Mode et beauté

Jeudi dernier avait lieu le Mondial du tatouage à Paris. L’occasion pour tout un chacun de découvrir cette pratique passée de l’underground à la culture plus populaire.

Selon des chiffres publiés par le Syndicat National des artistes tatoueurs, le nombre de femmes tatouées a augmenté en France. On en comptait 9% en 2010, aujourd’hui elles sont 16%. Une proportion supérieure à celle des hommes qui, selon l’étude, sont 10% à être tatoués. Dans l'Hexagone, ils sont plus de sept millions à être tatoués, un quart d'entre eux ont moins de 35 ans. Aucun chiffre officiel n’est disponible en Belgique mais la tendance semble similaire.

Agnese Gaudioso est arrivée d’Italie il y a un an. Elle a commencé à tatouer en 2010 après avoir suivi une formation à Rome. Aujourd’hui, elle est tatoueuse au salon Carnivale à Saint-Gilles. “Il y a beaucoup plus de femmes dans le monde du tatouage à l’heure actuelle. D’ailleurs pour les tatoueuses, il y a, à Rome, une convention annuelle réservée aux femmes”, explique-t-elle.

© Edouard Maréchal

Le monde du tatouage a longtemps été vu comme un monde réservé aux hommes, avec ce côté “biker-voyou”. Mais la profession s’est affranchie de ce cliché. “C’est un marché qui, à la base plus réservé aux hommes, a ouvert ses portes”, souligne Agnese.

Une constatation partagée par Vincent Kempeneers, tatoueur au workshop Bonne Fortune à Saint-Gilles : “J’ai deux tatoueuses dans mon magasin et j’ai une grosse clientèle féminine. Je n’ai pas l’impression qu’il y a plus de femmes qui veulent se faire tatouer mais il y a certainement plus de tatoueuses qu’avant, c’est sûrIl y a 15-20 ans, le problème c'était que certains avaient cette peur de se faire tatouer par une fille, il fallait que ce soit un homme. Heureusement, la mentalité a beaucoup changé”.

© Edouard Marechal

La médiatisation et la sexualisation de la femme

Les femmes ont rencontré des difficultés à se faire une place dans ce “monde d’hommes” mais les réseaux sociaux ont joué un rôle prépondérant dans l'ouverture d'esprit. “C’était difficile au début mais quand mon travail était visible sur des réseaux sociaux comme Instagram, ça a changé beaucoup de choses”, admet Louise Renier, également tatoueuse chez Bonne Fortune. C’est grâce à la “médiatisation que les gens ne font pas la différence entre tatoueur et tatoueuse. C’est le visuel qui est plus important maintenant”.

Max Dem, également tatoueur et collègue de Louise, explique que dans certaines conventions, comme celle de Bruxelles, les organisateurs essayent de mettre en avant ce côté "biker cliché". "Quand on va à l'International Brussels Tattoo Convention, on voit une sorte de sexualisation de la femme. Elles affichent leurs tatouages mais dans des tenues provocantes. Ce genre de convention attire un certain public assez cliché", ajoute-t-il. 

Pour Max, Vincent et d'autres tatoueurs, les couvertures de magazines avec une fille tatouée sont faites pour "attirer l'oeil du lecteur mais si on regarde à l'intérieur, il n'y a rien de plus". 

Les petits tatouages ont la cote

Si les hommes aiment généralement les tatouages plus imposants, les femmes, elles, ont une préférence pour les dessins plus discrets. Pour Agnese, certaines parties du corps sont plus féminines : "les femmes se font souvent tatouer le poignet, la cheville ou les côtes. On y tatoue des dessins plus petits. Mais j'ai parfois des clientes qui viennent pour des plus grosses pièces".


Et quand on demande si les femmes préfèrent se faire tatouer par une femme ou un homme, le son de cloche est le même dans tous les shops : peu importe le sexe, ce qui compte c'est le style de tatouage proposé.

© Edouard Marechal
 

Selon Jérôme Titeca, tatoueur à la Perle Noire à Ixelles, il n'est pas vraiment question de choisir entre tatoueur ou tatoueuse car "lorsqu'on tatoue quelqu'un, que cette personne soit dénudée ou pas, le corps devient asexué. Tout dépend du tatoueur mais il y a aussi une forme de respect entre les deux parties".

Et même si le sexe du tatoueur n'a pas d'importance, "lorsqu'une femme veut se faire tatouer des parties plus intimes... c'est souvent son copain, son mari qui aimerait que ce soit une tatoueuse qui s'en charge", conclut Agnese en souriant.