en effet qu’elle se fournissait au Rana Plaza. Les bas prix qu’elle propose peuvent nous faire imaginer les conséquences sur les travailleuses asiatiques. Mais cela ne veut pas dire que les enseignes low-cost en font moins que d’autres marques plus luxueuses… Un vêtement vendu plus cher dans nos pays et parfois identifié « made in Europe » – comme Benetton ou Hugo Boss…- peut aussi cacher des conditions de travail désastreuses (lire à ce sujet la récente enquête menée par achACT et la Clean Clothes Campaign) Dans le cas du Rana Plaza, l’enseigne irlandaise Primark a réagi rapidement. C’est elle qui a mis le plus gros montant d’indemnités sur la table.

Cette affaire relance le débat sur les conditions de travail dans l'industrie textile et l’importance du lien entre travailleurs et consommateurs…
Cela rappelle d’ailleurs le film China Blue qui dressait le portrait d’une jeune fille de 16 ans fabricante de jeans en Chine. Il visait à montrer qu’il y avait une personne derrière le vêtement. Nous défendons ce lien entre consommateurs et travailleurs pour qu’une prise de conscience s’effectue du côté des consommateurs. Mais aussi pour créer une solidarité et que les consommateurs puissent interpeller les grandes marques sur les conditions de travail déplorables qu'elles imposent à leurs employés.


Comment, en tant que consommateur, une étiquette peut-elle nous renseigner sur l’"éthique" du vêtement que nous achetons ?
L’affaire soulève justement la question de la transparence des étiquettes. Dans l’Union européenne, il n’y a pas d’obligation de marquer le pays d’origine. S’ils sont souvent mentionnés, c’est parce que le vêtement est destiné également au marché américain ou canadien, où c’est obligatoire. Les étiquettes ne nous fournissent donc aucune information sur le respect des travailleurs. C’est pourquoi nous plaidons pour avoir un système sur base d’un code chiffré qui identifie le lieu de fabrication d’un vêtement. Cela permettrait de travailler sur la solidarité de la filière et de soutenir les travailleuses. Avec cette étiquette, les travailleuses pourraient aussi savoir vers qui sont destinés les vêtements qu’elles confectionnent.



ALLER PLUS LOIN :

Le site d'achACT http://www.achact.be/ rassemble plusieurs rapports sur les conditions de travail dans le secteur du textile, des jouets ou de l'électronique, pays par pays ; invite à agir à travers plusieurs campagnes ; et livre les outils pour une consommation plus responsable.