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Notre série "rencontre inattendue dans les cimetières" se poursuit. Le Parisien André Chabot, spécialiste des cimetières et de l'art funéraire, nous explique un nouveau fait qui l'a marqué, cette fois, en Roumanie.


"Des monuments, parfois accompagnés d’épitaphes explicatives, font allusion à des catastrophes -aériennes, maritimes, ferroviaires ou de la route- au cours desquelles ont pu périr des familles entières. Hélices brisées, vaisseaux sombrant, wagons éventrés disent assez que les morts qui reposent ici ne se sont pas endormis paisiblement. Plus rares et moins spectaculaires sont les monuments qui donnent à voir la fin tragique d’un individu.

À Sapanta, en Roumanie, aux confins des vampiriques Carpathes, le cimetière dit Joyeux, inscrit au patrimoine de l’Unesco, nous dit quel était le métier du défunt, ou mieux encore, les circonstances de sa mort, par le truchement de stèles peintes vivement colorées.

De cet art populaire, naïf et narratif, nous avons retenu une scène, dramatique et drolatique à la fois, dans laquelle nous voyons un homme percuté par un train qui roule à vive allure. Il faut dire que dans ce pays où le froid est, en hiver, très vif, il est très habituel, voire indispensable, de faire halte dans un cabaret afin d’y boire force vodka ou slivovitch pour se réchauffer. Pour son malheur, en quittant les lieux, notre homme en état d’ivresse avancée ne réalisa pas qu’il se trouvait sur la voie de chemin de fer."

 Photo : André Chabot