Mode et beauté

A Kyoto, au Miho Museum a eu lieu le défilé Croisière orchestré par Nicolas Ghesquière. Un moment suspendu et merveilleux où les silhouettes ont réinventé les samouraï, le théâtre no, les vagues d'Hokusaï, les films de Kurosawa ou encore les estampes japonaises.


Les collections Croisière sont attendues comme des événements avec ce je-ne-sais quoi de magique qui fait la différence. Elles gagnent en notoriété et amour ce que les Fashion Weeks perdent tant elles sont critiquées et en pleine mutation. Pour les grandes maisons de couture françaises qui peuvent se permettre de présenter 4 collections de prêt-à-porter et une collection Haute Couture par an, c'est l'occasion de présenter autre chose ou en tout cas de donner à l'événement une tonalité plus personnelle encore et d'y insuffler ce qui pourrait ressembler à la part de liberté du directeur artistique.

Et cela marche, et cela marque ! l'année denière, on se souvient encore des images extraordinaires du défilé Croisière Louis Vuitton à Rio, autour de l'incroyable musée Niterói dessiné par l'architecte Oscar Niemeyer et donnant sur la baie.

Cette année, le lointain encore pour la collection Croisière 2018 et la symbolique du musée : Nicolas Ghesquière a choisi le Miho Museum qui fusionne l’extrême modernité à une nature environnante et très présente et respectée au Japon. L’architecte I.M.Pei a conçu ce bâtiment comme la représentation d’un Shangri-la, ce légendaire paradis terrestre qui se situerait dans une vallée secrète de l’Himalaya.

Le directeur artistique de Louis Vuitton parle encore de ce lieu avec émotion « J’avais visité le Miho Museum, il y a quelques années et j’avais été fasciné par l’intégration de ce bâtiment dans un tel paysage et la réflexion de I.M.Pei sur l’harmonisation entre l’architecture et la nature. Cela m’intéressait d’envisager un Japon traditionnel harmonisé à la parisienne. Je connais bien le Japon. Ce pays fut parmi mes tous premiers voyages d’inspiration, il y a vingt ans et j’y reviens très régulièrement. Cette collection est en quelque sorte l’aboutissement d’un Japon que j’ai mûri depuis longtemps, ancré profondément en moi. »


Hokusai et théâtre no

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C'est toute la question de la transformation entre le moderne et le traditionnel, entre l’occidental et l’oriental qui a été le fil rouge de la collection Croisière : la Maison Louis Vuitton a embrassé cette puissante civilisation japonaise avec le point de vue de sa culture française.. Les références paraissent littérales et c’est une forme de respect que de retrouver sur chaque vêtement une évocation des samouraïs, des estampes figuratives, des paysages gravés à l’encre, des costumes de cérémonies, les tenues des arts martiaux, la dramaturgie des films de Kurosawa ou l’étrange mélancolie des films de Kitano…

Les tailleurs pantalons de la ville et les tuniques architecturées transportent des tableaux à la Hokusai. Les pulls en entrelacs de jerseys et de cuirs rappellent les armures des guerriers japonais. Les robes du soir emportent l’or du théâtre No. Le fragile ouvrage des ceintures obi devient la matière des pantalons fuselés. Les sacs et pochettes s’amusent avec les masques Kabuki.


Cette collection croisière veut aussi rendre hommage au créateur Kansaï Yamamoto, qui ouvrait la voie à toute une génération de designers japonais à venir présenter en France. Il fut l’un des premiers à défiler à Paris et on le connaît aussi pour avoir crée la plupart des costumes de David Bowie.

A noter que les casquettes sont réalisées par le designer Kristopher Haigh, créateur de la marque 1K.

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