Mode et beauté

C'est la fin de la Fashion Week qui se tenait à Paris depuis mardi passé. Au dernier jour, on est allé voir Chanel ce mardi matin. On vous raconte la mode automne-hiver 2017-2018.

Récit Aurore Vaucelle & Photographie Johanna de Tessières, envoyées spéciales à Paris.


Dans un calendrier complet de la Fashion Week parisienne, qui compte 100 défilés et autant de présentations et happenings, les marques de mode tirent leur épingle du jeu en inventant un cadre neuf pour leur nouvelle collection.

La maison Chanel passait son examen de passage devant la presse et les acheteurs hier mardi, dernier jour de la Fashion Week, se partageant la vedette avec l'autre maison star du jour, Vuitton.

Les grands groupes du luxe mondialisé rivalisent de moyens pour créer l'image qui fera la différence : Vuitton se payait le Louvre le soir (cf.nos vidéos sur le site par ailleurs), et Chanel le Grand Palais.


Pour l'occasion, la maison française aux deux C entrelacés a fait de la verrière du Grand Palais sa vitrine marketing.

Comment voyait-on le futur dans le passé ?

En fait, et ça peut paraître insolite, la maison Chanel donnait à voir le futur tel qu'il se voyait hier. De quoi perdre son latin.

Pour une fois, la convocation du passé est sans phare, le show cite la période les sixties, qui a marqué la mode, les moeurs, et une certaine vision des frontières du monde – conquête spatiale à l'appui.C'est donc ainsi qu'on était invité à pénétrer, tout simplement, sur une rampe de lancement. La n°5 évidemment.


Au centre, la fusée Chanel a des petits airs de celle utilisée par Tintin en 1954 pour aller sur la Lune.


Les filles Chanel qui débarquent depuis un sas ovoïde, grande bouche du passé, sont les incarnations de l'idéal féminin des sixties : on a nommé B.B.


Nous voilà donc propulsé dans un monde futuriste dans lequel toutes les femmes ont le cheveu laqué en banane derrière un bandeau, le trait de khôl au-dessus des yeux et les sourcils soulignés. Ces peintures oculaires rappellent les grands yeux de Twiggie, la mannequin vedette des sixties ou plus encore le regard fou des protagonistes licencieux du « Orange Mécanique » de Kubrick.

Le passé, c'était mieux ?

D'un pas cadencé, sur une bande son qui remplit le Grand palais, en l'occurence la voix languissante de Brigitte Bardot qui chante « Contact » de Serge Gainsbourg, on voit une ribambelle de mini BB habillées en mode futuriste - le futur tel qu'on se le figurait il y 50 ans.


Au rythme d'une musique psychédélique, support aux paroles de la jolie extraterrestre BB (« un météorite m'a transpercé le coeur/ vous, sur Terre, vous avez des docteurs »), les mannequins énoncent toute une époque.


Leurs mises sont faites de matières techniques et de boucliers d'alu (qui copient l'esprit de la couverture de survie).


Les cols de leurs robes sont prêts à recevoir des casques aquariums de cosmonautes. A leurs pieds, des bottes chaussettes (attention, pas des moon boots), clin d'oeil au futuriste de la mode, André Courrèges.

Et puisqu'on va dans les étoiles, autant que ça brille, alors tout est à paillettes. Et parce qu'il n'est pas question d'entraver la marche vers la liberté que mène le 2e sexe dans ces sixties agitées, les jupes Chanel se raccourcissent.

Mais, holala, on voit le genou, voilà qui ne plairait guère à la reine mère Gabrielle Chanel ! Les jupes et les robes même se meuvent en pantalons, les femmes prennent le pouvoir ( La lecture de cet article doit vous faire penser à saluer les femmes de votre entourage, c'est LEUR journée aujourd'hui, leur journée à elles, y'en a qu'une c'est facile à retenir...)

Et si le show tend à montrer le conquête féminine de ses droits (les sixties, c'est aussi cela), on pensera aussi ici in fine à une métaphore de la conquête des marchés qui est au coeur de la question de la concurrence, quand on parle du marché de la mode.