Mode et beauté On sait que le marché de la maroquinerie de luxe est un business qui fait fonctionner les marques de mode haut-de-gamme, et qui participe à la création de l’image de marque d’une maison de mode. 

Mais saviez-vous comment on fabrique cette maro de luxe ? On est allé suivre la fabrication d’un sac à main emblématique. Dans l’atelier d’une maison dont le nom est connu aux quatre coins du monde : Vuitton. Auprès du savoir-faire 

Le sac à main est désormais un business énorme. On parlait d’un marché de la maroquinerie de plus de 35 milliards d’euros en 2014 (1). Et cependant, c’est un objet récent dans l’histoire de la mode. Le sac à main, bien qu’il fasse l’objet d’une démultiplication de formes, bien qu’il soit devenu un objet de mode plus que d’usage, est en fait tout sauf anodin comme invention.

Comment est né le sac à main ?

Il fait son apparition de manière concomitante au développement des transports en commun. Parce qu’on voyage individuellement, et surtout parce qu’il est sacrément compliqué de grimper sa malle dans le wagon d’un train, les bagages changent de forme, se réduisent - c’est le début de la valise ou du vanity. Car quand on monte dans le train, ou en voiture, quand on prend le paquebot, on détache de ses volumineux paquets les indispensables de son voyage. Les objets précieux, les documents passent dans le sac de ville, qui se meut parfois en sac à main. Pour s’adapter aux nouveaux phénomènes de déplacement, pour recouvrir la nécessité de ce nouvel usage, on invente un nouvel objet : le sac à main - une invention qui depuis n’a cessé de faire des petits.

L.V., l’homme qui savait se positionner

Nous sommes alors dans le dernier tiers du XIXe siècle et Louis Vuitton, qui dans son domaine est un ingénieux, se branche sur cette nouvelle demande. L’homme, né en 1821, était déjà dans le business des objets précieux. Bien que son premier travail fut de les empaqueter.

Aux alentours de 1850, il est emballeur. Et malletier. Chez Maréchal. Dès 1854, il se met à son compte pour fabriquer ces malles à destination des grands voyageurs, malles dans lesquelles on est censé pouvoir tout transporter ! Le matériel photographique et des clichés en plaque de verre de l’explorateur philanthrope Albert Kahn. Des vestiaires entiers de coquette de la Belle Epoque : pensez aux malles-vêtements de Ruth DeWitt Bukater alias Kate Winslet dans "Titanic". Ou encore le contenu du pique-nique du déjeuner. La malle, en tant qu’objet de voyage, cherche à s’adapter aux moyens de transports et à leurs usages - c’est ainsi que l’ont peut faire tenir la porcelaine du déjeuner, à l’arrière, dans la malle de la Ford T.

Et ainsi commence la saga de Vuitton qui, d’emballeur de choses précieuses dans des malles devient, en quelques générations, faiseur de luxe et lui-même objet de la préciosité. Dès 1880, le business de L.V. est reconnu pour sa qualité, et, à ce titre, extrêmement copié. Tant et si bien que la toile qui recouvre les malles de Louis V. est marquée de son nom. En 1896, son descendant décide, en hommage au nom de son aïeul qui a fait le succès de la famille, de créer la toile monogrammée L.V., histoire d’apposer le nom du créateur sur l’objet et éviter sa copie frauduleuse. (Ce sera, de ce point de vue-là, peine perdue tant le motif au monogramme est falsifié et copié partout dans le monde, comme objet de convoitise).

Et parce que l’homme sait saisir la balle au bond, dès la fin du XIXe siècle, Louis Vuitton choisit de produire de plus petits volumes, indépendamment de ses malles. Les archives de la maison démontrent qu’à partir de 1880 déjà, dans les ateliers d’Asnières, on commence à tester, à jouer avec le cuir, pour faire des sacs de ville - autant dire des sacs à main. Ce n'est que le début d'une aventure de mode qui, depuis, a fait semble-t-il, quelques aficionadas...

(1) D’après "Le Temps", le marché de la maroquinerie de luxe s’élevait à plus de 35 milliards d’euros en 2014. De 2003 à 2013, la progression de la maroquinerie était même plus de deux fois supérieure au secteur de la mode.

Comment fabrique-t-on un sac Vuitton ?

Focus sur un processus. On a cherché à suivre la fabrication d’un sac à main Vuitton, et pour cela nous nous sommes rendue à l’atelier originel de la maison L.V., à Asnières, en région parisienne.

Si Louis Vuitton se lance en1854, c’est en 1859 qu’il pose ses malles au nord de Paris, à proximité de la Seine, et pour cause : la fabrication des malles nécessite de l’espace et une bonne connexion - le transport fluvial n’est alors pas à négliger.

Focus sur la "Petite Malle", drôle de petit sac qui, s’il est sac à main, est décidément l’incarnation de l’esprit de la maison.

© Grégoire Vieille - Louis Vuitton Malletier

Regarder comment on fabrique ce sac à main, c’est comprendre comment on fabrique un emblématique de chez Vuitton. Démonstration.

Etape 1. Au rez-de-chaussée des ateliers d’Asnières, après avoir traversé le jardinet dépassé le bâtiment en métal et verre, symbolique de l’architecture de la seconde moitié du XIXe siècle, on arrive dans l’atelier des malles. Chez les menuisiers. Qui produisent les fûts de la Petite Malle.

Au début de la Petite Malle, il y a le bois de peuplier ou de okoumé.

Etape 2. Dans les étages des ateliers, on s’active. Qui, à la coupe de cuir, qui à la préparation de ces pièces découpées qui doivent être parées, colorées. Si la Petite Malle est bien souvent recouverte d’une toile (la fameuse toile L.V. qui n’est pas cuir), il n’empêche qu’à Asnières, on fait bien des modèles en cuir (comme le Capucine porté par Michelle Williams, ou le Alma, classique de la maison).

Mais déjà, nous poursuivons notre Petite Malle à l’étape du nervurage, là où l’on recouvre le fût de bois d’une toile brute extérieure, pour le renforcer… La Petite Malle qui passe ensuite dans les mains de l’artisan, qui s’adonne à l’entoilage…

Etape 3. L’entoilage peut être en cuir ou en toile, tout dépend de notre modèle, mais c’est le moment ou on habille le sac “Petite malle” de sa seconde peau, sa jolie peau. L’étape de l’entoilage est réalisée à la colle, c’est la meilleure manière d’associer les pièces d’un sac sans l’alourdir. Car l’’objet doit garder son aisance dans le transport (après tout, c’est le dessein premier du sac à main, d’être porté !).

Etape 4. La malle recouverte de sa seconde peau passe au lozinage. A l’atelier du lozinage, ça tape et ça cogne sur des têtes de petits clous en laiton. Le lozinage consiste à fixer la matière en la cloutant de façon resserrée le long de l’objet malle. C’est aussi la marque de fabrique de la maison Vuitton. Et pendant que l’on observe l’artisan “loziner” – soit procéder à “une remontée” en bataillant (mais en gagnant toujours) avec les clous qu’il installe avec talent et de façon mesurée –, le contour de l‘objet-malle se dessine. Et puis la mini Malle file à l’habillage. L’intérieur comme un quadrillage est un clin d’œil au malletage, propre aux produits originels de la maison Vuitton. Un clin d’œil donc, avant de séduire, bientôt, une fan de mode, une fan de sac.