Mode et beauté

Deux mois après le décès d'Azzedine Alaïa, une exposition-hommage s'ouvre lundi dans sa galerie du Marais à Paris, rassemblant une quarantaine de robes de haute couture, symboles de la cohérence du travail d'un créateur au-delà des modes.


A cette adresse où vivait et travaillait ce couturier atypique, disparu le 18 novembre à 82 ans, 41 robes telles des sculptures, sont disposées dans des cabines-écrins qui forment un collier de perles vu de haut. "Azzedine était un vrai architecte de la couture. C'est l'hommage le plus beau qu'on pouvait lui faire de montrer son travail tout de suite", évoque son amie, l'éditrice Carla Sozzani.

Sous la verrière qui abritait les défilés de la maison, ces créations réalisées entre 1981 et 2017 sont exposées sans cartels explicatifs, pour renforcer le caractère intemporel du travail d'Azzedine Alaïa. "Entre les pièces de 1981, celles de 1995 ou 2017, je défie quiconque de pouvoir trouver les dates", lance le commissaire de l'exposition, l'historien de la mode Olivier Saillard, ancien directeur du Palais Galliera qui avait organisé une rétrospective Alaïa en 2013.

Le visiteur doit se référer à un livret fourni à l'entrée pour découvrir la date de ces robes, qui semblent tout droit sorties de l'atelier. La quasi totalité de la sélection est en noir et blanc: "Azzedine Alaïa disait qu'avec le noir on pouvait préciser davantage une idée et ne pas la diluer", explique le commissaire d'exposition. Une façon de mettre en valeur le relief, la construction de ces robes sublimant le corps féminin. A l'image de sa personnalité discrète, la virtuosité de ce couturier franco-tunisien, qui avait étudié la sculpture aux Beaux-Arts de Tunis, n'est pas tape à l'oeil.

Alaïa un collectionneur inspiré

"Comme Vionnet, Balenciaga, tous ceux qui savent coudre, couper, il était de plus en plus détaché d'une forme voyante de technique", souligne Olivier Saillard. Une "quête de l'invisible", qui s'illustre particulièrement sur une robe noire bustier de 1988, dont la silhouette évoque le trait vif d'un pinceau.

Les icônes sont là: une robe à capuche de 1986, dont une version a été portée par Grace Jones, une robe à bandelettes en maille stretch de 1990, une robe à zips de 1981, une autre au rouge incendiaire qui a habillé Rihanna. Des robes légères de mousseline évoquant la couture des années 1930. Des robes drapées comme des tuniques antiques. Mais aussi la robe portée par Naomi Campbell lors du dernier défilé haute couture présenté en juillet.

Autant de créations que l'association Azzedine Alaïa, sous la houlette du peintre Christoph von Weyhe, compagnon du couturier, et son amie Carla Sozzani, a la mission de préserver. Azzedine Alaïa, qui conservait toutes ses robes, était aussi un collectionneur de mode hors pair, souligne Olivier Saillard. Pendant 50 ans, il a acquis des robes de Vionnet, Madame Grès, Balenciaga, Charles James, et de créateurs contemporains comme Rei Kawakubo, Thierry Mugler, Jean Paul Gaultier, Junya Watanabe, Margiela, Nicolas Ghesquière chez Balenciaga.

Des milliers de pièces de collections seront montrées

Jamais montrées, ces créations ont vocation à être exposées par l'association. Une collection qui regroupe "des milliers de pièces", selon Olivier Saillard.

"C'est à l'échelle d'un musée de mode. Je ne connais pas d'autre créateur qui se soit passionné pour l'histoire de la mode comme cela", commente-t-il. "Tous les vêtements que nous, directeurs de musées, voulions acheter, on les ratait parce que M. Alaïa les prenait!" Après la mort de son fondateur, la maison, propriété du groupe suisse Richemont, a annoncé qu'elle continuerait à présenter des collections, réalisées par le studio de création.

Azzedine Alaïa sera aussi célébré à Londres au Musée du design, du 10 mai au 7 octobre, où seront montrées une soixantaine de créations que le couturier lui-même avait sélectionnées.

>> Exposition "Je suis couturier", du 22 janvier au 10 juin. Galerie Azzedine Alaïa, 18 rue de la Verrerie, Paris.