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Le monde du jeu en ligne est au moins aussi cruel pour ses participant(e)s que pour ses personnages.

Non, le jeu en ligne n'est pas réservé aux ados boutonneux en manque de contacts sociaux. Au contraire, les adultes et surtout les filles forment une partie importante de la communauté du jeu virtuel. Un changement de physionomie qui ne plaît pas à tout le monde. Encore moins à ceux qui perdent contre les filles, dans une discipline longtemps dominée par les mâles. Simples joueuses ou conceptrices, nombreuses sont celles qui ont un jour au moins fait face au rejet de leurs collègues masculins. De la "simple" remarque d'un sexisme tragiquement ordinaire à l'insulte, en passant carrément par la menace de viol, les gameuses s'étaient déjà révoltées face à cette situation. Une levée de boucliers qui avait eu son succès sur les réseaux sociaux... mais pas vraiment dans les faits. Car la situation n'a guère changé pour les geeks féminines .

Ce climat délétère a lassé Alanah Pearce. Celle-ci a sorti un joli tour de son clavier afin de calmer l'agressivité de certains addicts de la souris. Cette Australienne, qui est surtout une commentatrice avisée en la matière, a utilisé des armes modernes: les données internet. Après avoir épluché le profil Facebook de ses agresseurs, elle a découvert que ceux-ci n'étaient souvent... que de petits ados bien loin de se rendre compte de la portée de telles menaces. "Le problème, c'est qu'ils ne sont pas très malins, donc, leur répondre de façon rationnelle n'a pas résolu le problème", explique-t-elle au Guardian. Une situation qui devenait carrément "gênante" pour la joueuse.

La bêtise de ses harceleurs a permis à Alanah Pearce de retrouver très facilement d'où ils venaient... et également d'entrer en contact avec leur famille. "La plupart écrivaient depuis leur propre page Facebook", indique-t-elle. "C'était évidemment facile de retrouver les membres de leur famille". Et quoi de plus humiliant pour un ado en pleine puberté que de se faire remonter les bretelles par sa chère maman ? C'est là que Miss Pearce porte le coup de grâce. En quelques clics, elle écrit aux mères des auteurs de ces menaces un rien frustrés en leur expliquant ce dont elle est victime à cause de leur rejeton.



- Alanah: "Salut Anna, je ne vous connais pas, mais je me demandais si XXX était votre enfant ?"
- La mère: "Oui, c'est le cas. Pourquoi ?"
- Alanah: "Je ne lui ai jamais parlé, mais il m'a envoyé un message inquiétant sur ma page Facebook publique aujourd'hui. Je me demandais si vous seriez intéressée à l'idée d'en parler avec lui"
Et notre justicière de placer ensuite une capture d'écran dudit message menaçant. "Je te violerai si je te vois un jour, connasse", peut-on y lire.
- La mère: "Oh, mon Dieu, petite merde ! Je suis tellement désolée ! Je vais lui parler !" 

On imagine ensuite que notre apprenti violeur virtuel a dû se prendre un sacré savon. Ou pire: être privé de jeu pendant plusieurs jours. Ce qui s'apparente pour certains à une petite mort. Pour Alanah, c'est une victoire qui, espère-t-elle, permettra aux filles de goûter aux plaisirs du jeu vidéo sans pour autant se faire couvrir d'insultes. "C'était juste une façon d'essayer de trouver une solution", déclare-t-elle au Guardian. "D'apprendre aux jeunes garçons qu'on n'a pas le droit d'être  sexiste envers les femmes, même si ça se passe sur internet. Qu'il s'agit de vraies personnes et qu'il y a des conséquences à tout cela, dans le réel. (...) Pourquoi ai-je reçu des menaces de viol ? Peut-être qu'une de mes vidéos ne lui a pas plu, ou est-ce parce que je suis une femme dans le monde du jeu sur internet. Ça parait fou, mais cela arrive à beaucoup de gens..."

Et que ces gamins ne s'avisent pas de recommencer... "Chaque fois que je recevrai un nouvelle menace, je le referai", assure Alanah. " Je ne le posterai pas nécessairement sur Twitter, mais je continuerai à faire ça." Les voila prévenus !